img_pub
Rubriques

admin

La décennie perdue du Moyen-Orient

  BERLIN, 18 mars 2013 – Depuis le 11 septembre, les USA ont mené trois guerres : contre Al Qaïda, en Afghanistan et en Irak. Les deux premières leurs ont été imposées, mais la troisième résulte d'une décision délibérée du président George W. Bush, prise pour des raisons idéologiques et aussi très probablement personnelles.  

Le 1 avril 2013 à 15h29

Si Bush, son vice-président Dick Cheney, et son secrétaire à la défense Donald Rumsfeld et leurs alliés néo-conservateurs avaient clairement dit quelle était leur intention - renverser Saddam Hussein par une guerre et parvenir de cette manière à un Moyen-Orient pro-occidental - ils n'auraient pas obtenu le soutien du Congrès et de l'opinion publique américaine. Leur vision tenait de la naïveté et de l'inconscience.

Il leur fallait donc créer une menace : ce fut les armes de destruction massives irakiennes. Ainsi que nous le savons, il s'agissait de mensonges (par exemple des tubes d'aluminium que l'on a fait passer pour des armes nucléaires, de soi-disant rencontres à Prague entre le chef des comploteurs du 11 septembre, Mohamed Atta et des responsables irakiens, et même des inventions évidentes comme l'achat d'uranium par l'Irak au Niger).

Tels ont été les justifications d'une guerre qui allait coûter la vie à prés de 5.000 soldats américains et à plus de 100.000 Irakiens. Ajoutons à cela les millions de blessés et de personnes déplacées, ainsi que la destruction de l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Les USA ont dépensé 3 000 milliards de dollars pour en arriver là !

La guerre de Bush contre Saddama changé radicalement le Moyen-Orient, mais pas de la manière dont il l'avait envisagé. Si l'objectif des USA était de déstabiliser l'Irak, ils y ont parfaitement réussi : plus de 10 ans après, la viabilité du pays en tant qu'Etat n'a jamais autant posé question.

Saddam parti, la majorité chiite a pris le pouvoir à l'issue d'une terrible guerre civile, laissant les sunnites défaits avides de revanche, dans l'attente de l'occasion de rétablir leur prééminence. Au nord, les Kurdes ont su utiliser habilement l'occasion qui s'est offerte à eux pour obtenir une indépendance de facto, même si la question clé du contrôle de la ville de Kirkuk constitue une bombe à retardement. Les uns et les autres essayent de mettre la main autant qu'ils le peuvent sur les énormes réserves de pétrole et de gaz de l'Irak.

Les USA ont remporté la guerre, l'Iran la paix et la Turquie les contrats

Evaluant l'opération « Liberté pour l'Irak » 10 ans plus tard, le Financial Times a conclu que les USA ont remporté la guerre, l'Iran la paix et la Turquie les contrats. Je suis entièrement d'accord. Sur le plan politique, l'Iran est le grand gagnant de la guerre de Bush. Son ennemi numéro un, Saddam, a été renversé par son ennemi numéro deux, les USA, donnant aux Iraniens une occasion en or pour étendre leur influence à l'ouest pour la première fois depuis 1746.

Très mal planifiée et reposant sur une vision stratégique calamiteuse, la guerre de Bush a permis à l'Iran d'accéder à une position régionale à laquelle il n'aurait pu parvenir par lui-même. La guerre lui a permis de s'affirmer en tant que puissance dominante dans le Golfe, et au-delà dans la région. Son programme nucléaire est précisément au service de ces ambitions.

Les perdants régionauxsont manifestement l'Arabie saoudite et les pays du Golfe qui se sentent menacés dans leur existence même et en sont venus à considérer leur propre minorité chiite comme une cinquième colonne au service de l'Iran. Ils ont un argument pour cela : les chiites étant au pouvoir en Irak, l'Iran cherche à utiliser les populations chiites locales comme outils au service de ses revendications hégémoniques. C'est ce qui alimente les désordres à Bahreïn, au-delà des griefs locaux de la majorité chiite.

La guerre d'Irak marque le début du déclin relatif de l'Amérique

Si l'on met de coté les mensonges, les fictions, les questions de moralité et de responsabilité personnelle, la principale erreur de la guerre américaine contre l'Irak était l'absence d'un plan viable et de la force nécessaire pour imposer la Pax Americana au Moyen-Orient. L'Amérique disposait de la puissance suffisante pour déstabiliser l'ordre régional existant, mais pas pour en établir un nouveau. Prenant leurs désirs pour des réalités, les néo-conservateurs américains ont grossièrement sous-estimé la difficulté de la tâche qu'ils voulaient entreprendre, contrairement aux révolutionnaires iraniens qui se sont dépêchés de récolter ce que les USA avaient semé.

La guerre d'Irak marque le début du déclin relatif de l'Amérique. Bush a gaspillé une grande partie de la puissance militaire américaine en Mésopotamie au nom d'une fiction idéologique - une puissance qui fait cruellement défaut à la région 10 ans plus tard. Or sans l'Amérique, pas d'alternative.

S'il n'y a pas de lien entre la guerre d'Irak et les révolutions arabes qui ont commencé en décembre 2010, ensemble, leurs conséquences ont été pernicieuses. Depuis la guerre, la coopération et parfois des fusions ont remplacé les inimitiés profondes entre Al Qaïda et les autres groupes nationalistes salafistes et sunnites. Cela aussi est dû aux néo-conservateurs américains.

La guerre civile en Syrie menace de s'étendre à l'Irak, au Liban et à la Jordanie

La déstabilisation régionale déclenchée par les révolutions arabes fait de plus en plus sentir ses effets en Irak, essentiellement via la Syrie et l'Iran. Principal péril : les différents pays de la région risquent une désintégration engendrée par la guerre civile en Syrie qui menace de s'étendre non seulement à l'Irak, mais aussi au Liban et à la Jordanie.

La guerre civile en Syrie est particulièrement dangereuse parce que les parties en présence sur le terrain ne sont plus ses éléments moteur. Cette guerre est devenue un combat pour la domination régionale entre l'Iran d'un coté et l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie de l'autre. C'est pourquoi le Moyen-Orient pourrait devenir les Balkans du 21° siècle et sombrer dans un chaos qui a commencé il y a 10 ans - en grande partie la conséquence de l'invasion américaine en Irak.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate


 

Tags : Wali
Par
Le 1 avril 2013 à 15h29

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité