France-Algérie : la voie Royal
Dès son élection à la tête de l’Association France-Algérie après l’expiration du mandat de son collègue socialiste Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, ancienne candidate à la présidence, s’est rendue récemment à Alger pour tenter de reprendre le fil de dialogue avec les autorités algériennes.
Cette visite a été peu appréciée par une large partie de la classe politique française, notamment la droite. Elle a vu dans ce déplacement un cadeau inutile offert à Alger, qui continue à fermer toutes les portes officielles de dialogue, et à maintenir volontairement un rapport de force permanent avec Paris.
On se demande pourquoi les autorités algériennes ont accepté la médiation de l’Association France-Algérie (AFA), créée en 1963 par le général Charles de Gaulle lui-même pour maintenir l’Algérie dans le giron français. Quelques mois après l’indépendance, et dans le seul but de tourner cette page coloniale, tout en sauvegardant les intérêts stratégiques français en Algérie, le général charge alors son ministre et Garde des sceaux Edmond Michelet de monter cette association. Il y associe intelligemment des intellectuels, des personnalités de gauche favorables aux indépendances des anciennes colonies, et des résistants, tous français.
On y trouve alors des personnalités comme Germaine Tillion, résistante et ethnologue, Stéphane Hessel, résistant diplomate et écrivain, Jean Daniel Bensaïd, journaliste, ou encore Jean Lacouture, écrivain, et bien d’autres personnalités importantes de l’époque. On y trouve également des politiciens d’envergure comme Jean-Pierre Chevènement, ou encore Pierre Joxe. Le général n’oublie pas d’y insérer également des Français d’Algérie, ou ce qu’on appelait les Pieds noirs, qui s’étaient positionnés pour la fin de la guerre entre la France et son ancien département.
Cependant, dans l’esprit de ce grand homme politique qu’était de Gaulle, l’objectif assigné à la nouvelle entité était d’aider à sauvegarder les intérêts français vitaux en Algérie, à commencer par sécuriser la manne pétrolière et gazière, et continuer les essais nucléaires pour doter la France de l’arme atomique. L’Association France-Algérie a joué dès ses débuts ce rôle pour maintenir solidement les liens entre les deux pays, et atteindre les objectifs fixés par de Gaulle avant de devenir ce qu’elle est actuellement. Une simple association vieillotte qui tend au rapprochement entre députés des deux pays, à l’échange des jeunes, à l’organisation des colloques, ou encore à des débats d’ordre culturel.
C’est dans cet état de stagnation que Ségolène Royal trouve l’AFA, une association peu opérante et totalement marginalisée par le gouvernement français. A l’opposé, en Algérie, les autorités du pays y ont vu une opportunité pour qu’elle joue un rôle auprès de la présidence française afin que Paris change de cap, et se soumette aux caprices des militaires algériens. La première déclaration d’intention de Royal d’inscrire son action dans la continuité des valeurs fondatrices de l’AFA pour donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales est louable, mais ne suffit plus pour réanimer des relations constamment mises sous tension.
Il faudrait relever que cette association qui tend maintenant à jouer ce rôle de médiation n’a jamais été appréciée à sa vraie valeur par l’Algérie, sous prétexte qu’elle est dédiée aux seuls intérêts français. En recevant Ségolène Royal aujourd’hui, Alger effectue un changement de positionnement qui n’est qu’un réajustement pragmatique dicté par la pression que subit le pays et sa diplomatie. Le constat est que face aux impairs multiples des responsables algériens, tous leurs lobbies et relais en France ont été inconsciemment mis hors service.
L’autre vérité est qu’en réactivant donc le rôle de cette association, l’Algérie revient à une architecture de coopération imaginée et mise en œuvre par le général de Gaulle. Elle le fait malgré elle parce que sa politique de confrontation permanente avec Paris a bloqué les relations entre les deux pays. Il ne lui reste donc que le recteur de la mosquée à Paris, les quelques élus franco-algériens, et les services de l’AFA et de sa présidente Ségolène Royal, pour passer ses messages et œuvrer à améliorer les relations bilatérales.
En se rendant avec cette désinvolture à Alger, Royal s’est invitée dans un terrain diplomatique hautement sensible entre les deux pays. Cette initiative prise à la légère s’apparente à une démarche personnelle qui a été très critiquée en France, alors qu’Alger continue sa surenchère habituelle, et ne cherche pas à clamer le jeu. Ce voyage soulève par conséquent plus de questions qu’il n'en résout. Etait-ce une simple initiative personnelle, ou une tentative prématurée, mais assumée, de médiation parallèle pour rapprocher les deux capitales aux mémoires encore douloureuses ? Dans un contexte de crispations récurrentes, ce déplacement semble voué à l’échec, et seul l’avenir nous dira s’il a été vraiment utile à instaurer une nouvelle entente entre Paris et Alger.
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