Iran-Israël : hier partenaires, aujourd’hui ennemis
Les frappes israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes marquent une escalade majeure dans une hostilité qui dure depuis des décennies, ravivant le spectre d’un conflit régional de grande ampleur.
On se rappelle bien de la démonstration du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou devant l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2012. Muni d’une carte avec un dessin d’une bombe liée par une mèche, il expliquait aux délégations qui sont restées l’écouter que l’Iran est proche de fabriquer sa première bombe atomique, dans quelques semaines, ou peut-être quelques mois, affirmait-il.
Cette déclaration date de treize ans, et l’Iran continue depuis à développer ses recherches nucléaires et l’enrichissement de l’uranium, sans pour autant aboutir à la fabrication de l’arme atomique. La menace que Téhéran possède un jour un arsenal nucléaire fait craindre le pire, non seulement à Israël mais à toute la région. Pourtant Israël elle-même en possède des centaines d’ogives nucléaires et développe secrètement ses recherches dans ce domaine en toute illégalité.
Depuis longtemps, l’extrême droite israélienne menée par Benjamin Netanyahou a les installations nucléaires iraniennes dans son point de mire par crainte de perdre sa suprématie régionale. Israël attendait juste le moment propice pour passer à l’action et trainer tout l’Occident derrière elle dans une aventure aux conséquences graves et imprévisibles. Pour sa survie, sa suprématie militaire sur tous ses voisins devrait être totale et non négociable.
Pourtant, entre l’Iran et Israël, les relations étaient pendant longtemps excellentes du temps du Shah d’Iran Reza Pahlavi, jusqu’à l’avènement de la République islamique en 1979. En raison du soutien des Etats-Unis et d’Israël à l’ancien régime, l’Ayatollah Khomeiny adopta une politique à l’opposé du Shah, surnommant le premier le grand Satan et le second le petit Satan. Tout au long de la guerre Iran-Irak, qui a duré huit années de 1980 à 1988, Israël a apporté une aide précieuse à l’Iran pour contenir les attaques iraquiennes. Irangate, ou Iran-Contra, fut l’une des manifestations de cette étroite coopération entre l’Etat hébreu et la République islamique.
Par ce scandale politico-militaire, plusieurs hauts-responsables américains liés à Israël ont fermé les yeux sur ce trafic d’armes vers l’Iran, malgré l’embargo touchant ce pays. On espérait utiliser le produit des ventes pour financer de l’autre côté l’opposition nicaraguéenne. Par cette opération, qui a défrayé la chronique à son temps, les Israéliens ont réussi à fournir armes et munitions en grande quantité à l’Iran pour combattre l’Irak de Saddam Hussein, tout en négociant la libération des otages occidentaux détenus à cette époque par le Hezbollah au Liban.
La guerre entre Irakiens et Iraniens, qui se neutralisaient mutuellement, ne pouvait que servir les intérêts d’Israël et de l’Occident. Tel-Aviv avait les yeux rivés sur les capacités nucléaires que Saddam commençait à développer. En septembre 1980, c’est Téhéran qui bombarda le premier le réacteur OsiraK dans les environs de Bagdad, sans doute avec l’aide d’Israël. Un an après, c’est au tour d’Israël de venir finir la tâche en juin 1981, avant que les Américains ne viennent à leur tour bombarder le site pour le raser complètement, lors de la première guerre du Golfe en 1991. Affaibli et à terre, le régime de Saddam fut balayé rapidement en 2003 par l’armée américaine.
Dans la confrontation en cours entre l’Iran et Israël, Téhéran est confronté à ce même défi que l’Irak d’hier. Le péril est encore plus grand alors que tous ses alliés régionaux sont en difficulté. Le Hezbollah est presque démantelé au Liban, le régime Assad s’est effondré, et le Hamas est retranché dans une guerre sans fin que seule la population palestinienne en paie le tribut. Même l’Irak, dont la majorité de la population est chiite, est soumis, lui aussi, à des pressions américaines pour ne pas manifester un soutien ouvert à l’Iran. Restent les Houthis au Yémen qui continuent d’apporter un soutien timide à l’Iran en attaquant épisodiquement Israël.
Cette animosité entre l’Iran et Israël remonte donc au début à l’avènement de la République islamique et aux soutiens qu’apportaient les Israéliens au régime répressif du Shah d’Iran. La rupture entre les deux fut actée dès l’arrivée de l’Ayatollah Khomeiny par la fermeture de l’ambassade d’Israël et son remplacement par celle de la Palestine. Ceci s’accompagna également de la prise d’otages de diplomates américains au sein de leur ambassade, qui a duré de 1979 à 1981. En dépit de cet épisode, Israël espérait en vain maintenir l’Iran comme son allié dans la région, pour contrer les pays arabes qui lui demeurent hostiles.
