img_pub
Rubriques

La nouvelle norme en matière de pétrole

Les prix du pétrole sont de nouveau à la baisse, le baril de pétrole brut américain s’élevant actuellement en dessous des 42 $ – soit le plus bas niveau depuis le mois de mars 2009, au plus fort de la crise financière mondiale. 

Le 17 août 2015 à 10h52

Tandis que la baisse brutale de l’an dernier s’expliquait en grande partie par la survenance de deux impressionnants chocs de demande, le déclin actuel revêt désormais une importante dimension liée à la demande.

Dans le même temps, les marchés pétroliers sont en train de découvrir ce que signifie opérer en présence d’un nouveau producteur d’appoint : les États-Unis. Cette évolution vient conférer bien davantage de maladresse au processus actuel de formation des prix, et accroître considérablement les délais d’ajustement. 

La dynamique des marchés énergétiques s’est trouvée significativement modifiée par la mise en service d’une production de pétrole de schiste à l’échelle du marché en 2013-2014. Cette nouvelle source d’énergie venant répondre à la demande énergétique mondiale, notamment aux États-Unis, les utilisateurs se sont libérés de leur dépendance à l’égard de l’OPEP et des autres pays producteurs de pétrole. Au passage, leur vulnérabilité face aux problématiques géopolitiques s’est également atténuée. 

Est venue s’ajouter aux évolutions de l’offre une annonce historique de l’Arabie saoudite selon laquelle le pays ne conduirait plus l’OPEC dans le cadre de son rôle de producteur d’appoint. Désormais, l’Arabie saoudite ne réduirait plus la production en période de forte baisse des prix, et augmenterait la production en cas de forte poussée des prix.   

Une décision à la fois compréhensible et rationnelle. Le fait d’endosser le rôle de producteur d’appoint devenait en effet de plus en plus coûteux pour les générations actuelles et futures de citoyens saoudiens. Les fournisseurs non traditionnels avaient désormais gagné en influence sur le marché, les producteurs extérieurs à l’OPEP continuaient de planifier une production élevée, tandis que certains membres de l’OPEP manquaient au respect de leurs plafonds de production. Compte tenu de tous ces éléments, nul ne pouvait plus s’attendre à ce que l’Arabie saoudite continue de supporter les coûts à court et long terme associés au statut de force stabilisatrice du marché dont le pays jouissait depuis des décennies.

Il est naturel que des changements aussi fondamentaux du côté de l’offre sur le marché aient conduit à l’abaissement – considérable – des prix du pétrole. L’an dernier, les prix ont diminué plus que de moitié en seulement quelques mois, prenant par surprise de nombreux traders et analystes du secteur. 

Les prix du pétrole se sont stabilisés à l’issue d’une période temporaire de baisse quelque peu excessive, se renégociant peu à peu plus solidement à l’issue de deux réactions conventionnelles du marché. Dans un premier temps, la baisse substantielle des prix a entraîné une destruction massive de l’offre, à mesure que certains producteurs énergétiques – issus des secteurs traditionnel et non traditionnel – perdaient en rentabilité. Dans un second temps, les consommateurs réagissant à la présence de moindres coûts énergétiques, la demande s’est progressivement ajustée.

Mais un nouveau facteur est rapidement venu perturber cette relative stabilité, poussant les prix du pétrole encore plus à la baisse : les signaux d’un affaiblissement réel de l’économie mondiale, intéressant principalement des pays à intensité énergétique relativement importante, tels que la Chine, le Brésil, ou encore la Russie (elle-même pays producteur d’énergies).

Aujourd’hui, les indicateurs de ce ralentissement global sont visibles partout – qu’il s’agisse des chiffres décevants de la distribution et du commerce, ou de la mise en œuvre de réponses politiques inattendues, telles que la dévaluation monétaire surprise à laquelle a procédé la Chine (décision en cohérence avec l’engagement à long terme des dirigeants du pays consistant à s’orienter désormais vers un régime de taux de change davantage fondé sur le marché).

L’impact ne se limite pas à la performance économique ou aux mouvements des marchés financiers. Le rythme inférieur de la croissance mondiale amplifie également les pressions politiques, accentuant également les tensions sociales dans certains pays – aspects qui tendent tous deux à restreindre les réponses politiques.

Difficile d’entrevoir dans un avenir proche quelque changement rapide dans la configuration actuelle de l’offre et de la demande sur les marchés pétroliers mondiaux. Quant à l’Amérique, en tant que nouveau producteur d’appoint, elle joue aujourd’hui une fonction de réaction beaucoup plus lente (et plus fragile) que celle de l’Arabie saoudite et des pays de l’OPEP. 

Au cours des prochains mois, les États-Unis modifieront effectivement leurs conditions d’offre et de demande, de manière à empêcher la chute des prix du pétrole, et à permettre une reprise progressive du marché. Mais contrairement aux démarches du précédent producteur d’appoint, ceci découlera des forces traditionnelles du marché, et non de décisions politiques.

Nous pouvons en effet nous attendre à une réduction encore plus nette de la production énergétique américaine à mesure que la persistance de prix bas accentuera la pression exercée sur les producteurs domestiques. Qu’il s’agisse de la fermeture de certaines installations ou de la réduction des nouveaux investissements dans l’exploitation des ressources de schiste, les États-Unis devraient certainement connaître une diminution de leur production énergétique en termes absolus, ainsi que de leur part dans la production mondiale.

Pour autant, même si la demande augmente, cette hausse n’aura pas véritablement d’effet immédiat sur les prix du pétrole. Certes, les consommateurs américains seront plus enclins à acheter de grosses voitures et autres pick-up, à conduire sur de plus longues distances, et à prendre l’avion plus souvent. Néanmoins, la création de cette demande sera extrêmement progressive, d’autant plus qu’existent de nombreuses fuites dans la transmission des coûts inférieurs de production d’énergie vers les prix du carburant qu’utilisent les consommateurs.

Au bout du compte, aucun producteur d’appoint ne peut contrôler la situation actuelle des prix du pétrole. Le rétablissement durable des prix exige la présence d’une économie mondiale plus saine, alliant croissance inclusive plus rapide et plus grande stabilité financière. Cela ne devrait pas être pour demain, d’autant plus si l’on observe les défaillances des économies émergentes comme des pays développés. 

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2015
Par
Le 17 août 2015 à 10h52

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité