Feuilles d’Afrique. L’Afrique face au défi de l’intégration économique
S’il est une priorité pour les pays d’Afrique, c’est bel et bien l’intégration économique, l’autonomie financière et l’exploitation de leurs propres richesses naturelles.
Il n’est plus un secret que l’Afrique ne peut être développée que par les Africains eux-mêmes. C’est pourquoi, il est primordial d’amorcer cette prise de conscience dans l’ensemble du continent à commencer par l’intégration sous-régionale et régionale avant d’étendre cette coopération sud-sud à une échelle plus large.
Exemples et modèles à imiter
À défaut d’une intégration panafricaine réfléchie, plusieurs initiatives bilatérales sont lancées par-ci et par-là et méritent d’être citées car elles pourraient être le prélude d’un véritable souverainisme continental, plusieurs décennies après l’ère des indépendances politiques. L’exemple le plus récent est l’accord paraphé entre le Cameroun et le Congo pour l’exploitation minière bilatérale des gisements de fer de Nabeba et de Mbalam entre les deux pays. C’est une bonne nouvelle dans la mesure où la règle en Afrique est helàs plutôt des conflits frontaliers au lieu de projets communs de développement. Cela devrait être un modèle à suivre par les pays du Sahel dont l’essentiel des richesses minières sont exploitées par des puissances étrangères, qui se disputent la domination de ce territoire.
En outre, le cas du Maroc reste révélateur dans le sens où il prône une coopération sud-sud multidimensionnelle. Son bras économique OCP est en passe de devenir une importante carte de sécurité alimentaire dans le continent. Ses multiples projets d’usines de production d’engrais dans plusieurs régions (Nigeria, Éthiopie, Ghana …), et ses programmes de formation en faveur de dizaines de milliers de fermiers dans plusieurs pays subsahariens, sont des actions qui contribuent à l’amélioration de la chaîne de valeur des agriculteurs africains. D’autres initiatives devraient emboiter le pas à ces exemples et des foyers de tensions doivent cesser, à commencer par la tension entre l’Égypte et l’Éthiopie sur le droit d’exploitation du grand Nil, le Rwanda contre la RDC entre autre.
Zlecaf, une opportunité à saisir
L’Union Africaine avait lancé en 2018 la zone de libre échange commerciale (Zlecaf) afin de permettre le libre accès aux produits de base, biens et services en Afrique. Ce projet auquel adhère aujourd’hui l’ensemble des pays africains vise à atteindre une intégration optimale en faisant croitre les entreprises locales, relancer l’industrialisation et créer des emplois pour une population de plus en plus jeune. Un projet des plus ambitieux.
Mais faut-il rappeler que les échanges commerciaux intra-africains ne dépassent guère 14,1% du total des exportations africaines ? Les prévisions de la CNUCED montrent que la Zlecaf pourrait stimuler le commerce intra-africain de 33% et réduire le déficit commercial du continent de 51%. Il y a donc de réelles opportunités de combler le retard observé et le déficit constaté depuis des décennies. Encore faut-il faire preuve d’une véritable volonté politique. Car, 40% des richesses du continent sont détenues par une poignée de personnes, toujours selon le CNUCED. Et c’est justement là où il y a lieu de déployer un effort inéluctable sur deux volets au moins. Un, atténuer le fossé social en adoptant des politiques favorisant une répartition équitable de richesses, et cela passe par la moralisation de la vie politique et le bannissement de l’économie de rente. Deux, revoir les différents accords de « partenariat » signé avec les anciennes puissances coloniales de façon à permettre à chaque payer d’asseoir sa souveraineté sur ses propres richesses. L’exemple du Niger, premier producteur d’uranium en Afrique et troisième au monde derrière le Canada et l’Australie, et pourtant 123éme PIB mondial, est révélateur !
L’Afrique n’a d’alternative que de mobiliser ses efforts pour sa co-construction, car continuer à compter sur les miettes des aides au développement de la part des pays du nord et de l’Est ne fera qu’exacerber sa dépendance à l’égard de l’étranger et l’acceptation de l’exploitation de ses richesses avec une sous-valorisation à la limite du scandale. Le sort du développement de l’Afrique est entre les mains des africains, on ne peut s’attendre à ce que les autres soient africains plus que les africains.
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