Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Foot, gloire et incompréhension
"La gloire est une incompréhension, peut-être la pire", disait Borges, écrit Abdallah-Najib Refaif qui constate que le monde a changé; et le foot aussi.
"Il se hisse dans les airs devant un joueur pourtant de grande taille et d’une tête piquée envoie le ballon qui claque contre le poteau des buts gardés par un autre gaillard, le gardien, les bras tendus dans le vide...". C’est une scène mille fois commentée qu’on se racontait, arrangée, enjolivée et toujours changée, selon l’humeur et le bagout de celui qui se souvient.
Nulle image pour la confirmer, point de ces vidéos qui circulent indéfiniment sur les réseaux sociaux. C’était le monde des fans du foot d’hier. Un monde en noir et blanc, sans images et sans le son ; sans toute cette clameur des foules des stades bigarrées en liesse et du verbiage des consultants et des hurlements de commentateurs hystériques vociférant dans toutes les langues de la planète. Le monde a changé. Le foot aussi.
Dans ce monde d’hier, c’est-à-dire dans une autre vie, au mitan des années 80 par une nuit d’hiver dans un train, il y eut cette rencontre. Un homme emmitouflé dans une djellaba en grosse laine étendu sur la banquette en bois qu’offraient encore les trains de l’époque dans la classe dite "économique". Le wagon s’apparentait à celui des bestiaux et le trajet Rabat-Fès, avec un arrêt obligatoire et interminable à Sidi Kacem, durait quasiment toute une nuit. On est loin du luxe qui fait rêver et de la vitesse d’Al Bouraq qui fait tourner la tête. En ce temps-là, on rêvait en se promettant, comme Antoine Blondin dans son roman, "Humeur vagabonde" : "Un jour, nous prendrons des trains qui partent". Le monde d’hier, vous dis-je.
L’homme étalé sur la banquette sursauta lorsque le train fit un bruit métallique et freina net laissant échapper comme des soupirs stridents dans la nuit froide et sous la flamme vacillante de la raffinerie de cette ville improbable qu’est Sidi Kacem. La moitié des passagers du Wagon se réveilla résignée mais convaincue que l’arrêt allait être long et la nuit interminable. L’homme en djellaba se réveilla et en retirant sa capuche, il laissa apparaître les traits fatigués et les rides d’un visage familier.
L’homme n’était pas un inconnu. Il eut son heure de gloire dans les années 60, lorsqu’il fut sélectionné pour jouer avec le onze national qui affrontait, en match amical, l’équipe de l’URSS d’alors. Mais son haut fait d’arme fut ce but magistral qu’il marqua à la légende du foot et meilleur gardien de buts du monde, Lev Yachine. La légende disait que le ballon a été glissé entre les jambes du gardien russe. Quelques passagers du train le reconnurent et s’attroupèrent autour de lui. Emu et flatté par cette soudaine et nouvelle gloriole, Sadni--c’est son nom--sortit de son portefeuille une vieille photo en noir et blanc pliée et jaunie par le temps où l’on pouvait à peine distinguer l’instant historique qu’un photographe anonyme avait immortalisé.
Plus tard, le train gronda, s’ébranla sans crier gare-si l’on ose dire- et se remit en marche puis s’enfonça dans la nuit. L’ancienne gloire remis la capuche de sa djellaba et se recoucha sur la banquette en bois. Il retournera encore une fois à une autre nuit, une nuit sans songes, sans étoiles et sans gloire : celle de l’anonymat et de l’oubli.
Ce souvenir, que j’avais évoqué dans une ancienne chronique, a afflué à ma mémoire, non pour faire une comparaison--qui n’est jamais raison--avec le monde d’aujourd’hui où le foot est devenu une arme de distraction massive, mais après avoir lu un peu de tout sur ces stars qui sont partis faire briller ce jeu en Arabie Saoudite.
Certains journalistes sportifs ont dit pis que pendre sur ces "mercenaires millionnaires" du ballon rond qui sont allés redorer le blason du championnat obscur d’un pays déjà riche et qui les utilise comme outils de propagande ou de soft power. Ce n’est pas faux, mais où est le mal si dans d’autres mercato en Europe, l’argent et la surenchère servent à attirer les meilleurs joueurs ? Des commentateurs de la chaine française Canal Plus, qui pourtant diffuse les matchs de ce championnat arabe pour attirer plus d’abonnés, s’en prend à l’ensemble de ces riches recrues, et notamment à Ronaldo, pour mettre en cause leur manque d’implication dans le jeu de leurs équipes.
"Ils sont là pour juste pour se dorer au soleil et amasser du fric !", accusent-ils. Faux procès et mauvaise foi. Ceux qui suivent ce championnat peuvent relever qu’il est d’un niveau élevé qui dépasse de loin celui de certains pays européens et surtout français. En effet, voir Ronaldo le joueur milliardaire de 37 ans courir, transpirer, défendre, faire des appels, contester les décisions de l’arbitre et marquer des buts est un sujet d’étonnement. On se dit qu’il doit être bien le seul milliardaire de par le monde à s’investir autant dans son job, tant physiquement que moralement. A une autre vedette, on a trouvé un autre défaut, politique cette fois-ci : porter le costume traditionnel du pays d’accueil et poster des félicitations à l’occasion de sa fête nationale. En effet, le président en personne du Rassemblement National, parti d’extrême droite français, attaque l’ancienne vedette de l’équipe de France, Karim Benzema, qu’il accuse d’être "un compagnon de route de l’idéologie islamiste". Rien que ça. Pourtant, Cristiano Ronaldo avait, à la même occasion, posté une photo de lui en costume local. Mais, comme son prénom l’indique, il n’est pas de confession musulmane.
Enfin, on me dira : quel est le rapport entre l’homme en djellaba couché sur la banquette dans un train de nuit et ces deux gloires millionnaires du foot d’aujourd’hui ? Rien, sauf peut-être ce constat désolé de l’écrivain et poète argentin Borges : "La gloire est une incompréhension ; peut-être la pire".
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