Les conséquences du printemps arabe, ajoutées à l’interventionnisme et à l’expansionnisme iraniens, ont rapproché davantage certains pays arabes du camp américain et d’Israël pour instaurer un nouvel équilibre de forces afin de contenir les visées de Téhéran. C’est dans ce contexte géopolitique global que seront signés les Accords d’Abraham en 2020, qui marqueront une rupture additionnelle entre Etats arabes sunnites et l’Iran chiite. Cependant, l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 viendra chambouler, une fois encore, la région et remettre la question palestinienne au-devant de la scène et de l’agenda international.
Après l’émission d’un mandat d’arrêt par la Cour pénale internationale, l’esprit de vengeance reprend ses droits chez Netanyahou. D’abord contre les Palestiniens qui lui résistent, mais surtout contre son obsession de toujours, l’Iran. Depuis son arrivée à la tête du Likoud et de l’Etat israélien, l’Iran demeure la menace existentielle pour lui. Cette obsession est le résultat de ses convictions idéologiques, de son histoire familiale et de ses calculs géopolitiques. Il faut écouter son adversaire politique Shaul Mofaz, d’origine iranienne, qui le décrit comme une personne animée par une conviction messianique d’éliminer le danger iranien qui guette l’Etat hébreu.
Pour Netanyahou, le danger iranien est donc résumé dans ses capacités nucléaires qu’il faudra éliminer par tous les moyens. En avril dernier, alors que les pourparlers entre Américains et Iraniens reprenaient sur ce dossier, il appela ouvertement lors d’une conférence au sein de la Jewish News Syndicate, JNS, au démantèlement total du programme nucléaire iranien. A la lecture de cette intervention, on décèle que l’attaque israélienne des installations nucléaires iraniennes était déjà l’option choisie, et que ce n’est qu’une affaire de quelques semaines. Entre temps, l’armée israélienne continuait à éliminer sans scrupule ses adversaires proches des Mollahs, au Liban, en Syrie et au Yémen, avant de se lancer sur une cible finale, l’Iran.
Devant son audience à la JNS, Netanyahou rappelait que l’Iran ne doit pas être autorisée à enrichir l’uranium, ni à conserver la capacité de le faire. Il précisait dans la foulée qu’il avait eu l’occasion d’exposer ses idées au président Trump. Et on peut ajouter, sans se tromper, qu’il lui a sans doute soumis les solutions extrêmes qu’il préconise pour atteindre son objectif. La reprise des négociations entre Américains et Iraniens, qui se déroulaient à Oman entre temps, n’était en réalité qu’un subterfuge pour que l’Iran baisse momentanément la garde. Elle a permis à Israël de bénéficier de l’effet de surprise lors de ses attaques du 13 juin contre les installations nucléaires iraniennes.
On savait que le scénario d’une attaque surprise d’Israël contre l’Iran était de l’ordre du probable, mais, une fois exécuté, il a provoqué stupeur et tremblement au Moyen-Orient et au-delà. La Russie a averti pour sa part Washington contre toute intervention dans le conflit, tout en dénonçant les attaques israéliennes des installations nucléaires. Quant à la Chine, elle a aussi mis en garde contre les graves conséquences de ces attaques et s’est opposée à toute atteinte à l’intégrité territoriale de l’Iran. L’Europe, et comme à son habitude, a affirmé le droit d’Israël de se défendre alors qu’elle se taisait sur le massacre des civils palestiniens. Le chancelier allemand Friedrich Merz a loué le sale boulot qu’Israël mène pour nous tous, ce qui a l’avantage d’être explicite.
Pour sa part, le Premier ministre israélien mobilise, comme il peut, tous ses partenaires et ses lobbies pour entrainer les Etats-Unis dans cette aventure aux conséquences aussi graves qu’imprévisibles. Donald Trump a affirmé qu’il se donnait encore deux semaines pour réfléchir et préférait laisser place à des négociations avec l’Iran. Quant à Marco Rubio, son secrétaire d’Etat, qui assure également le poste de conseiller à la sécurité, il affirma ouvertement qu’Israël a mené une action unilatérale.
Et pour être plus claire, il ajouta que son pays n’est pas impliqué dans les frappes contre l’Iran, et que la priorité absolue des Etats-Unis est de protéger les forces américaines dans la région. Les Israéliens qui ont poussé en 2003 l’administration du président Georges Bush à détruire l’Irak de Saddam Hussein ont du mal, pour le moment, à persuader Donald Trump d’emprunter la même voie. Ce qui est certain, c’est que les alliances, comme les guerres du reste, que noue Israël avec l’Iran et les autres pays sont toujours de circonstances et d’intérêt et n’ont pour but que de maintenir la suprématie israélienne sur toute la région.
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