Adnane Benchakroun
Vice-président de l'Alliance des économistes istiqlaliensIstiqlal: comment sortir par le haut
L'Istiqlal réunit ce samedi 21 novembre 2015 un Conseil National qui pourrait être décisif. A l'ordre du jour: la préparation du congrès et l'éventuel renouvellement de la direction
Beaucoup de chose ont été dites au sujet des défaites électorales de 2015. Les résultats ont été analysés et commentés.
Pour être très sévère et pour résumer, je dirai:
-Le Parti de l’Istiqlal (PI) a été chassé des grandes villes.
-Les classes moyennes se sont détournées du parti.
-Les élites (politiques, économiques et sociales) ne se reconnaissent plus dans le parti.
-Les leaders d’opinion condamnent le parti à une mort soft mais certaine.
-Le parti n’est plus respecté.
-Historiquement, c’est le cas de tous les “Old Big Parties“. Un parti historique doit savoir vieillir et s’adapter.
>C’est presque une bonne nouvelle.
Elle pourrait être salutaire, cette défaite. Même s’il faut être honnête et reconnaître que la descente aux enfers ne date pas de cette année. Mais laissons aux historiens le soin de dater les événements.
>Un nouveau rendez-vous avec l’histoire.
A la veille du Conseil National, d’un Congrès anticipé et d’une nouvelle direction (SG et Comité Exécutif), nous avons besoin d’une bonne saignée (Hijama politique) pour nous remettre en question (auto-critique positive) et surtout nous remettre en mouvement.
Nous sommes devant le choix suivant: soit sortir par le haut soit sortir de l’histoire politique du pays.
Sommes-nous à cours d’idées, de vision, de ligne politique et de projet sociétal digne du Royaume et en phase avec la jeunesse?
Sommes-nous encore capables d’une crise d’intelligence?
J’ai personnellement beaucoup de doutes même si je suis de nature optimiste en politique!
>Le Parti est victime de lui-même :
-Le “court-termisme“ de ses dirigeants: «j’y suis, j’y reste et après moi le déluge»
o La transition générationnelle ne se fait pas correctement ou pas du tout alors qu’elle est à l’œuvre chez les électeurs;
o Absence d’un leader visionnaire et porteur d’un projet cohérent, pragmatique et réaliste à moyen terme.
-L’arrivisme, l’égoïsme et l’individualisme de certains de ses adhérents- militants. Pire, certains sont dans l’esprit de revanche sociale.
-L’indifférence et la démobilisation de ses sympathisants.
Pour cela, il y a lieu de changer d’espace, d’horizon…
Au préalable, il faut:
1-Oublier 2016: Nous avons déjà perdu les élections.
2-Déclarer et assumer la fin de la rente historique: 65% des Marocains sont nés après la Marche Verte , alors comme capitaliser aujourd’hui sur Aix-les-Bains?
3-Changer le nom du Parti.
4-Faire une refonte totale des structures du parti dans le cadre de la régionalisation avancée.
5-Couper le lien institutionnel avec l’UGTM.
6-Réaffecter les ressources financières vers des outils qualitatifs.
7- Révolutionner la communication du Parti:
o Professionnalisme
o Full web et réseaux sociaux
o Sondages et marketing politique
8-Changer les statuts :
o Le secrétaire général doit avoir moins de 60 ans, il sera élu par le congrès, pour un mandat unique de sept ans.
o Elire le SG par une primaire à deux tours.
o Restructurer le CE (pouvoirs, accessibilité, vote de confiance à mi-mandat, limitation des mandats, conflits d’intérêts).
o Restructurer le Comité central (parlement de la régionalisation)
o Conseil national: Montée en charge des alliances (Objectifs qualitatifs).
>Dans une seconde étape, il faut créer les conditions nécessaires pour pouvoir lancer la réflexion approfondie:
A-Sur plan doctrinal :
I-Mise à jour du projet politique au lendemain de la nouvelle constitution, des lois organiques et de la régionalisation avancée.
II-Repenser et réécrire une doctrine économique et sociale (gros travail):
-l’Egalitarisme de 1964 est caduc (le monde a changé: Mondialisation, globalisation, ALE , IE ….).
-Egalités des chances et droit à une seconde chance.
-Libéralisme intelligent et à géométrie patriotique.
-Nouveau contrat social (capital, travail et innovation)
-Le nouveau rôle de l’Etat dans les régions.
-Partenariat Public-Privé aussi large que possible.
-Nouvelle génération de reformes qui libèrent la création de valeur.
-Priorité absolue au Maroc exportateur.
-Modèle économique générant une croissance en faveur de la classe moyenne.
III-Reformuler un projet sociétal
-Le projet actuel est trop flou et trop générique
B-Sur le plan du programme
I -S’inscrire dans la transition climatique :
-S’approprier l’écologie non punitive.
-Promouvoir le développement durable et solidaire.
II- Ne pas rater la révolution numérique et éviter la fracture digitale
III – Repenser de A à Z l’école, l’enseignement et la formation:
-Instaurer le bilinguisme arabe-français et arabe-anglais.
-Adopter des contenus dans les différents parcours pédagogiques pour développer la pensée critique.
-Enseigner selon le triptyque: présentiel, e-Learning et multimédia.
-Adopter la méthode Lean formation pour donner plus d’autonomie aux maîtres, instituteurs et enseignants.
IV-Régénérer l’art de vivre marocain.
- Culture, sport et développement personnel
Pour cela, le Parti a besoin d’une nouvelle méthode pour:
-Assurer l’ouverture de la réflexion et des idées.
-Eviter l’autoproduction réductrice.
-Dépasser la complexité des problématiques.
-Adopter une dialectique moderne.
Dans cette optique, choisir des personnalités nationales de référence, leur commander des livres blancs sur chaque sujet en leurs assurant tous les moyens (conditions de travail et moyens humains et financiers) pour constituer des commissions ouvertes, sur le modèle des commission Attali, Badinter et Louis Gallois pour ne citer que les plus connues.
A charge pour le prochain congrès d’en discuter les contenus, la cohérence et de retenir la ligne politique, la vision sociétale et le programme économique et social.
Enfin, pour défendre ces idées et ces bouteilles à la mer, je serai candidat à la présidence de l’Alliance des économistes du parti.
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