Feuilles d’Afrique. Sommet UA-UE, un mirage ?
Le sommet UA-UE qui se tient à Bruxelles est plus une messe d’échange de courtoisie et d’apparences qu’une plate-forme de coopération Nord-Sud.
Bruxelles réunit les chefs d’État africains et leurs homologues européens dans le cadre du 6e sommet de l’Union africaine et l’Union européenne. Mais, au-delà de l’hypocrisie des discours de circonstance, les résultats escomptés tardent à se profiler en horizon depuis le premier sommet, et ce pour plusieurs raisons.
Aide au développement, l’humiliation
L’Occident, et particulièrement l’Union européenne, choisit bien sa terminologie quand il s’agit de ses rapports avec l’Afrique. Au lieu d’un partenariat et d’une coopération d’égal à égal, le Vieux continent tient à utiliser la notion réductrice d’aide au développement. Or, sur le terrain, les anciennes puissances coloniales continuent à hypothéquer la souveraineté économique de certains pays subsahariens, notamment en matière d’exploitation de leurs richesses naturelles.
Il n’y a qu’à voir qu’après une soixantaine d’années de l’indépendance de plusieurs pays africains, ceux-ci sont toujours obligés de déposer leur réserve en or dans la banque centrale de France, en retour de la gestion de la monnaie CFCA par Paris ! S’agissant de l’uranium, le Niger, cinquième producteur mondial et qui alimente les principales centrales nucléaires européennes, vit dans la pauvreté totale avec un PIB d’à peine 14 milliards de dollars.
Les exemples sont légion, notamment en matière d’exploitation des hydrocarbures, et les Européens ne sont pas sérieux dans leur démarche avec les Africains. Car le continent africain n’a guère besoin d’une assistance, mais d’un partage d’expérience. Si l’Union européenne aspire réellement à enrayer la vague migratoire vers le nord, la recette fondamentale est de surseoir à l’exploitation du sous-sol africain à des prix insignifiants, d’une part, et d’actionner le transfert de technologie, d’autre part. Il faut que les économies des pays subsahariens parviennent à décoller, à valoriser leur richesse, à créer de la valeur et des emplois. Faut-il rappeler qu’en 2050, la population du continent s’élèvera à 2,5 milliards de personnes, dont la majorité sera âgée de moins de 25 ans, en quête d’emploi et de stabilité ?
Lutte anti-terrorisme, l’échec
Ce sommet a été une belle tribune pour Emanuel Macron pour annoncer le retrait définitif des troupes françaises du Mali, pourtant un cuisant échec de l’opération Barkhane, campagne menée de bout en bout par Paris, appuyée par les soldats de la task force européenne Takuba, imputant au passage l’entière responsabilité à la junte militaire au Mali.
Cette dernière, certes putschiste et anti-démocratique, n’est pourtant que l’arbre qui cache les véritables raisons d’un échec annoncé. L’armée française a pêché par une mainmise sur certains pays du Sahel, décrétant une tutelle sécuritaire au lieu de partager cette cause avec les Etats des pays concernés, et d’en faire une opération un soft power gagnant.
Une attitude hautaine qui a attiré l’ire des populations qui, aujourd’hui gagnées par un effet de contagion, réclament le départ des contingents français, exerçant ainsi une pression sur leurs gouvernants.
Un échec qui en rappelle curieusement un autre, celui de l’Afghanistan. C’est pourquoi, dans ce dossier, ce qui importait pour Emmanuel Macron, c’était d’assurer le soutien des pays voisins pour un retrait de 2.500 soldats français et de centaines d’engins et de matériel militaire. Les scènes du départ des troupes américains de Kaboul hantent l’Elysée plus que son combat contre les djihadistes du Mali et contre Boko Haram dans plusieurs pays, alliés de Paris.
Serval, puis Barkhane, resteront le symbole d’un échec européen sur le sol africain, car ils partent en laissant derrière eux les mêmes causes qui les ont poussés à investir le continent africain en sauveurs ! L’autre échec cuisant des Européens, et surtout des Français, c’est que ces derniers servent ce terrain sur un plateau d’argent aux Russes et à leurs mercenaires de Wagner.
Enfin, tant que les Européens mettront la main sur les richesses du continent et pèseront lourdement sur les intérêts géopolitiques de l’Afrique avec un air de néo-colonialisme, les sommets et autres conférences ne seront que des messes de façade. L’Europe paraît définitivement perdre l’Afrique au profit de grandes puissances émergentes comme la Chine, la Russie et la Turquie. Mais cela, c’est une autre histoire.
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.