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La destruction créatrice à l’œuvre

Une grande partie de l’histoire du développement industriel du siècle dernier peut être vue comme celle de la concurrence entre une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée et de nouvelles technologies qui se passeraient de ces mêmes compétences.

Le 1 août 2014 à 10h55

Nous avons vu les répercussions de l’implantation de robots effectuant des tâches routinières, autrefois exécutées par des milliers d’ouvriers qui gagnaient de bons salaires sur les chaînes de montage.

 

OXFORD – Au cours de l’histoire, le progrès technologique a engendré d’immenses richesses, mais également de grands bouleversements. La fabrication d’acier aux États-Unis a ainsi connu des transformations majeures dans les années 60, lorsque les grandes aciéries ont dû fermer leurs portes pour se voir remplacées par des usines de plus petite échelle, détruisant au passage la base économique de villes comme Pittsburgh en Pennsylvanie, et Youngstown, en Ohio. Les mini aciéries ont toutefois grandement accru la productivité et créé de nouveaux métiers ailleurs.

L’histoire du secteur de l’acier aux États-Unis illustre un enseignement important de ce que l’économiste Joseph Schumpeter appelait la "destruction créatrice" : la croissance économique à long terme dépend de beaucoup plus qu’un simple accroissement de la production des usines existantes ; elle implique également des changements structurels de l’emploi.

Nous pouvons observer le même phénomène dans la révolution actuelle du secteur des technologies de l’information et des communications (TIC), qui influe sur la plupart des secteurs du monde moderne du travail, même ceux qui ne sont pas directement liés à la programmation informatique ou à la conception de logiciels. Les technologies informatiques ont créé de nouvelles entreprises prospères (et même des secteurs entiers) tout en réduisant la demande pour la main-d’œuvre industrielle qui a poussé de vieilles cités ouvrières dans leur trajectoire descendante.

La transition vers de nouvelles formes d’emplois

Pourtant les villes comme Détroit, Lille ou Leeds n’ont pas souffert en raison de la baisse de la production manufacturière ; car au contraire, la production dans ces villes a plutôt connu la croissance au cours de la dernière décennie. Leur déclin découle directement du fait qu’elles ne parviennent pas à attirer des entreprises qui offrent d’autres types d’emplois. Ceci provient dans une large mesure, de l’échec des stratégies industrielles. Car au lieu de vouloir préserver le passé en soutenant les secteurs traditionnels, les instances devraient porter toute leur attention sur la gestion de la transition vers de nouvelles formes d’emplois. Il faut cependant pour cela une bonne connaissance des nouvelles technologies et en quoi elles diffèrent de celles qu’elles remplacent.

Une caractéristique importante des premières technologies de fabrication de la révolution industrielle est le fait qu’elles ont remplacé des artisans relativement spécialisés, ce qui a subséquemment augmenté la demande pour la main-d’œuvre ouvrière non spécialisée. De même, la chaîne de montage de Henry Ford pour la fabrication des automobiles, lancée en 1913, a été spécialement conçue pour que des travailleurs non spécialisés opèrent le matériel, permettant à l’entreprise de fabriquer son fameux modèle T – la première automobile que les Américains de classe moyenne pouvaient se payer.

En fait, une grande partie de l’histoire du développement industriel du siècle dernier peut être vue comme celle de la concurrence entre une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée et de nouvelles technologies qui se passeraient de ces mêmes compétences. Nous avons déjà observé les répercussions et non les moindres dans le secteur automobile de l’implantation de robots pouvant effectuer les tâches routinières, autrefois exécutées par des milliers d’ouvriers qui gagnaient de bons salaires sur les chaînes de montage.

Des bouleversements encore plus grands attendent le monde du travail. Même si l’histoire conseille la prudence lorsqu’il s’agit de prédire l’évolution technologique, nous avons déjà une bonne idée de ce que les ordinateurs permettront de réaliser dans un avenir proche, car les technologies sont déjà au stade de la mise au point. Nous savons ainsi que des algorithmes complexes de traitement massif de données simplifieront un vaste éventail de métiers spécialisés.

L’automatisation totale d’un grand nombre d’emplois

La plateforme eDiscovery de Symantec Clearwell constitue un exemple fréquemment cité de ce processus. Il s’agit d’un logiciel d’analyse linguistique utilisé pour dégager les grandes lignes d’un ensemble de documents, l’entreprise se targuant même de pouvoir analyser et trier 570.000 documents en uniquement deux jours. Clearwell transforme déjà la profession de juriste en se servant des ordinateurs pour accélérer les recherches avant les procès et effectuer des tâches normalement accomplies par le personnel d’assistance juridique – et même par des juristes contractuels ou des avocats spécialisés en droit des brevets.

De même, des technologies améliorées de capteurs entraîneront l’automatisation totale d’un grand nombre d’emplois dans le transport et la logistique. Il n’est donc pas utopique d’imaginer que les véhicules autonomes de Google élimineront un jour les emplois des chauffeurs de taxi et d’autobus. L’automatisation pourrait même toucher  les emplois peu qualifiés dans le secteur des services, jusqu’ici à l’abri. La croissance annuelle de la demande de robots personnels et de services domestiques déjà à 20% est un bon indice de ce qui risque d’arriver dans cette branche d’activité.

Les marchés de l’emploi pourraient à nouveau entrer dans une nouvelle ère de turbulence technologique et d’écart grandissant des salaires. Et ceci fait ressortir une question plus vaste : où se créeront les nouveaux types d’emplois ? Il y a déjà des signes de ce que l’avenir nous réserve. Les changements technologiques créent une demande pour les architectes et les analystes en traitement massif des données, pour des spécialistes des services infonuagiques, des développeurs de logiciels et des professionnels en mise en marché du numérique – des métiers qui, il y a à peine cinq ans, n’existaient pas vraiment.

L'exemple de la Finlande

La Finlande offre des enseignements précieux sur la façon dont les villes et les pays peuvent s’adapter à ces développements. Son économie a d’abord souffert des difficultés qu’a connues Nokia, l’entreprise la plus importante au pays, pour répliquer aux technologies des téléphones intelligents. Or, plusieurs nouvelles entreprises ont été lancées autour des plateformes de téléphones intelligents. En fait, dès 2011, les anciens employés de Nokia avaient créé 220 entreprises du genre. La société Rovio qui a vendu plus de 12 millions d’exemplaires de son jeu vidéo Angry Birds pour les téléphones intelligents ne regorge-t-elle pas d’ex-employés de Nokia?

Cette transformation n’est pas une coïncidence. L’investissement intensif de la Finlande dans l’éducation a formé une main-d’œuvre faisant preuve de ressort. En investissant dans des compétences transférables qui ne se limitent pas à des entreprises ou des secteurs donnés ou à des métiers susceptibles d’être informatisés, la Finlande montre la voie par ses stratégies d’adaptation aux bouleversements technologiques.

Malgré la diffusion des technologies axées sur le traitement massif des données, des études indiquent que la main-d’œuvre conservera un avantage comparatif sur le plan de la créativité et de l’intelligence sociale. Les stratégies gouvernementales de développement doivent donc viser en priorité le développement de ces compétences, pour qu’elles viennent en appui plutôt qu’en concurrence aux technologies informatiques.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

Tags : Santé
Par Rédaction Medias24
Le 1 août 2014 à 10h55

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