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Israël au ban de la société internationale

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres était dans son rôle quand il appelait récemment Israël et Hamas à un cessez-le-feu immédiat pour épargner les civils. En s’adressant au Conseil de sécurité, il a tenu à rappeler que les attaques de Hamas ne s’étaient pas effectuées en vase clos. Le peuple palestinien, a-t-il rappelé, est soumis à une occupation étrangère depuis 56 ans. En choisissant cette date, il faisait implicitement référence à la résolution 242 qui a suivi la guerre des six jours de 1967, et aux frontières sur lesquelles doit s’établir, en principe, l’État palestinien.

Le 3 novembre 2023 à 14h44

Guterres qui a condamné sans équivoque les actes de Hamas, a tenu aussi à souligner qu’aucune partie ne peut se considérer au-dessus du droit international. Par cette petite phrase, lourde de sens, dont on peut deviner la partie visée, il ajoutait que même la guerre a des règles. Il n’a pas fallu plus pour que le ministre israélien des affaires étrangères Eli Cohen sort de ses gonds dans une rare diatribe contre le chef de l’organisation onusienne.

Monsieur le secrétaire général dans quel monde vivez-vous ? sans aucun doute ce n’est pas dans le nôtre, lui a lancé le ministre israélien. Comment pouvez-vous conclure un accord de cessez-le-feu avec quelqu’un qui a juré de tuer et de détruire votre propre existence ? Puis, dans une vaine surenchère, il ajoute que Guterres ne représente pas les membres les plus importants de l’ONU, en citant nommément, les États-Unis, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Tous ces pays sont effectivement les alliés d’Israël qui le soutiennent même dans le tort.

Sur les réseaux sociaux, Eli Cohen a continué à torpiller le discours de Guterres. Pourtant celui-ci était jugé par la majorité de la communauté internationale comme juste, équilibré et surtout aligné sur les résolutions afférentes à ce conflit. Pour le ministre israélien, il n’y a pas de place pour une approche équilibrée. Hamas doit tout simplement être effacé de la surface de la terre, comme il l’a affirmé. Le bombardement sans distinction de la population civile palestinienne à Gaza pour atteindre ce but est, aux yeux du droit international, une épuration ethnique et un crime de guerre.

Cette dégradation subite des relations d’Israël avec l’ONU, a été en outre alimentée par le représentant permanent israélien au sein de cette institution. Gilad Erdan a voulu, lui aussi, frapper son audience en arborant l’étoile jaune sur sa veste, à l’instar des juifs contraints par les nazis à le faire. L’ambassadeur a voulu ainsi choquer et attirer l’attention de son audience. Ce fut, là aussi, un échec cuisant. Aux yeux de la communauté internationale, les nouvelles victimes de notre époque sont cette fois-ci les Palestiniens, et les bourreaux sont israéliens.

Au sein même d’Israël, ce geste du représentant permanent d’arborer l’étoile jaune a été critiqué comme une désacralisation d’un symbole de la mémoire juive. Le directeur du mémoriel de Yad Vashem à Jérusalem dédié à la shoah a dénoncé ce comportement. Pour lui, ce geste du diplomate déshonore les victimes de l’holocauste, et même l’État d’Israël. L’étoile jaune, rappelle-t-il, symbolisait l’impuissance des juifs face aux nazis. Ce qui n’est plus le cas actuellement, selon lui.

Mais le diplomate israélien est allé encore plus loin en stipulant que l’Organisation des Nations Unies a été créée suite à la shoah. "Je vais vous le rappeler, et à partir de ce jour, à chaque fois que vous me regardez, vous vous rappellerez ce que cela signifie de rester silencieux face au mal", a-t-il lancé à la salle. Cette sortie du représentant d’un pays qui doit sa propre existence juridique à l’ONU, est pour le moins irrévérencieux à l’égard de l’institution onusienne.

Il est toujours utile d’évoquer l’histoire de la naissance de l’État d’Israël pour clarifier le drame que vivent les Palestiniens actuellement. Le sionisme né à la fin du 19e siècle sous la houlette de Théodor Herzl évoluait dans une Europe qui glissait des empires vers les États-Nations. L’antisémitisme ambiant et l’affaire d’Alfred Dreyfus qu’Herzl couvrait comme journaliste en France, allaient le convaincre d’organiser la conférence de Bâle, en 1897 en Suisse pour lancer son mouvement d’un foyer pour les juifs en Palestine.

À partir de cette date, les premiers groupes de juifs commencent à quitter l’Europe de l’Est avec des fonds collectés généralement à l’Ouest pour rejoindre la Palestine. Succombant aux pressions, le secrétaire d’État britannique aux affaires étrangères Arthur Balfour adressa à son concitoyen Lord Lionel Rothschild, une déclaration promettant un foyer juif en terre de Palestine que le Royaume-Uni avait mandat de la Société des Nations SDN d’administrer.

La seconde guerre mondiale qui a fait 40 millions de victimes et déplacé des populations, dont des juifs qui s’installèrent en Palestine, a abouti à la création de l’ONU. Les américains vainqueurs, qui ont maintenant la main sur le destin de l’Europe, ont agi pour remodeler le monde selon leur stratégie. La conférence de Yalta en février 1945 pour se partager le monde et la création de l’ONU en octobre de la même année ont été parmi les décisions qui allaient profiter à la naissance d’Israël.

Alors que l’ONU n’avait que 57 membres, les pays occidentaux, à leur tête les américains et les britanniques, allaient introduire la partition de la Palestine et la création d’Israël. En ce temps, une grande partie des pays arabes et africains étaient encore colonisés et les américains avaient hâte de conclure l’affaire. Aucune consultation référendaire des populations n’a été exigée alors que les Palestiniens étaient encore majoritaires sur leur terre.

L’État juif proposé dans la partition est plus grand que la partie palestinienne. 55% de l’essentiel des terres cultivables, la presque totalité de la façade maritime, ainsi qu’une grande partie des industries lui reviennent. Ce tracé des frontières ne pouvait satisfaire ni les Palestiniens ni les pays qui les soutenaient. L’adoption du texte de partage de la Palestine n’a pas été chose aisée comme l’auraient souhaité les occidentaux.

Doubler la pression pour voter la résolution du partage

En septembre 1947 une première votation a eu lieu à l’ONU pour décider du sort qui sera réservé à la Palestine. L’objectif était d’institutionnaliser définitivement l’État d’Israël dans la nouvelle organisation internationale qui venait de naître. Le premier vote fut décevant pour l’Occident qui n’a pas obtenu les deux tiers des voix pour que la résolution puisse être adoptée. 25 voix étaient pour le partage, 13 contre et 19 abstentions.

Les plus déçus étaient les américains qui vont doubler leurs pressions sur les autres nations pour l’adoption du partage. Ils promettaient alors des prêts à certains, comme à Haïti, ou à bénéficier du plan Marshall qui allait entrer en vigueur en 1948 pour certains pays européens. D’autres subissent des sanctions économiques, comme avec le Liberia, pour les obliger à voter la résolution de partition.

Deux mois après, le 25 novembre, une nouvelle votation est relancée. Le résultat est, une fois encore, décevant pour l’Occident. Toujours 25 voix pour, 13 contre et 17 abstentions. Au grand regret des américains, il manquait encore une voix pour que la résolution puisse être adoptée. Cette fois-ci c’est le président Harry Truman himself qui va user de tout son pouvoir de grande puissance en menaçant la France, qui s’est abstenue lors des votes précédents, de lui couper l’aide si elle ne vote pas la résolution.

Pour bien appréhender l’atmosphère de cette période de la vie internationale, il est utile de noter qu’en mars 1947 Truman avait présenté au Congrès américain sa nouvelle doctrine géopolitique. Celle-ci consistait à mettre fin à l’isolationnisme des États-Unis au profit d’une politique interventionniste en dehors des frontières américaines. Elle consiste principalement à soutenir les régimes démocratiques face à ceux autoritaires. C’est le début de la guerre froide. La naissance d’Israël la même année allait épauler cette stratégie.

L’ONU relance de nouveau la votation quatre jours après la deuxième tentative. Le 29 novembre 1947 l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 181 du plan de partage de la Palestine en deux États, l’un arabe palestinien et l’autre juif. La ville sainte de Jérusalem obtient un statut particulier sous l’égide de l’ONU. Ce sont 33 pays qui ont voté pour, 13 contre, et 10 abstentions. La France a cédé et finit par voter le partage.

Depuis cette naissance par césarienne, les États-Unis ne cessent d’apporter leur soutien à l’État d’Israël en assurant sa sécurité aux niveaux militaire, financier comme au niveau politique. Sur les 80 vétos adoptés par Washington plus de la moitié sont relatifs à Israël et à la défense de ses intérêts. Face au carnage qui se déroule actuellement devant les yeux de la communauté internationale, le président américain Biden a fait l’effort de demander à Tel-Aviv de la retenue, au lieu d’exiger un cessez-le-feu immédiat, comme le réclament les organisations humanitaires.

En dépit des éléments de langage distillés par Israël sur les plateaux de certains médias occidentaux, pour faire de Hamas une organisation terroriste qu’il faudrait dénoncer et bannir, la réalité est toute autre. Israël récolte ici les fruits de sa propre myopie politique quand il encourageait la naissance de Hamas pour affaiblir l’OLP de Yassir Arafat. La réalité qu’il ne faut pas occulter c’est que l’attaque du 7 octobre a fait tomber définitivement le mythe de l’invincibilité d’Israël.

On peut par conséquent en déduire que l’époque des guerres éclaires initiées et conclues par Tel-Aviv sont révolues. Cela fait maintenant un mois que ses soldats bombardent Gaza, région densément peuplée, la transformant en poussière, sans pouvoir soumettre les combattants de Hamas. Ces derniers peuvent être défaits, mais l’esprit de leur bravoure marquera, pour des générations encore, les esprits. Feu Hassan II aimait dire que les batailles de la vie ne sont jamais gagnées par les plus forts, ni par les plus rapides, mais par ceux qui n’abandonnent jamais. Les israéliens devraient le méditer. Quant aux palestiniens, ils savent qu’ils sont de cette trompe.

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Le 3 novembre 2023 à 14h44

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