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Giorgia Meloni, de l’extrême-droite au réalisme politique

Ce mois d’octobre, la présidente du Conseil des ministres d’Italie Giorgia Meloni fête sa troisième année à la tête du gouvernement. Contrairement à la France qui sombre dans une crise politique sans fin, et longtemps considérée comme pays instable, l’Italie surprend par sa stabilité et un redressement économique salué par les marchés.

Le 17 octobre 2025 à 16h02

Comment cette dame, issue d’un milieu modeste et sur laquelle personne ne pariait, a pu conquérir une place enviable sur l’échiquier politique européen, ainsi qu’une grande visibilité à l’échelle internationale, en si peu de temps ?

Lors du récent sommet de Charm el-Cheikh sur Gaza, les caméras épiaient les gestes et comportements de Meloni, alors que son gouvernement ne reconnait toujours pas l’Etat de Palestine. Tout le monde s’est senti gêné quand le président américain a tenu des propos jugés sexistes à son encontre en évoquant son physique plutôt que sa politique. "Je n’ai pas le droit de le dire parce que c’est la fin de votre carrière si vous le dites, mais c’est vraiment une belle jeune femme", a dit Trump, sans gêne ni scrupule. Puis, en la cherchant du regard alors qu’elle se trouvait derrière lui, il l’apostrophe : "cela ne vous dérange pas que je dise que vous êtes belle ? Parce que c’est vrai", lui dit-il. Un moment glacial se répand dans l’assistance.

Loin de lui faire plaisir, cette sortie peu protocolaire, qui ne respecte pas les us et coutumes diplomatiques, remplit le visage de Meloni d’une certain gêne. Elle afficha un certain malaise qui cachait une exaspération mal retenue. Dès son retour à Washington, Trump se dépêche de tweeter pour lui rendre hommage : "Meloni, grande Première ministre d’Italie vient de publier un nouveau livre, elle est une source d’inspiration pour nous tous", écrit-il sur son réseau. Il illustre son message de la couverture du livre que Meloni vient d’éditer en anglais, puis demande aux Américains de s’en procurer une copie. C’est comme cela que l’Américain se rattrape et se rachète auprès des autres.

De l’extrême droite au réalisme politique

Alors qu’elle avait juste 15 ans en 1992, Meloni s’engage en politique par réaction à l’assassinat du juge Giovanni Falcone par la mafia sicilienne. Elle choisit d’adhérer à un parti marginal, le Mouvement social italien, MSI, d’obédience néofasciste, dans lequel elle sera très impliquée et active.

Par la suite, elle participe à sa refonte dans un nouveau mouvement, le Parti du Peuple de la liberté, une coalition politique de centre droit lancée par Silvio Berlusconi, et devient sa ministre de la Jeunesse de 2008 à 2011. Elle sortira de ce gouvernement avec une grande expérience pratique sur l’état de la jeunesse du pays pour former un nouveau parti politique qu’elle appelle Frères d’Italie, Fratteli d’Italia, FdI. C’est à partir de là que son exposition médiatique commence à prendre de l’ampleur, et que sa formation politique devient populaire.

Au lieu de s’enfermer sur sa propre formation politique, Meloni entreprend de constituer une plus large coalition de centre-droit dans la perspective des prochaines élections. Elle s’allie à la Ligue, parti d’extrême droite de Matteo Salvini, et à Forza Italia de Silvio Berlusconi pour les élections de 2018. Son parti en sort renforcé avec 32 députés et 18 sénateurs, au lieu de 12 députés et 3 sénateurs dans la législature précédente.

Durant la crise Covid, elle s’affirme davantage en s’opposant fermement aux gouvernements de Giuseppe Conte, comme de celui de Mario Draghi qui lui succédera.

Cette fermeté et le choix de l’opposition lui ont été fort payants. Pour justifier sa décision, Meloni avance son refus de siéger à côté de partis de gauche, et affiche ouvertement ses désaccords avec la politique de Draghi. Devenue la principale figure de l’opposition durant la période difficile du Covid, elle combat férocement les mesures sanitaires imposées par le gouvernement aux Italiens. Son courage pendant la pandémie a raffermi son profil de femme d’Etat contestataire mais nationaliste, et renforcé l’implantation de sa formation politique dans le sud de l’Italie où elle était peu présente.

Ainsi, lors des élections parlementaires de septembre 2022, son parti FdI devient la première formation politique de l’Italie avec 26% des suffrages. Sa coalition, composée de la Ligue et de Forza Italia, forme alors un nouveau gouvernement qui depuis gère le pays, lui donnant la stabilité qui lui manquait. Cependant, sous la surface de cette apparente réussite, son bilan économique déçoit et même son programme identitaire antimigratoire subit des concessions. La réalité du pouvoir et de ses contraintes lui impose d’ajuster continuellement sa stratégie politique. Elle l’oblige à se livrer à un numéro d’équilibriste pour se maintenir au pouvoir et sauvegarder la cohésion de son gouvernement.

Cependant, cette stabilité politique, d’aucuns parlent de processus de stabilisation au lieu de stabilité, n’a pas abouti au bilan économique escompté. Dès sa prise de pouvoir, Meloni décide de poursuivre la même politique d’austérité qu’elle critiquait par le passé, et qu’elle impose avec une certaine aisance face à une opposition molle et affaiblie. Cette paix intérieure lui donne suffisamment de temps pour s’occuper pleinement de la politique étrangère et faire briller son image et celle de l’Italie à l’international.

Face à un monde instable

Meloni a été bien avisée de confier la diplomatie de son pays à Antonio Tajani, homme politique expérimenté, ancien président du Parlement européen, et membre fondateur du parti Forza Italia avec Berlusconi. Tajani, qui porte aussi le titre de vice-président du Conseil, lui a permis de modérer ses ambitions et d’atténuer ses critiques à l’égard de l’Union européenne. Meloni était pendant ses années d’opposition une eurosceptique, en faveur d’une Europe confédérale qui n’entraine pas des concessions majeures de souveraineté à Bruxelles.

Depuis, son jugement sur l’Union a évolué. La contestataire d’hier s’est transformée, comme par miracle, en un partenaire assidu de toutes les réunions. Elle est devenue sérieuse, engagée et raisonnable sur bien des sujets qui concernent l’Union. Elle demande l’implication directe de Bruxelles sur les questions qui intéressent l’Italie comme l’économie et l’immigration. Elle entretient même une grande proximité avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Elle se range du côté de l’Otan, maintient son soutien actif à l’Ukraine, et réclame des sanctions contre la Russie. Très proche de Trump, elle s’est alignée sur sa position en se retirant du projet de la nouvelle route de la soie contre la Chine et en s’abstenant de reconnaitre l’Etat de Palestine.

Mais c’est avec la France que les relations sont les plus tendues. Meloni a exprimé maintes fois son désaccord avec la politique africaine de Paris qu’elle qualifie de coloniale. Elle a critiqué l’intervention française en Libye et le changement par la force du système politique de ce pays.

Les désaccords entre les deux pays sont nombreux, notamment des différences d’approches vis-à-vis de l’immigration, ou vis-à-vis de l’Ukraine et de la Russie. En mai dernier, le président Macron avait convié ses homologues britannique et allemand à une réunion à Paris sur l’Ukraine, et a royalement ignoré Meloni. Les autorités ainsi que les médias italiens ont peu apprécié cet impair, et ont accusé la France de fomenter des mauvais coups pour isoler Rome des grands dossiers de l’heure.

De son côté, le gouvernement Meloni a saisi l’opportunité de la crise entre la France et l’Algérie pour s’approcher davantage d’Alger et signer des accords gaziers avantageux. Elle procédera de la même manière en Afrique, en saisissant le déclin de l’influence française dans ce continent.

L’Italie s’est montrée encore plus ambitieuse pour renforcer sa coopération avec certains pays africains avec l’aide de l’UE cette fois-ci. Lors du sommet de la Commission européenne tenu à Rome en juin dernier, sa présidente der Leyen a promis de soutenir ce dispositif porté par le gouvernement italien. Le plan Mattei, d’un budget de 5,5 milliards d’euros que Meloni a initié, convergera avec la stratégie Global Gateway de l’UE annoncée en 2021, en réponse aux nouvelles routes de la soie de la Chine.

A l’exercice du pouvoir, Giorgia Meloni a bien évolué, laissant de côté ses fortes convictions d’hier pour s’adapter à un monde en perpétuel mouvement. Finis donc les discours radicaux et idéalistes quand on fait face aux contraintes internationales, qu’elles soient économiques ou diplomatiques.

C’est plus le réalisme qui prévaut chez Meloni quand on fait face à des rapports de force ou à des pressions internationales, et qu’on cherche à protéger ses propres intérêts nationaux. Tout homme politique, et dans notre cas toute femme politique, n’a de choix que de modérer ses attentes et d’adapter ses positions aux dures réalités de notre monde. Giorgia Meloni marquera à coup sûr l’histoire de l’Italie moderne.

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