Keir Starmer pour gérer l’après Brexit
Après quatorze ans de gouvernance conservatrice et de turbulences post-Brexit, le Parti travailliste de Keir Starmer a remporté les élections générales de juillet dernier. Face à une gestion conservatrice critiquée, marquée par la sortie de l'UE et plusieurs crises internes, Starmer a centré sa campagne sur la relance économique et la restauration des liens avec l'Europe, sans toutefois envisager de réintégrer l'Union européenne.
Sous la houlette de Keir Starmer, les travaillistes britanniques ont gagné les élections générales en juillet dernier contre les conservateurs qui ont régné pendant quatorze ans sur le Royaume-Uni. Le Premier-ministre conservateur David Cameron, qui dirigea le gouvernement en 2010, avait promis l’organisation du référendum sur le Brexit pour soit rester, ou quitter, l’Union européenne. Ce référendum eut lieu en 2016, et 52% de britanniques ont choisi la rupture qui fut actée à la fin de l’année 2020. Suite à ce camouflet, Cameron dût quitter le pouvoir au lendemain des résultats.
Depuis, ce sont quatre autres Premier-ministres conservateurs qui se sont succédés sur le 10 downing street après Davis Cameron. Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss, et enfin Rishi Sunak, chacun a essayé, à sa manière, de gérer les conséquences du Brexit sans grand succès. La sortie de l’UE, les effets de la pandémie Covid, la dégradation des services publics, puis la guerre en Ukraine sont parmi les facteurs qui ont participé à la morosité que vit le pays. Pour gagner les élections, le travailliste Keir Starmer avait bien choisi le thème de sa campagne : sauver un pays que les conservateurs ont mis à genoux.
C’est sous David Cameron, reconduit en 2015 avec la promesse d’organiser un référendum sur le Brexit, que tout commença. Comme il était en faveur du maintien, il démissionna après la victoire de ceux qui prônaient le Brexit. Theresa May, qui lui succéda en juillet 2016, ne parvenait pas, pour sa part, à faire approuver l’accord par les députés. Rejeté à trois reprises, elle finira par démissionner à son tour en 2019. Boris Johnson, qui a bataillé pour le départ de May, la remplaça et réussit à faire adopter l’accord, légèrement remanié cette fois-ci, pour qu’il puisse être adopté par la chambre des députés.
La période Covid qui s’est abattue sur le monde a laissé ses traces sur l’économie britannique et aggravé sa situation économique comme celle de l’ensemble de l’Union-européenne. Johnson fût contraint, lui aussi, à démissionner en 2022 après plusieurs scandales notamment le Partygate, fête organisée en violation des restrictions sanitaires. Celle qui le remplace, Liz Truss, a battu quant à elle le record d’avoir le mandat le plus court à la tête du gouvernement britannique. Elle y est restée 49 jours au total.
Rishi Sunak qui lui succéda a pu, pour un temps, survivre aux turbulences de la politique post-Brexit. Il avait à son actif le succès de sceller l’accord sur l’Irlande du Nord avec la commission européenne. En dépit de cela, et croyant à sa bonne étoile de gouverner le pays pour longtemps encore, il lança des élections générales anticipées en juillet dernier qu’il perdra à la surprise générale. Une défaite sévère pour les conservateurs qui sont restés au pouvoir pendant quatorze années consécutives. Ils n’ont obtenu que 24% des suffrages contre 34% pour les travaillistes.
Le Bregret
Les conservateurs paient ainsi leur gestion de l’après-Brexit qu’ils ont initié mais maladroitement géré. C’est ce Brexit qui, à l’usure, les a fait chasser du pouvoir au profit des travaillistes. Depuis 2020, le Royaume-Uni n’est plus donc membre de l’UE, après un demi-siècle de vie commune. Secoués par plusieurs crises, une majorité de britanniques pensent que le fait de sortir de l’Union était une erreur. À chaque anniversaire de ce divorce, les cœurs des sujets de Sa Majesté ne sont plus à la célébration. Ils évoquent maintenant le Bregret pour exprimer le regret d’avoir voté le Brexit.
Ce néologisme, Bregret, est également évoqué dans les médias britanniques pour décrire la nostalgie des britanniques à l’égard de l’UE, devenue un doux souvenir lointain. D’après un sondage effectué en décembre 2022 par le quotidien The Independant, 30% des personnes ayant voté pour quitter l’Union en 2016, souhaitent que le Royaume-Uni tisse des liens plus étroits et forts avec cet ensemble que par le passé. Cette tendance traduit une prise de conscience que le Brexit n’était pas la bonne décision à prendre. Tous les sondages effectués depuis, démontrent que si les britanniques devaient revoter, le maintien au sein de l’Union serait majoritaire.
Selon les résultats d’une autre enquête du même journal effectuée en janvier 2023, 65% des Britanniques souhaiteraient organiser un nouveau référendum pour réintégrer l’Union, ce qui semble peu probable dans l’état actuel des choses. L’Institut de l’ancien Premier ministre, Tony Blair Institute For Global Change, suggère dans un rapport publié en octobre 2022, de s’attaquer plutôt aux problèmes posés par le Brexit, que de penser à la réintégration. Blair lui-même croit possible la réparation de la sortie par une nouvelle politique de coopération avec Bruxelles, sans inverser la décision du Brexit.
Pour lui, la Grande Bretagne est confrontée aux mêmes défis que tous les autres pays européens. Il critique cependant la politique basée sur la seule croissance et la productivité, des solutions surannées des années quatre-vingt, selon lui. Il propose, au contraire, une autre politique qui prend à bras le corps les nouveaux défis selon un plan de réformes bien pensé qui doit être poursuivi de manière cohérente pendant une génération. Pour cela il propose de réformer les institutions gouvernementales d’abord et repenser l’éducation et la santé.
Blair préconise que ces réformes ne peuvent venir que d’un gouvernement travailliste. Il suggérait, à l’époque des conservateurs, de rétablir la crédibilité macro-économique afin que le programme de réformes qu’il propose ait une chance de réussir après eux. Maintenant que les travaillistes sont au pouvoir, on ne sait encore quelles recettes ils comptent appliquer pour arrêter le déclin. Il est tôt pour juger la politique de leur nouveau chef, trois mois après son arrivée à la tête du gouvernement. Cependant, ses premières initiatives concernent la relance de la croissance, la réduction de l’immigration et le renforcement des relations avec l’UE.
C’est ainsi qu’en marge du sommet de la communauté politique européenne, qui regroupe 46 Etats européens, qui s’est tenu chez lui en juillet dernier, le nouveau premier-ministre Starmer s’est adressé à ces pairs européens sur ce sujet. Le Royaume-Uni sera un ami et un partenaire, prêt à travailler avec vous, sans faire partie de l’UE, mais en faisant partie intégrante de l’Europe, leur a-t-il dit. Il y a exprimé son désir de travailler avec Bruxelles pour rétablir les liens de confiance et d’amitié comme hier. Starmer a déjà obtenu l’organisation d’un sommet bilatéral avec l’Union au début 2025. Ce serait là, à coup sûr, l’occasion pour lui, de traiter l’ensemble des questions en litige.
Mais Starmer a répété qu’il n’a pas l’intention de demander à réintégrer l’UE pour ne pas effaroucher une partie des citoyens britanniques conservateurs. Il a révélé qu’il y a des lignes rouges qui ne seront jamais dépassées, à savoir le non-retour de son pays au marché unique, ou rétablir la libre circulation des citoyens. Starmer doit s’estimer cependant heureux de voir que, depuis son arrivée au pouvoir l’économie du pays, longtemps en berne, semble évoluer positivement avec 0,7% de croissance au premier trimestre de cette année et 0,6% au deuxième.
Mais plusieurs analyses économiques révèlent que la croissance britannique perdra entre 2 et 8 points dans les quinze ans qui suivent le Brexit. D’autres études indiquent également une perte de PIB de 0 à moins 9 du PIB d’ici à 2030. Dans une autre étude publiée en 2023, la Banque d’Angleterre estime, pour sa part, une perte de 4% à moyen terme, par rapport à une situation de maintien de la Grande Bretagne au sein de l’Union-européenne. Au niveau économique, le Brexit était une mauvaise initiative et jamais la solution idéale pour le Royaume-Uni.
Dans tous les pays où les sondages sont autorisés, l’expérience suggère que les opinions tendent à évoluer en faveur du résultat d’un référendum plus qu’elles n’évoluent en sa défaveur. Le cas britannique est l’exception où une partie de la population regrette déjà son vote en faveur du Brexit. On se rappelle que lorsque les Français rejetaient par référendum le projet constitutionnel européen en mai 2005, cela avait entraîné l’Union dans une crise majeure. En 2007, dès son arrivée au pouvoir, le président Nicolas Sarkozy avait trouvé la parade. Il avait fait voter la loi par voie parlementaire, et le problème fût, par miracle, réglé d’une manière aussi démocratique.
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