img_pub
Rubriques

La Nouvelle-Calédonie n’est pas le Sahara, comparaison n’est pas raison

Après de longues années de luttes, de blocages et de négociations, l’Etat français a conclu le samedi 12 juillet un accord historique entre les indépendantistes Kanaks et les forces loyalistes pour sortir la Nouvelle-Calédonie d’une crise aigue qui dure depuis des décennies. Cette région fut inscrite sur la liste des territoires non-autonomes des Nations-Unis dès 1946 puis confirmée en 1986, bien avant le Sahara marocain qui ne fut inclus qu’en 1963.

Le 16 juillet 2025 à 16h32

Cette qualification de non-autonome pour une région donnée se réfère en réalité aux termes du chapitre XI de la charte des Nations unies qui stipule ouvertement des territoires dont les populations ne s’administrent pas par elles-mêmes.

A l’évidence, si cela s’applique à des régions encore colonisées, elle ne peut par conséquent nullement s’appliquer à nos provinces du sud dont les habitants se gèrent par eux-mêmes et administrent leurs propres affaires depuis leur retour à la mère patrie. Le colonisateur espagnol, qui justifiait la présence du Sahara sur la liste des pays non-autonomes, n’est plus partie de l’équation.

Cette liste contenait à ses débuts 72 territoires qui ne sont actuellement que 17, dont un grand nombre sont des îles éparpillées à travers les océans. Plusieurs conflits ont été résolus, soit par entente ou compromis, sans que cela mène à la partition ou à l’indépendance. D’autres demeurent sur la liste comme Gibraltar ou îles les Malouines, et là aussi sans perspective de solution à vue. Si celui du Sahara, décolonisé de l’occupation espagnole depuis 1975, y demeure, c’est par la seule volonté d’Alger qui, à dessein, cherche à le faire perpétuer pour le détacher du reste du Maroc.

Aucun de ces territoires notifiés dans la liste de l’ONU ne ressemble à un autre. Chaque conflit a ses propres particularités et ses références intrinsèques qui le diffère des autres. Dans ce cas d’espèce, la Nouvelle-Calédonie est géographiquement une région située à 17.000 km de la métropole française. La population kanake a ses propres traditions et croyances, et elle est, à bien des égards, différente de la souche étrangère qui s’est installée depuis la prise de contrôle de l’archipel par la France. La discontinuité n’est pas uniquement géographique, elle est aussi humaine, économique et culturelle. Ceci n’est pas le cas de nos provinces du sud, ni de Sidi-Ifni, Tarfaya ou le nord, hier colonisés par l’Espagne, ou encore de Sebta et Melilia qui le sont encore.

Sur une superficie totale de moins de 20.000 km², et d’une population qui avoisine les 300.000 âmes, l’archipel de la Nouvelle-Calédonie fut découvert d’abord par les Britanniques qui s’y intéressaient peu, préférant l’étendue de l’Australie. En 1853, c’est sous Napoléon III que la France d’empare de ce territoire certes pour des raisons stratégiques, mais aussi pour des motifs coloniaux. Comme les Anglais en Australie, les Français ont fait de cet archipel une prison à ciel ouvert pour bagnards. De 1864 à 1897, 22.000 prisonniers y sont envoyés pour raison de sécurité. Ils y refont leurs vies, à côté d’autres colons, loin de la métropole. D’autres Français et Européens viendront par la suite s’y installer, confisquant ainsi les terres des Kanaks à leur profit.

Les Kanaks, marginalisés sur leur propre terre

A chaque occasion, et dès qu’ils le pouvaient, les Kanaks menaient des révoltes contre le fait colonial français et contre leur marginalisation dans leur propre terre. La plus célèbre des révoltes fut celle de 1878, quinze ans après la conquête, révolte venue souligner leur rejet de la colonisation française. A forces inégales, et à chacune de leurs défaites, les Kanaks se voyaient marginalisés encore davantage, et renvoyés dans des réserves de main-d'œuvre.  Ils se voyaient méprisés et exclus du développement économique sur leur propre terre.

Face à tant d’injustices et de frustrations, un mouvement indépendantiste émerge durant les années 1970, demandant ouvertement la reconnaissance des droits des Kanaks sur leur territoire, et leur désir d’indépendance pour éviter tout simplement la disparition. Depuis, les tensions se sont aggravées davantage entre la population autochtone et les Français de souche, comme en 1988 lors de la prise d’otages de Nouméa qui a fini dans le sang. Cette tragédie a amplifié encore plus la rancœur des Kanaks contre la France et tous ceux qui la représentent sur l’archipel.

