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Grande-Bretagne-UE: un splendide isolement?

La participation de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a enchaîné son économie à un mort-vivant. Le Royaume-Uni se serait empêtré dans des montagnes de tracasseries administratives pour avoir le privilège de rejoindre un bloc d’économies moribondes sans grandes perspectives de croissance.

Le 7 juillet 2014 à 10h54

En conséquence, les exportateurs britanniques auraient été empêchés de profiter des marchés en forte croissance du Commonwealth et des pays en voie de développement.

 

LONDRES – Voilà, en gros, le point de vue des eurosceptiques britanniques ; une opinion qui distille un parfum de vérité ces dernières années en conséquence de la crise au ralenti que l’Europe vient de vivre. Les faits cependant racontent une autre histoire.

Une nouvelle étude du Centre for European Reform (CER) pose la question : Quelle est la valeur réelle pour le Royaume-Uni de faire partie du marché commun ? La réponse habituelle à cette question est qu’une intégration étroite avec le continent européen permet d’accéder à un marché de plus de 500 millions d’habitants et injecte aussi des doses salutaires de concurrence et d’investissements dans l’économie britannique, contribuant ainsi à la hausse de sa productivité.

Le CER a poussé cette analyse un peu plus loin, en mesurant le commerce britannique avec les pays à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne tout en modulant les résultats en fonction de la taille économique et d’autres facteurs qui influencent les échanges commerciaux, telle que la distance des marchés extérieurs. Sur la base de ces calculs, il est possible de déterminer si le commerce britannique avec d’autres pays membres de l’Union européenne est inférieur ou supérieur à ce qu’il devrait être, en fonction de la taille et de la situation géographique de leurs économies.

Le modèle montre que la participation à l’Union européenne a donné une impulsion aux échanges de marchandises entre l’Angleterre et les autres pays de l’UE de plus que 50%, comptant pour environ 130 milliards £ (219 milliards $) des recettes totales de 364 milliards £ en 2013. En comparaison, l’année dernière, la valeur du commerce bilatéral entre la Grande-Bretagne et la Chine était de 43 milliards £.

Qu’est-ce qui explique l’envergure de ce "multiplicateur UE" ? La réponse tourne autour du fait que l’unification des marchés a donné beaucoup plus qu’une zone de libre-échange, car les échanges commerciaux se font sans tarif douanier depuis des décennies. L’importance des retombées provient plutôt de l’abaissement des barrières non tarifaires imposées habituellement par les différents régimes réglementaires nationaux. Les véhicules automobiles fabriqués en Angleterre peuvent maintenant être vendus partout en Europe sans avoir à se conformer aux différentes normes de sécurité et d’émission de 28 états membres de l’UE.

En outre, la participation au Royaume-Uni à l’Union européenne a permis d’attirer des investissements substantiels de partout en Europe. En 1997, d’autres états membres de l’Union européenne comptaient pour 30% des investissements directs étrangers au pays. En 2012, la part de l’Union européenne est passée à 50%. La Grande-Bretagne est également le pays de prédilection pour les investisseurs de partout dans le monde qui recherchent une base attrayante au milieu d’un marché unique encore en croissance. Des économies européennes dans l’ensemble ont stagné uniquement par rapport au monde en développement. Mais le commerce entre les états membres de l’Union européenne a connu une croissance vive au cours de la dernière décennie.

L’étude du CER n’a pas trouvé de données probantes confirmant que la participation à l’Union européenne ait empêché la Grande-Bretagne d’avoir des échanges commerciaux florissants avec le reste du monde. L’étude fait également valoir que la croissance explosive des exportations de l’Allemagne vers la Chine est une preuve parmi d’autres qu’il est possible de prospérer au sein d’un marché unifié tout en ayant du succès sur les autres marchés extérieurs.

Les eurosceptiques affirment que si la Grande-Bretagne quittait l’Union européenne, elle pourrait dicter ses conditions pour la négociation des accords de commerce avec d’autres membres en vertu du fait qu’elle affiche un déficit commercial avec eux. Les exportations de ces pays vers le Royaume-Uni sont supérieures à la valeur des produits qu’ils importent d’Angleterre, donc leur économie est plus dépendante du commerce avec l’économie britannique. Or, cet argument aussi est plutôt faible.

L’Union européenne achète la moitié des exportations de la Grande-Bretagne, tandis que le Royaume-Uni n’occupe qu’un peu plus qu’un dixième des exportations provenant du reste de l’Union européenne, ce qui ne peut certainement pas se qualifier de position de force dans des négociations. Qui plus est, deux états membres seulement, l’Allemagne et les Pays-Bas comptent pour la moitié du surplus commercial de l’Union européenne envers la Grande-Bretagne. Tout nouvel accord susciterait l’appui des autres pays de l’Union européenne, certains d’entre eux achetant plus de l’Angleterre que leurs propres exportations.

Voilà pour l’analyse technique. Si vous voulez savoir ce que cela signifie en pratique, il suffit de consulter les derniers états financiers de Diageo, le plus grand producteur mondial de whisky. Cette société y confirme qu’il est très avantageux de pouvoir faire circuler les biens librement à l’intérieur d’un marché unique, car il n’est plus nécessaire de remplir les documents d’expédition et de douane à l’intérieur de l’Union, ce qui réduit d’emblée les frais et crée des économies d’échelle.

Le fait que le Royaume-Uni soit membre de l’Union européenne permet à Diageo d’influer sur le cadre réglementaire pour pouvoir entrer en lice dans des conditions équitables dans toute l’Europe. Et, à mesure que la portée commerciale de Diageo s’étend au-delà de l’Europe et de l’Amérique du Nord, la capacité de l’Union européenne de promouvoir le libre-échange et les normes internationales deviendra "encore plus importante, surtout sur les marchés émergents dans lesquels notre société et d’autres sociétés de biens de consommation sont susceptibles de rencontrer des problèmes importants d’accès aux marchés".

Évidemment, il y a de nombreux aspects de l’Union européenne qui méritent une réforme et la participation de l’Angleterre ne peut être mesurée exclusivement en valeurs monétaires au centime près. Malgré tout, l’étude du CER amène de solides arguments pour le point de vue que sur le plan économique, le Royaume-Uni aurait plus à perdre qu’à gagner en choisissant d’autres destinations.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2014

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Le 7 juillet 2014 à 10h54

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