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Il faut investir de toute urgence, mieux et plus dans le capital humain

Le monde est confronté à une crise croissante du capital humain qui appelle une attention urgente. En effectuant les bons investissements dans les personnes, en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables, nous pouvons aider à leur donner la santé, les connaissances et les compétences dont ils ont besoin pour réaliser leur plein potentiel. Une chronique de la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva.

Le 25 janvier 2019 à 16h27

WASHINGTON, DC – Depuis 75 ans, la Banque mondiale est en première ligne dans l'aide au développement. Elle aide les pays les plus pauvres et les plus vulnérables à faire des investissements judicieux pour préparer leurs citoyens à l'avenir, notamment dans le domaine des infrastructures, de la santé, de l'éducation, de l'emploi et de l'accès aux marchés. Depuis quelques années, elle investit aussi des domaines cruciaux pour l'avenir de la planète, qu'il s'agisse de la lutte contre le réchauffement climatique ou de l'utilisation de la technologie au service des plus pauvres.

Partout où je voyage - du Rwanda à la Zambie, de l'Indonésie à la Bulgarie, mon pays natal - je vois l'apport de la technologie dans la vie des populations. Cet apport saute aux yeux, qu'il s'agisse de systèmes de paiement électronique ou de l'émergence d'emplois indépendants reposant sur Internet.

La technologie améliore la vie de millions de personnes à travers le monde, mais elle change la nature du travail. Notre Rapport sur le développement dans le monde 2019 est consacré à la manière dont l'innovation change ou supprime des emplois existants et en crée de nouveaux. Cela soulève quelques questions difficiles: Quels seront les emplois de demain? Comment les travailleurs réaliseront-ils leur potentiel dans un monde de plus en plus complexe?

Nous disposons de nouveaux outils très puissants pour aider les pays en développement à répondre à ces questions. Lors de l'une des réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Bali en octobre dernier, nous avons créé nouvel indice de capital humain couvrant pour l'instant 157 pays. Il quantifie le niveau de capital humain qu’un enfant né aujourd'hui peut espérer atteindre quand il aura 18 ans, en fonction des risques propres au pays dans lequel il vit, en matière de santé et d’éducation.

Cet indice est calculé à partir de trois composantes:

1) la survie: la probabilité qu'un enfant né aujourd'hui atteigne l’âge de 5 ans;

 2) la santé: le taux de retard de croissance et le taux de survie à l'age adulte;

3) l'éducation: la mesure des années escomptées de scolarité qui prend en compte la quantité et surtout la qualité de l’éducation.

Cet indice de capital humain est le premier du genre, car il repose sur des indicateurs liés à la productivité. Il traduit la relation entre la croissance économique de demain et l'amélioration de la santé et de l'éducation. Il permet surtout aux dirigeants de savoir clairement à quelle hausse de productivité des travailleurs on peut s'attendre s'ils sont en bonne santé, bien éduqués, et disposent des capacités voulues pour s'adapter à un marché du travail en changement rapide. 

L'indice de capital humain d'un pays est compris entre 0 et 1. La valeur 1 correspond à la pleine santé et à une éducation complète. Dans nos premiers calculs sur les 157 pays couverts, la valeur moyenne de l'indice était seulement de 0,56. Autrement dit, en moyenne la productivité des enfants nés aujourd'hui sera presque la moitié de ce qu'elle pourrait être.

Les conséquences pour la croissance - et donc pour la diminution de la pauvreté - sont énormes. Si un pays a un indice de capital humain de 0,5, son PIB par travailleur est la moitié de ce qu'il pourrait être avec un indice de 1. Le rattrapage correspondrait à une hausse de 1,4 points de pourcentage du PIB pendant 50 ans.

Il est d'autant plus important d'investir dans la population, que le monde est confronté à deux défis:

-Premièrement la croissance mondiale baisse. Selon nos dernières Perspectives de l'économie mondiale publiées début janvier et opportunément titrées "Assombrissement des perspectives économiques", la croissance mondiale devrait baisser de 3% l'année dernière à 2,9% cette année, et celle des pays émergents et en développement devrait stagner à 4,2%, comme l'année dernière.

-Deuxièmement, le rythme de diminution de la pauvreté ralentit. Notre rapport 2018 Poverty and Shared Prosperity (Pauvreté et prospérité partagée) montre qu'en 2015, l'année la plus récente pour laquelle nous disposons de données complètes, le taux d'extrême pauvreté était de 10%, le taux le plus bas jamais enregistré. Cela correspond à 736 millions de personnes - les plus difficiles à atteindre. Cependant, le taux de pauvreté dans des zones fragiles et affectées par des conflits ou la violence est passé de 34,4% en 2011 à 36% en 2015, et il va probablement augmenter.

L'investissement dans le capital humain peut favoriser une croissance inclusive et durable. Cela ne concerne pas seulement les ministres de l'éducation et de la santé. Les chefs d'Etat, les ministres des finances, les PDG et les investisseurs doivent faire du capital humain une priorité immédiate.

Si nous agissons dès maintenant, nous pouvons créer un monde dans lequel tous les enfants arrivent à l'école le ventre plein, prêts à étudier, un monde dans lequel ils pourront grandir et devenir des adultes en bonne santé, bien formés et productifs et dans lequel ils pourront réaliser leur potentiel.

Les enfants d'aujourd'hui méritent cet avenir. Et c'est ce qu'attendrons les employeurs demain. Les dirigeants du monde doivent préparer cet avenir dès à présent.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2019

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Le 25 janvier 2019 à 16h27

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