Feuilles d’Afrique. Maroc-Espagne, une lune de miel vulnérable?
La réunion Maroc-Espagne de haut niveau, tenue à Rabat, est l’occasion d’établir un bilan d’étape mais surtout d’évaluer le niveau de solidité des perspectives d’avenir.
Accompagné d’une forte délégation ministérielle, Pedro Sanchez est au Maroc depuis hier pour co-présider la réunion mixte de haut niveau. Il n’y a point de place pour la langue de bois dans ce genre de rencontres notamment dans une conjoncture géopolitique internationale des plus incertaines. Entre les deux pays, d’aucuns parlent d’une lune de miel depuis presque une année. D’autres avancent des intérêts de circonstances. Mais la seule vérité dans ce dossier c’est une stabilité politique au Maroc face à des incertitudes électorales en Espagne. Une donne qui pourrait impacter la pérennité de ce havre de paix que connaissent les relations bilatérales.
Concordance économique
Les échanges commerciaux bilatéraux sont au beau fixe. Avec 19 milliards d’euros, l’Espagne est de loin le premier fournisseur et client du Maroc (exportations à 10,8 MM d’euros et importations à 8,1 MM d’euros). Madrid creuse l’écart et largue Paris. En dépit de ce glorieux tableau, les marges de progression sont intéressantes surtout avec les changements post Covid-19 qui ont impacté les chaînes de valeur. Les gros donneurs d’ordre aux États-Unis et en Europe ont été choqués par la paralysie de leurs fournisseurs asiatiques perturbant au passage l’industrie mondiale. Les industriels marocains et espagnols gagneraient ainsi à se positionner sur ce créneau en joint-venture créant un écosystème intégré à même de répondre au niveau soutenu des commandes des géants mondiaux. Ce serait le prélude d’un modèle de voisinage nord-sud basé sur un partenariat win-win qui profiterait aux deux bords. Par ailleurs, la crise énergétique actuelle appelle les deux pays à s’aligner sur une démarche commune en matière de production de l’énergie renouvelable et notamment l’hydrogène vert, la dernière tendance mondiale. Les deux parties recèlent d’un potentiel énorme en la matière, encore faut-il conjuguer leurs efforts à cet égard.
Mais le Maroc devrait être plus exigeant dans le dossier de l’association avancée avec l’Union européenne dans le sens où les espagnols ne pourraient être les premiers bénéficiaires de l’accord de pêche et en même temps les récalcitrants vis-à-vis de l’accord agricole. La solidité des relations économiques passe par une clarté et une approche globale.
Turbulence politique
Si le volet économique présente globalement un satisfecit des deux côtés en dépit des pistes de progression non encore explorées, les dossiers politiques grippent, par intermittence, la machine en marche. Ainsi, trois dossiers chauds sont parfois manipulés pour des raisons électoralistes, ce qui ne manque pas de porter des égratignures à la sérénité de ces relations. La posture espagnole sur le dossier de Sahara est aujourd’hui une source de satisfaction des marocains, qui exigent aux partenaires de la transparence et de la clarté sur ce sujet. Cependant, force est de constater que le Parti socialiste, défenseur de cette position, n’est pas suffisamment soutenu par ses alliés au gouvernement actuel, et n’est même pas à l’abri de certains égarements de ces derniers. Sur le volet migratoire, au-delà des déclarations officielles, ce dossier est aussi souvent manipulé dans les campagnes électorales pour dénigrer le Maroc, tout comme la décision souveraine de ce dernier afférente au blocage du commerce informel avec les deux présides Sebta et Melilia.
Afin de solidifier les relations bilatérales et en assurer la pérennité, il y a lieu d’envisager des accords avec l’engagement des États et non pas des gouvernements. Car, du côté du nord, les turbulences politiques pourraient être préjudiciables aux acquis économiques et diplomatiques. Le Maroc étant le deuxième partenaire économique de l’Espagne en dehors de l’Europe, derrière les États-Unis, et un partenaire stratégique sur les autres aspects, mérite un statut d’allié privilégié quelle que-soit la couleur du parti qui pilote la Moncloa.
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