Critiquée de toutes parts pour l’usage de la force contre les Kanaks, la France se résout à prendre le chemin de la paix pour apaiser les esprits. S’en sont suivis alors les accords de Matignon en 1988 et ceux de Nouméa en 1998 qui visaient d’un côté à donner l’espoir aux deux communautés de cohabiter, et de l’autre à garder en toute circonstance un lien étroit avec la France pour des raisons géostratégiques évidentes. Tous se sont mis d’accord pour mettre en place un processus de décolonisation progressif. L’accord de Nouméa prévoyait dans ce contexte un transfert en douceur des compétences, et la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’archipel.

Trois référendums sur l’indépendance ont lieu : le premier en 2018 a donné 43% pour l’indépendance, le second en 2020 a évolué à 46,7% pour le détachement de la France, tandis que celui organisé en 2021, et boudé massivement par les Kanaks, a donné 96,5% pour le rattachement à la France et le rejet de l’indépendance. La base des votants, qui a intégré un grand nombre d’Européens qui votent massivement pour le maintien de l’archipel au sein de la République, empêchait tout basculement vers l’indépendance. Cette situation, au lieu de calmer les esprits, a scindé la population en deux, entre ceux qui veulent se maintenir au sein de la République, et les Kanaks qui, dans leur grande majorité, cherchaient à s’en émanciper.

C’est dans ce cadre qu’est venu l’accord signé ce 12 juillet entre les délégations calédoniennes et l’Etat français. Cet accord repose sur l’instauration d’une loi fondamentale qui sera inscrite dans la constitution française, et la création d’une nationalité calédonienne à part entière, permettant aux populations de disposer d’une double nationalité. Il prévoit aussi la modification du nombre des sièges au Congrès, et une ouverture partielle du corps électoral. L’idée d’un référendum d’autodétermination aurait été écartée à cette étape, mais l’accord auquel sont arrivées les parties sera soumis au vote de tous les Calédoniens.

On espère de part et d’autre que ce compromis mette fin à ce litige qui a fait tant de victimes, et qui pendant des décennies a mis face à face un pays occidental, en l’occurrence la France, contre la communauté traditionnelle et historique Kanake.  Paris n’a qu’un but en tête, celui de garder le contrôle sur un archipel devenu avec le temps si stratégique, et qu’il voit de plus en plus convoité par des puissances étrangères comme la Chine et les Etats-Unis. Un vrai dilemme auquel plusieurs gouvernements français n’ont pu remédier tant les objectifs des indépendantistes et des unionistes sont opposés et inconciliables.

On ne peut que constater l’effort mené par le gouvernement français de vouloir donner à la Nouvelle-Calédonie une personnalité juridique internationale en transférant au gouvernement local certaines de ses compétences internationales et financières. Peut-être est-ce le prix à payer pour y ramener la paix et empêcher une guerre civile sur l’archipel, ou même une éventuelle partition de l’île entre kanaks et caldoches pro-français ? Pour le moment cet accord doit passer par la phase parlementaire en France pour être épuré et accepté, avant d’être soumis aux Calédoniens en mars-avril 2026.

Ainsi on peut aisément constater que tous les territoires inscrits sur la liste des Nations unies ne répondent pas à la même logique et que leurs solutions diffèrent d’un contexte à un autre. Ces derniers jours, la guérilla kurde PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan en guerre contre le gouvernement turc depuis quatre décennies, a mis fin à sa lutte armée en déposant les armes, et en s’inscrivant dans le processus démocratique du pays. La France comme la Turquie ont eu cette chance de ne pas avoir dans leur voisinage un pays qui soutient ouvertement l’instabilité et la sécession comme mode opératoire pour les affaiblir et les dominer.

Chaque territoire qu’on décrit comme non-autonome répond donc à sa propre logique. Et nos provinces du sud sont et demeurent le prolongement naturel et humain de ce même Maroc, de cette même population qui partage les mêmes coutumes et traditions, et qui fait collectivement face aux mêmes défis. Aucun parallèle, ni aucune comparaison ne peuvent donc être établis entre ses deux territoires, l’un est le prolongement naturel d’une nation et d’un peuple, et l’autre se trouvant à des milliers de kilomètres. La Cour Internationale de Justice n'a-t-elle répondu à l’Espagne du général Franco qui prétendait que cette région était terra nullius, que cette région était bel et bien habitée, et que ses tributs avaient des liens d’allégeance avec les Sultans du Maroc ?

Par
Le 16 juillet 2025 à 16h32

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité