Joyeuses fêtes de Pâques
Dans un contexte de tensions extrêmes autour de l’Iran, Donald Trump a multiplié les déclarations alarmantes, allant jusqu’à évoquer la destruction possible d’une "civilisation entière" et des frappes contre des infrastructures civiles. Entre menaces militaires, réactions internationales et mises en garde de l’ONU, ces propos ravivent les inquiétudes sur une escalade du conflit et ses conséquences juridiques, politiques et humanitaires.
C’est en pleine fête de Pâques, après avoir inauguré la traditionnelle chasse aux œufs dans les jardins de la Maison-Blanche, que Donald Trump a déclaré aux médias, sur un ton menaçant, qu’"une civilisation entière va mourir ce soir", en référence à l’Iran.
C’est pendant la célébration de cette fête chrétienne, qui commémore la résurrection du Christ et le triomphe de la vie sur la mort, qu’une telle déclaration, violente et jugée insensée, a été diffusée par un président qui se dit croyant et religieux. Faute d’accord de cessez-le-feu et de déblocage du détroit d’Ormuz, le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit, a-t-il averti. À l’issue de l’ultimatum fixé par Donald Trump, un nouveau délai de deux semaines a été accordé, afin de tenter de parvenir à un compromis définitif.
Le président américain s’est dit prêt à frapper les centrales énergétiques et les ponts en Iran. Il a également affirmé qu’il ne s’inquiétait pas du risque de commettre des crimes de guerre en détruisant des infrastructures à usage civil. Selon lui, le véritable crime de guerre serait de laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire.
En Europe, où il séjournait en Hongrie, le vice-président JD Vance, qui s’était récemment emporté contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu pour avoir entraîné Washington dans cette guerre contre l’Iran, s’est montré plus optimiste. "Il y aura beaucoup de négociations d’ici là, et je suis confiant quant à la possibilité d’aboutir à une issue positive", a-t-il déclaré.
Face à ces violences verbales et aux intentions destructrices exprimées par le président de la première puissance mondiale, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit "très préoccupé". Selon son porte-parole, aucun objectif militaire ne justifie la destruction massive des infrastructures d’une société ni l’infliction délibérée de telles souffrances aux populations civiles.
Devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur iranien a déclaré que le président américain avait utilisé un langage "non seulement profondément irresponsable, mais aussi totalement alarmant". Il a ajouté qu’il était regrettable que, sous le regard de la communauté internationale, il menace ouvertement de détruire les infrastructures de son pays et de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Trump n’en a cure, lui qui avait déclaré auparavant à un journaliste qu’il ne s’inquiétait pas du risque de commettre des crimes de guerre. Pourtant, ces crimes constituent de graves violations du droit international humanitaire. Leurs auteurs encourent une responsabilité pénale individuelle au regard du droit international. Et, à la différence des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité, les crimes de guerre ne peuvent être commis que dans le cadre d’un conflit armé, comme celui en cours en Iran ou au Liban. C’est ce que prévoit l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui énumère une longue liste de crimes de guerre, dont l’homicide, la torture et les attaques intentionnelles contre des civils ou des biens de caractère civil.
Donald Trump a récemment réitéré ses déclarations en haussant le ton contre l’Iran, exprimant son intention d’anéantir les centrales électriques et les installations pétrolières qui bénéficient aux civils. À la suite de ces propos incendiaires, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a averti qu’en vertu du droit international, attaquer délibérément des civils ou des infrastructures civiles constitue un crime de guerre.
Pour Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, même si certaines infrastructures venaient à être considérées comme des objectifs militaires, le droit international humanitaire interdit les attaques qui causeraient des dommages collatéraux excessifs aux populations civiles. La présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Mirjana Spoljaric, a pour sa part dénoncé les menaces délibérées du président américain, qu’elles soient purement rhétoriques ou qu’elles se traduisent par des actes concrets.
C’est face à ces dépassements que l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin, est allé au-delà de la dénonciation. Il a proposé la création d’un nouveau mécanisme au sein de l’ONU visant à contraindre les États membres responsables de guerres illégales à verser des réparations financières aux pays illégalement attaqués. Cette idée, qui fait son chemin, vise à transposer le principe environnemental du "pollueur-payeur" au domaine de la guerre. Elle consisterait à imposer à tout État déclenchant une intervention militaire illégitime de financer la reconstruction des destructions provoquées.
Cette initiative, si elle venait à être adoptée, pourrait atténuer la propension des États à recourir à des guerres coûteuses comme celle qui se déroule sous nos yeux au Moyen-Orient. Elle pourrait également bouleverser les relations internationales et redonner de l’espoir à ceux qui prônent la paix et l’entente entre les nations. Pour étayer sa proposition, Dominique de Villepin a souligné qu’un tel principe devrait être consacré par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, et non du Conseil de sécurité, bloqué par les cinq membres permanents. " Tout pays qui s’engage dans une intervention militaire illégitime et illégale doit payer les coûts de la reconstruction : tu détruis, tu répares", a-t-il ajouté, estimant que, dans le cas d’un conflit américano-israélien contre l’Iran, Washington et Tel-Aviv devraient assumer la responsabilité des destructions.
En attendant, la suspension des combats entre les États-Unis et l’Iran laisse entrevoir une lueur d’espoir pour apaiser la région et permettre aux négociations d’Islamabad de se dérouler dans de meilleures conditions. Mais Israël, opposé à l’accord de cessez-le-feu conclu à son insu entre Washington et Téhéran, s’est tourné vers le Liban pour y déployer toute sa force et torpiller les négociations en cours. En réponse, l’Iran a maintenu un contrôle étroit sur le détroit d’Ormuz, conservant ainsi une carte maîtresse à faire valoir dans les pourparlers à venir.
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