Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.La preuve par le foot
Derrière chaque victoire marocaine, il y a une crispation de l’autre côté de la frontière orientale. A l’Est rien de nouveau, certes, mais le football, à lui seul, agit comme un miroir grossissant des déséquilibres entre les deux pays.
L’ancien attaquant anglais Gary Lineker, avait résumé une compétition de foot(lors de la défaite de l’Angleterre face à la RFA en demi-finale de la coupe du monde en 1990) par cette formule célèbre devenue quasiment un adage : « Le football est un jeu très simple : 22 joueurs courent derrière un ballon et, à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. »
Certes, comparaison n’est pas raison, mais c’est un peu ce qui se dit dans le monde, dit arabe, à propos du football marocain et de ses succès répétés toute catégories confondues. Tous les commentateurs sportifs (et pas seulement arabes) tressent des couronnes, mettent en avant les victoires, la qualité du jeu et surtout celle de l’infrastructure et de la stratégie conçue depuis plus d’une décennie par le Roi du Maroc et les responsables qui président à la destinée de cette discipline.
Tous ? Oui, sauf les médias et commentateurs sportifs algériens qui ne pipent mot sur ces réalisations, voire se refusent même de citer le mot « Maroc », et ce même lorsqu’ils évoquent la prochaine compétition de la CAN où leur onze va jouer. Jouer où ? Quelque part sur la planète, face à telle ou telle équipe africaine, dans tel groupe mais dans une ville, un lieu et un stade indéterminés, non identifiés.
Ce déni--qui relève d’un cas clinique hautement pathologique--des victoires et des réalisations de leur pays voisin ne date pas d’aujourd’hui. Déjà, lors du triomphe du Maroc à la coupe du monde au Qatar en 2022, le mot « Maroc » était flouté à la télé lorsque le Onze national avait battu, la Belgique, le Canada, le Portugal et l’Espagne : les scores annoncés à la télé ou lus dans les journaux ne mentionnent que les équipes battues. Par qui ? On imagine difficilement la confusion dans la tête du footix lambda au pays qui avait regardé les matchs sur les chaîne étrangères ou les hilights sur les réseaux sociaux.
Mais ce jeudi 18 décembre, et encore une fois au Qatar, la confusion a dû être vraiment totale, et, le coup de sifflet tragiquement fatal, lorsque l’arbitre suédois a annoncé la fin de la partie consacrant le Maroc comme champion du monde arabe. « Ouais d’accord ! On se calme un peu ! Ce n’est que la coupe du monde des Arabes ! C’est une coupe en carton ! Ça vaut pas un dinar !» (En vérité ça vaut 37 millions de dollars dont plus de 7 pour le vainqueur.)
On a dû entendre ce genre de réactions qu’officiellement il ne s’est rien passé ce jeudi soir à Doha. Que c’est dur le bruit de tout un stade qui chante le triomphe de l’équipe d’un pays dont il faudra désormais taire le nom ! Que c’est dur ce bruit dans la tête d’un véritable amateur de football qui voit les responsables de son pays nier le réel au lieu d’imaginer ce qu’il faudrait entreprendre pour réussir.
Mais rien de cela, car chaque fois que l’un gagne, l’autre grogne. Dès lors, chaque victoire marocaine est considérée à l’Est comme un affront politique indirect ; chaque défaite algérienne, comme ce fut le cas dernièrement au Qatar, est un drame national chargé d’une dimension géopolitique hystérisée dont le foot sert de substitut émotionnel. Il devient le miroir grossissant des rivalités politiques.
Et ce qui se joue sur les pelouses verdoyantes et les tribunes trépidantes de supporters marocains joyeux et triomphants, déborde largement le cadre sportif pour rejoindre celui, plus sensible, de la légitimité régionale et de la reconnaissance internationale.
Ici, la jalousie politique devient une donnée structurante, celle d’un Etat qui observe son voisin capitaliser sur la stabilité, la visibilité internationale et la projection stratégique. Et à ce niveau, le football marocain incarne cette réussite globale en racontant une histoire cohérente, lisible et exportable. Cette guerre symbolique est narrative et médiatique. Elle se joue dans les tribunes---à chaque participation des deux équipes nationales à une coopétition régionale ou mondiale—et sur les réseaux sociaux.
A ce propos, en observant le bouillonnement de ces derniers lors de la coupe arabe à Doha, puis pendant les préparations de la CAN, on ne peut que s’étonner du nombre de posts, punchlines sarcastiques et autres vidéos ou sites plus ou moins formels qui rivalisent en humour, sarcasmes et dénonciations véhémentes sur fond de football.
De nombreux algériens, de la diaspora en France notamment, au vu de leur liberté de ton, dénoncent à visage découverts, les faillites et l’incurie de leurs dirigeants en comparant les infrastructures des deux pays.
D’autres découvertes les ont choqué dont les nombreux supermarchés croulants sous les denrée alimentaires variés, la voitures et hôtels de luxe, la propreté des avenues et profusion de bus et tramways.
Mais ce sont certainement les stades, les bus et trames et les nouvelles gares ferroviaires et routières ultras modernes (comparées à des aéroports européens) qui ont achevé de les dérouter. Leur constat et leurs conclusions sont unanimes : on leur a menti sur le niveau développement de leur voisin de l’Ouest qui cumule développent des infrastructures en plus des réussites diplomatiques, économiques ou sportives.
Finalement, le football, est comme on dit par ailleurs dans une célèbre formule détournée et moins belliciste : « C’est la continuation de la diplomatie par d’autre moyens. » Mais il reste, ici, sans triomphalisme ou chauvinisme déplacés, à bien maitriser le récit de nos victoire afin de mieux enseigner les voies et moyens d’en emporter d’autres.
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