La mosquée Hassan II et la résurrection de Notre-Dame
C'est une histoire de question "déplacée" adressée au Roi Hassan II pendant une émission de grande écoute, L'Heure de Vérité, en 1989. On interrogea le Souverain sur la Mosquée Hassan II. Il répondît sur Notre Dame. L'actualité lui donne raison. Analyse et réminiscences d'Ahmed Faouzi.
En visionnant la transmission de l’accueil des invités par le couple Macron sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris, beaucoup se sont émerveillés de la beauté de ce chef-d’œuvre et restaient dubitatifs sur le budget qu’il a englouti dans une France en crise et très endettée. En cet instant, je me suis remémoré pour ma part, la réplique de feu Hassan II à un journaliste français sur le coût qu’a engendré la construction de la grande mosquée de Casablanca. "Et que pensez-vous, demandait le Souverain, de Notre-Dame de Paris dans le contexte français de l’époque, quand on l’a construite ?".
Pour mieux se rappeler de cette émission restée ancrée dans notre mémoire collective, il faut revenir au mois de décembre 1989. L’émission L’Heure de Vérité de la deuxième chaîne française de l’époque, accueillait le défunt roi Hassan II. En présence de personnalités des deux pays, des journalistes français, dont Jean-Marie Colombani, Alain Duhamel et Albert le Roy, posaient au Souverain des questions ayant trait aux relations bilatérales et internationales, mais aussi à des sujets domestiques qui, par moment, frôlaient la provocation.
C’est vers la fin de l’émission, qu’Albert le Roy se lance, tout sourire, et pose la question qui fâche, tout en l’enrobant d’un maximum de précautions lexicales. Majesté, une dernière question, elle vous agacera peut-être, mais les Français se la posent, dit le journaliste en guise d’introduction. Là, le roi l’arrête, vous aimez les questions agaçantes ? On fait notre métier, lui répond le journaliste, tout en continuant à afficher un grand sourire pour préparer la chute. "La très grande mosquée que vous faites construire à Casablanca, est-ce n’est pas, par l’argent qui est dépensé, quelque chose d’un peu trop grand, trop fastueux, pour un peuple qui a encore des problèmes de développement ?".
"Votre question est totalement déplacée, lui dit le roi, droit dans les yeux. Si vous venez à calculer le nombre des mosquées qui existent au Maroc, et elles se comptent par centaine de milliers, toutes ont été construites par souscriptions". Vous me parlez du volume de celle-là, continue-t-il, pour se voir interrompu par le journaliste : et de son prix ? Oui, naturellement, répond Hassan II, avant de lui poser la question fatidique à laquelle le journaliste n’a su répondre. "Et que pensez-vous de Notre Dame de Paris, dans le contexte français de l’époque quand on l’a construite ?".
Cette question posée en 1989 parait, plus que jamais, d’actualité avec l’incendie de Notre-Dame de Paris et le coût qu’a engendré sa rénovation. Le gouvernement français, qui s’est trouvé dans l’incapacité de financer ce projet gigantesque sur son budget public, a fait appel aux donations privées. Il a collecté 800 millions d’Euros pour les seules rénovations, plus que le double qu’a coûté la construction de la mosquée Hassan II. Aucun média français, ni aucun journaliste, n’a relevé le coût excessif de cette rénovation fastidieuse, pour un pays dont la population souffre d’une crise économique aigue.
Le chantier colossal de rénovation de la cathédrale nécessitait de l’argent frais, et disponible de suite, pour mener cette course contre la montre. Macron avait promis publiquement de boucler la rénovation en cinq ans et il devait tenir parole. La générosité des donateurs nationaux et internationaux a été d’un grand apport, et a permis de tenir ce cap. Ce sont 250 entreprises et des centaines d’artisans qui ont été engagés et se sont mis à l’œuvre en pleine pandémie covid. Cela a débuté par la sécurisation de l’édifice et le déblaiement de tonnes de gravats issues de l’incendie.
C’est parce qu’il y avait ces donations et des souscriptions, comme pour la mosquée Hassan II, que l’œuvre de restauration de Notre-Dame a été accomplie avec célérité et dextérité, dans les temps impartis. Il a fallu deux années pour nettoyer et mesurer les dégâts pour concevoir méthodiquement les réparations adéquates. Cette étape cruciale s’est achevée en 2021 et a permis de passer à la phase de reconstruction et de restauration. Puis est venu le temps de la réfection du toit ravagé par les flammes, et qu’il a fallu reconstruire totalement.
