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La guerre de l'Europe en Ukraine

BERLIN – La guerre fait des ravages dans l'Est de l'Europe. L'Ukraine est victime d'une agression militaire russe et qu'on le veuille ou non, son sort sera déterminant pour celui de l'Europe, car la crise actuelle va définir les règles et les principes fondateurs de l'Europe du XXe siècle.  

Le 6 février 2015 à 10h18

L'Europe sera-t-elle régie par les principes de liberté, de démocratie, d'Etat de droit et d'inviolabilité des frontières nationales ? Ou bien par la puissance pure et par la volonté de triompher par la force ? La démocratie sera-t-elle «dirigée» et les sphères d'influence auront-elles le dessus sur le droit des pays grands ou petits à déterminer leur propre avenir ?

Avec la fin de la Guerre froide et l'effondrement de l'Union soviétique, l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Ukraine sont rapidement devenues une pierre angulaire de l'ordre européen. Ce fait stratégique n'a jamais été aussi évident qu'aujourd'hui. Bref, l'Ukraine démocratique d'aujourd'hui se bat pour l'avenir de l'Europe.

Le président russe Vladimir Poutine veut restaurer un ordre international fondé sur des sphères d'influence exclusives contrôlées par les grandes puissances: le système qui a prévalu dans l'Europe déchirée par la guerre au XVIIIe et au XIXe siècles. Une Ukraine européenne et l'Union européenne font obstacle à cet objectif. C'est pourquoi la politique russe actuelle vise à déstabiliser l'Ukraine en permanence, surtout militairement et financièrement. Dans son propre intérêt, l'Europe ne doit pas laisser cette politique l'emporter.

Malgré la guerre, une nouvelle Ukraine a vu le jour

Malgré la guerre dans l'Est de l'Ukraine, le pays a réussi à prendre des mesures importantes en faveur de la démocratie depuis la destitution du président Viktor Ianoukovytch en février dernier. En effet, depuis le soulèvement «Euromaidan» à Kiev en novembre 2013, une nouvelle Ukraine a vu le jour. Des élections présidentielles et législatives libres et équitables ont mis au pouvoir des dirigeants qui en mettant en œuvre des réformes radicales, sont déterminés à réaliser les exigences des électeurs en faveur d'une économie moderne et de la fin de la corruption. Néanmoins l'objectif consistant à stabiliser la politique nationale est loin d'atteint. Outre les tensions au sein du gouvernement ukrainien, la principale raison est la situation financière désastreuse du pays.

Aux États-Unis, la Commission européenne et les principaux États membres sont tous d'accord, au moins en principe, pour dire que l'Ukraine a besoin d'une aide financière substantielle et rapide afin d'être en mesure de résister à l'agression russe. De même, ils acceptent de soutenir les réformes profondément sociales et économiques auxquelles l'Ukraine doit procéder.

Jusqu'ici, aucune mesure de relance n'a été élaborée, ce qui est gênant car le FMI est autorisé à sortir l'argent promis seulement si la stabilité financière de l'Ukraine est garantie pendant au moins 12 mois. Le pays est confronté à une grave pénurie d'argent, ce qui pourrait conduire à une grave crise financière, en plus de l'effroyable crise militaire en cours.

Faiblesse majeure de la politique étrangère de l'UE

La difficulté de l'Union européenne à élaborer un engagement financier concret découle de son manque de moyens financiers. Une faiblesse majeure de la politique étrangère de l'UE est son manque d'instruments polyvalents pour attribuer un aide financière aux pays voisins. Il serait absurde que l'Ukraine doive glisser dans une crise financière parce que l'UE ne peut pas s'entendre sur la manière de recueillir les fonds pour empêcher cela.

La manière d'éviter ce résultat consiste à ajuster l'un des deux instruments de l'UE en faveur des membres hors zone euro, afin de répondre aux besoins de l'Ukraine: le système d'aide macrofinancière, un instrument polyvalent qui peut combiner des prêts et des subventions directes, ou le mécanisme de soutien des balances de paiement, qui pourrait compléter un programme du FMI pour les pays de l'UE. Les deux instruments pourraient être soumis à des conditions visant à garantir que les fonds ne subissent pas la corruption endémique, mais qu'ils soient plutôt dirigés vers les endroits qui en ont le plus grand besoin. En outre, les engagements doivent être effectués dans le cadre d'un accord de donateurs qui interdit que les aides servent à effectuer des paiements directs à la Russie.

Crise financière et crise militaro-politique

Aujourd'hui, il est plus important de fournir un soutien financier adéquat à l'Ukraine que d'imposer de nouvelles sanctions à la Russie. C'est pourquoi la Russie pourrait aussi être intéressée par une conférence des donateurs et par de l'argent frais en provenance de l'Europe pour l'Ukraine. En effet, les sanctions économiques aggravent non seulement la crise en Russie, mais elles affectent en outre négativement d'autres pays européens. En revanche, une aide financière pour l'Ukraine indiquerait clairement que l'UE ne tolérera pas la déstabilisation de ce pays, tout en fournissant une stimulation économique en Ukraine et dans l'ensemble de la région.

Autre point tout aussi important: si la réponse de l'Occident à l'agression russe sur l'Ukraine se limite effectivement à des sanctions économiques, Poutine pourra plus facilement accuser l'Occident et sa prétendue hostilité envers la Russie de l'effondrement du niveau de vie des citoyens russes, lui permettant ainsi de renforcer d'autant plus son nationalisme agressif.

Aujourd'hui, la volonté politique est la seule chose qui manque pour convertir les fonds de l'UE en aide financière pour l'Ukraine. L'étape plus urgente doit être une initiative de la part du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en vue d'obtenir que les fonds soient alloués avec un minimum de retard bureaucratique. Même si ce processus prend un certain temps, le processus enverra un signal politique fort sur la détermination de l'UE à soutenir l'Ukraine. L'annonce à elle seule aidera l'Ukraine dans ses difficultés financières aiguës.

Bon nombre de dirigeants européens vont se réunir cette semaine à la conférence de sécurité de Munich. Ils doivent saisir cette occasion pour exhorter M. Juncker à entamer la procédure nécessaire pour réutiliser un des deux fonds disponibles de l'Union européenne. Une crise financière, en plus de la crise militaro-politique, serait dévastatrice pour l'Ukraine. Il n'y a donc aucune raison qu'elle ne puisse être évitée.

© Project Syndicate 1995–2015

Par et
Le 6 février 2015 à 10h18

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