Il y a 20 ans, la Chine entre à l'OMC: un tournant décisif
Il y a exactement vingt ans que le gouvernement chinois décida, de son plein gré, d’adhérer à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), devenant ainsi le 143e membre de cette institution. C’était un tournant décisif aussi bien pour la Chine que pour le système du commerce multilatéral.
Cette adhésion constitue un cas d’école pour tous les pays, et principalement ceux en développement. Elle illustre comment une intégration intelligente au commerce mondial peut stimuler la croissance et, par voie de conséquence, le développement d’une nation. Elle a, en outre, permis à la Chine de sortir des millions de personnes de la pauvreté en les intégrant à l’économie mondiale, dominée jusqu’alors par l’Occident.
Ce sont les Américains eux-mêmes qui insistaient pour que la Chine fasse partie du nouveau monde qui se dessinait au crépuscule de la dernière guerre mondiale. A la fin des hostilités, Pékin faisait déjà partie des nations qui participaient à la Conférence de Bretton Woods en 1944. Le 27 décembre 1945, elle est également membre du Fonds Monétaire Internationale (FMI) et de la Banque mondiale.
La révolution chinoise menée par Mao Tsé-toung alla bouleverser la donne avec la naissance de la République Populaire de Chine (RPC) en 1949, et le cantonnement de la République de Chine à Taiwan. Cette dernière adhèrera en 1965, en tant qu’observateur, aux négociations commerciales du GATT, au nom de toute la Chine, au détriment de Pékin.
Sous pression du bloc de l’Est et des pays du tiers monde, l’Assemblée Générale des Nations-Unies vote, le 25 octobre 1971, l’admission de la République Populaire de Chine, à la place de Taiwan qui en est expulsée. Pékin retrouve donc sa place au Conseil de Sécurité, comme au niveau des négociations commerciales du GATT. Ces dernières devaient aboutir à la création de la future Organisation Mondiale de Commerce (OMC), qui prendra naissance en 1994 à Marrakech.
Tout en réorganisant son économie avant une éventuelle intégration, la Chine adopte une politique évolutive et réfléchie. Elle se joindra aux négociations du GATT, devient membre de l’accord multifibre en 1983, assiste en tant qu’observateur au Conseil ministériel du GATT en 1984, avant d’être membre au comité consultatif sur les pays en développement en 1985.
Ce n’est qu’en 1989 que la Chine commence à négocier son accession totale au GATT ce qui va lui permettre de signer, en 1994 à Marrakech, l’acte final de l’Uruguay Round. Celui-ci donnera naissance à l’OMC où Pékin siégera en tant que membre observateur de 1995 jusqu’à son adhésion définitive en 2001.
Sur le plan intérieur, la Chine a déjà tourné la page des années Mao Tsé-toung avec l’avènement du président Deng Xiaoping qui, de 1978 à 1992, est le maître d’œuvre et l’architecte des réformes économiques et de l’ouverture du pays sur l’économie mondiale. C’est cette volonté politique ferme qui a conduit à des transformations structurelles profondes du pays, à sa modernisation et, par voie de conséquence, à l’instauration d’une réelle croissance.
Ce sont aussi ces réformes économiques graduelles qui ont permis à la Chine de faire face à la concurrence extérieure. En adhérant à l’OMC, avec une économie en plein essor, elle a pu résorber les chocs de l’ouverture aux marchandises et services des autres nations. Résultat des courses : en vingt années, de son adhésion à ce jour, la Chine est passée de la sixième économie mondiale à la seconde.
C’est en raison de ces acquis que les autres pays développés sont encore plus exigeants à l’égard de Pékin pour qu’elle ouvre davantage certains secteurs de son économie à la concurrence étrangère, et qu’elle réduise ses subventions à bien d’autres. De même, ils exigent de Pékin de participer activement aux réformes en cours à l’OMC, notamment sur les questions relatives à l’égalité des conditions entre les membres, et à la restauration de la fonction de règlement des différends.
Les responsables chinois pensent que leur pays a fait le nécessaire pour ouvrir son économie sur l’extérieur, en réduisant les taux appliqués aux produits importés, et en permettant plus de concurrence. Pour leurs adversaires étrangers, la Chine doit, au contraire, faire davantage d’efforts, d’autant plus que son économie se situe au même niveau, si ce n’est plus, que celles des autres pays développés.
C’est certainement avec son adhésion à l’OMC que la Chine est devenue l’acteur géostratégique qu’elle est actuellement. Sa montée en puissance a été largement facilitée par son intégration à cette organisation dont elle a su en tirer un maximum de profit. Cet impact n’a pas agi seulement sur l’économie chinoise, il a aussi transformé les besoins de l’économie mondiale.
En raison de leurs faibles coûts de production, les produits chinois ont conquis le monde. Ceci a permis d’un côté, l’amélioration du pouvoir d’achat des pays avides de produits bon marché, et de l’autre, une forte désindustrialisation chez les pays développés et des délocalisations vers la Chine. C’est cette intensification des délocalisations qui a permis à la Chine de multiplier par onze son PIB depuis son admission à l’OMC.
Le commerce chinois a connu une progression exponentielle depuis l’adhésion du pays à l’OMC, ce qui lui a facilité l’insertion rapide dans les chaînes de valeurs mondiales. Les investissements dans la recherche et les avancées spectaculaires dans le développement des nouvelles technologies de pointe, ajoutés à une forte demande internationale, ont abouti à la consolidation du leadership chinois.
Malgré les effets négatifs de la pandémie covid sur le commerce mondial, l’économie chinoise a su consolider sa résilience et maintenir une croissance honorable, après avoir enregistré l’une des expansions les plus rapides de l’histoire humaine. Elle semble maintenant entrer dans une nouvelle dynamique, celle d’une transition vers une croissance certes moins forte mais plus durable.
Quand la Chine a adhéré à l’OMC il y a de cela vingt ans, son PIB équivalait à celui de la France. Aujourd’hui, elle pèse plus que toute la zone Euro réunie et pourrait dépasser le PIB des États-Unis avant la fin de cette décennie. Quand la volonté politique est là, tout devient alors possible. C’est cela la grande leçon à tirer de cette épopée.
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