De nombreux ateliers d’art comme les charpentiers, les maîtres-verriers ou les tailleurs de pierres, ont élu domicile sur le site, pour nettoyer et remettre sur pied, dans un temps record, l’ensemble de l’édifice. Comme pour la mosquée Hassan II, cette démonstration a permis surtout l’épanouissement de tous les métiers artisanaux traditionnels qui peinaient à survivre. Pour la mosquée, sa dimension a présenté des défis, jamais égalés, aux artisans de bois sculptés ou peints, aux plâtriers et aux mâalems du zellige. Ces défis ont été relevés pour laisser place à ce chef-d’œuvre.
À l’incurie de l’État français a répondu donc la mobilisation des mécènes pour parer aux insuffisances des pouvoirs publics. C’est cette générosité et le don de soi que le journaliste Albert le Roy reprochait hier au Maroc. Voilà maintenant la France fière de disposer d’un édifice resplendissant, qui fait la fierté des Parisiens et des Français. La cathédrale ressuscitée confirme de nouveau son statut d’icône romantique, hier mythifiée par Victor Hugo, américanisée par Walt Disney, et élevée au rang d’une comédie musicale qui a traversé les continents. C’est en regardant la joie et le bonheur dans les regards des Français et des touristes, qu’on voit combien la question du journaliste Albert le Roy sur la mosquée était réellement déplacée.
Dans toutes les cultures, et sous tous les cieux, élever de tels édifices est d’abord un acte de foi et de croyance et une manière d’exprimer sa dévotion. C’est une quête d’humanité qui vise à se connecter au sacré et au transcendantal. La mosquée comme la cathédrale sont des lieux qui permettent aux fidèles de se rassembler, de ne faire qu’Un, pendant les moments de joie, comme pendant les temps de douleur. Elles transmettent en outre aux futures générations la piété, les traditions, les arts et, au-delà, une manière d’exister, d’espérer et de croire.
Une mosquée ou une cathédrale ne sont donc pas des objets muets qu’on résume à des constructions, à des dépenses et des coûts. Ce sont des centres de vie communautaire qui rassemblent des gens, des âmes et des croyants, pour communier lors des fêtes ou suite à des tragédies. Elles renforcent les liens sociaux entre les citoyens, formant ainsi une seule et indivisible communauté. C’est en raison de ce rôle qu’elles laissent des traces durables dans les mémoires des générations. Ces lieux de culte produisent des traditions qui défient le temps, pour symboliser l’immortalité des âmes humaines.
Mais chaque pays a son histoire face au sacré. Depuis la révolution au 18e siècle, la France a bataillé pour occulter ses racines chrétiennes. Elle a fait de la laïcité sa nouvelle religion, et le cœur de son identité républicaine. D’abord contre le catholicisme lui-même, puis contre les autres religions, à commencer par l’Islam. Les églises se sont donc vidées de leurs croyants, seuls 6% des Français sont réellement pratiquants, et seul un quart des nouveaux nés sont baptisés. Avec le covid, le pays a banni en premier lieu la fréquentation des églises, et la messe dominicale, au moment où les gens cherchaient désespérément à croire et à espérer.
La France qui a répudié donc les principes de la morale chrétienne, qui font partie intégrante de son identité a, en plus, consacré l’IVG dans les mœurs et dans la loi, et autorisé le mariage pour tous, contrariant ainsi ses propres chrétiens. Paradoxalement, avec la résurrection de la cathédrale, elle a trouvé dans le renouveau de Notre-Dame, un moment de symbiose et de communion. Comme par miracle, l’occasion de l’inauguration fût cependant une opportunité pour rassembler gouvernement et opposition, et initier de vastes contacts diplomatiques entre différents chefs d’État de pays qui sont en conflit entre eux.
On se rappelle qu’au lendemain de l’incendie, Notre-Dame avait donné aux français et au monde un triste spectacle de tristesse et de désolation. Maintenant, elle s’offre désormais à eux, comme à nous, tel un espoir d’une vie renouvelée, d’une paix à portée de main, qui annonce des demains meilleurs. Toutes les séquences de cette tragédie et de sa renaissance sont de l’ordre du symbolique et du divin. Après les flammes qui détruisent et purifient, puis de l’épopée des pompiers, venus dans l’urgence secourir et éteindre la fureur du feu, voici venu le temps de la liturgie et de la prière et, il faut l’espérer, de la paix dans le monde.
Le courage de tous ces artisans et leur abnégation dit aux humains de ne pas désespérer, de ne jamais abandonner, ni baisser les bras, ou fléchir face aux malheurs du monde. L’aventure des architectes, la foi des artisans et des tailleurs de pierre, la générosité des donateurs, et de tous ceux qui se sont unis pour relever le défi de cette résurrection, ont permis de garder l’espoir, et de démontrer, qu’unis, il est possible de rendre un rêve une réalité tangible. C’est la conjugaison de toutes ces bonnes volontés qui a présidé à la réalisation de cette œuvre humaine grandiose, et c’est la principale leçon que nous devrions retenir. Trente-cinq ans après, la question d’Albert le Roy reste totalement déplacée.
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