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La riviera de Gaza, le frein à l’Etat palestinien

Chaque année, la session de l’Assemblée générale de l’ONU constitue la rentrée de la politique internationale, à l’instar de la rentrée politique au niveau des nations. A New-York, tous les chefs d’Etat et de délégation se retrouvent, se saluent, échangent des accolades bien fraternelles, se tapotent sur les épaules, puis s’étreignent en guise d’amitiés peu ou prou sincères. Chacun est là pour défendre ses priorités, nouer ou renforcer ses alliances.

Le 3 octobre 2025 à 13h00

Le tandem Etats-Unis-Israël a préféré cette année bloquer la participation de la délégation palestinienne à la session, en lui refusant les visas d’entrée. C’est plus simple ainsi pour qu’elle ne gâche pas la fête qui s’annonçait.

Cela a laissé libre cours à deux discours tonitruants qui se complétaient, ceux du président américain et du Premier ministre israélien. Le premier a multiplié les attaques et provocations contre l’ONU, les défenseurs du climat, et ses alliés européens, les alertant sur les dangers de l’immigration, et glorifiant ses propres prouesses à la tête de l’Etat. L’autre s’est chargé d’énumérer fièrement, devant la face du monde, ses assassinats des responsables palestiniens, libanais, iraniens et houthis.

Après avoir prononcé son discours devant une Assemblée générale presque vide, où seul résonnait l’écho de sa propre voix et les applaudissements épars de quelques adeptes acquis à sa cause, l’Israélien s’est rendu par la suite à Washington pour rencontrer son homologue américain. C’était l’occasion pour eux deux d’annoncer l’initiative sur laquelle ils ont travaillé intimement pour pacifier Gaza et y réaliser leur projet futuriste. Israël, peu porté sur l’ONU et le multilatéral, n’a pas tenu à y révéler le contenu du nouvel accord et a préféré dévoiler le projet dans la capitale Washington loin des yeux des délégations internationales.

C’est le président Trump lui-même qui a dévoilé ce plan négocié avec Israël avant qu’il soit soumis aux Palestiniens, dont le Hamas, et les pays arabes qui comptent dans la région. Inutile ici de s’appesantir sur la manière, la méthode et le processus poursuivis pour formuler ce plan en dehors des instances onusiennes, et sans l’implication des intéressés, à commencer par les Palestiniens eux-mêmes qui n’ont pas eu droit au chapitre. A première vue, et si on se réfère aux propos de l’Israélien, c’est une proposition à prendre ou à laisser : soit Hamas accepte le plan tel qu’il est, soit Israël finira le job de la manière la plus forte, c’est-à-dire, par la force militaire, comme il l’a souligné.

Ce projet tel qu’il a été communiqué à la presse se résume en vingt points, dont l’essentiel est de faire de Gaza une zone déradicalisée et libérée du terrorisme qui ne représentera plus de menace pour ses voisins, dont on devine que c’est Israël. Gaza sera donc reconstruite au bénéfice de ses habitants qui ont déjà trop souffert, selon le document. Si les deux parties, Hamas et Israël, acceptent ce plan, la guerre s’achèvera immédiatement et les forces israéliennes se retireront jusqu’à une ligne convenue, pour préparer la libération des otages de part et d’autre.

Une fois l’étape des otages résolue, les membres du Hamas, qui s’engagent à respecter l’accord, doivent rendre leurs armes. Ils peuvent bénéficier d’une amnistie et d’un droit de passage vers un autre pays de destination s’ils souhaitent l’exile. Ce n’est qu’après l’acceptation de l’accord qu’une aide alimentaire serait fournie à Gaza, immédiatement comme stipule la note, y compris la réhabilitation des infrastructures, et l’acheminement des équipements pour enlever les débris et ouvrir les routes. La distribution et l’entrée de l’aide s’effectueraient sans ingérence des deux parties, et via les agences de l’ONU, l’ONU qu’on voit pour la première fois apparaitre dans le document.

Ce n’est qu’après ces préambules que le plan évoque l’institution qui gèrera Gaza pendant une période intérimaire qui durera cinq ans. Cet organe de transition sera composé d’experts internationaux et de Palestiniens qualifiés. Il portera le doux nom du Comité de la paix, dont le président auto-désigné n’est autre que le président Trump lui-même, qui sera épaulé par d’autres chefs d’Etat, mais sous la tutelle de l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair. Cet organe établira le cadre, et gérera le financement de la reconstitution de Gaza jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne se réforme, pour reprendre le contrôle de Gaza de manière sure et efficace.

Par ailleurs, ce plan américain réserve une large partie au développement économique de Gaza comme annoncé par Trump en février dernier pour faire de cette région la riviera de la Méditerranée. Il réunira un panel d’experts ayant contribué à la naissance de certaines villes modernes florissantes du Moyen-Orient, dit le document. Déjà, des projets immobiliers ont été élaborés à cette fin par des groupes internationaux qui seraient bientôt examinés, nous informe-t-on. Dans ce cadre, une zone spéciale serait mise en place avec des droits de douane préférentiels, et un taux d’accès qui devraient être négociés avec les pays participants.

Ce n’est qu’après avoir évoqué les bonnes affaires que le document prête attention à la population palestinienne de Gaza. Celle-ci ne sera pas forcée à quitter les lieux, lit-on, mais ceux qui veulent partir seront libres de le faire, et de revenir quand ils le désirent. C’est plus humain ainsi, puisque ce plan leur offre l’occasion de construire un Gaza meilleur, pour eux et pour leurs progénitures. Quant aux membres du Hamas, ils ne joueront aucun rôle dans la gouvernance, directement ou indirectement, et toutes leurs installations militaires devraient être détruites sous la supervision de contrôleurs indépendants.

Plus audacieux encore. Le démantèlement du Hamas ne sera pas suffisant en soi, et une garantie devra être fournie, par les partenaires régionaux, comprenez les Arabes, pour s’assurer que le Hamas et les autres fractions respectent leurs obligations, et que la nouvelle bande de Gaza ne constitue plus une menace pour ses voisins, comprenez pour Israël. Ainsi, les Etats-Unis travailleront avec leurs partenaires arabes et internationaux pour développer une Force internationale de stabilité (FIS). Cette force formera et fournira un soutien à une police palestinienne qui sera en contact avec l’Egypte et la Jordanie, qui ont une vaste expérience dans le domaine, selon le document.

La FIS constituera selon Washington une solution de sécurité à long terme. Elle devra collaborer avec l’Egypte et Israël pour aider à sécuriser les zones frontalières en connexion avec la police palestinienne de Gaza nouvellement créée. A mesure que la FIS établit le contrôle et la stabilité à Gaza, l’armée israélienne se retirera sur la base de normes, d’étapes et d’échéances liées à la démilitarisation. Celle-ci serait convenue entre les acteurs suivants : l’armée israélienne, la FIS, les garants et les Etats-Unis, dans l’objectif de voir Gaza une région sécurisée qui ne représente plus une menace pour ses voisins, c’est-à-dire pour Israël.

Ce n’est qu’après ces préalables, et non avant, que l’armée israélienne se retirera de Gaza, pour la remettre aux mains de la FIS, selon un accord qui reste à conclure avec l’autorité de transition. C’est généralement dans ce genre de conditionnement de l’accord à un autre accord à venir qu’Israël a pris l’habitude de tergiverser pour fatiguer ses adversaires à coup de négociations sans fin pour les avoir à l’usure. On se rappelle les accords d’Oslo signés en 1993 entre Palestiniens et Israéliens, et la multitude d’autres accords survenus par la suite sans fin et sans résultats concrets pour aider la région à sortir du cercle infernal de la confrontation.

A mesure que le redéploiement de la Force internationale de stabilité progresse, et que le programme de réforme de l’Autorité palestinienne est fidèlement mis en œuvre, les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible à l’autodétermination et à la création d’un Etat palestinien, dit le document. C’est en ce moment que les Etats-Unis pourraient reconnaitre cet Etat comme étant l’aspiration du peuple palestinien. Washington pourrait alors aider à établir un dialogue entre la Palestine et Israël pour convenir d’un horizon politique pour une existence pacifique et prospère.

Tout au long du document, aucune référence aux résolutions de l’ONU afférentes à cette question n’a été mentionnée. Cette organisation a été, une fois encore, marginalisée à dessein dans la conception de cette approche, et dans le règlement définitif de ce dossier. Face à ce manquement, il est légitime de questionner l’objectif final de cette offre. Renforcera-t-elle la perspective d’un réel futur Etat palestinien indépendant et unifié ? Ou est-ce une tentative de façonner Gaza pour devenir la riviera de la région, comme l’avait suggéré ouvertement le président américain lui-même, et achever ainsi le rêve de voir un jour un Etat de Palestine ?

Il est fort probable qu’en investissant massivement et en modifiant dans l’avenir la composition de la population à Gaza, les Etats-Unis comme Israël pourraient être tentés d’y établir une entité autonome pour la séparer définitivement du reste de la Palestine à laquelle elle n’est pas attachée territorialement. La création d’un Etat palestinien y apparait ouvertement comme lointaine et floue. Parallèlement à ce risque, la présence de l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair pour diriger le processus pose aussi des questions légitimes et un vrai et réel problème d’éthique.

Son rôle dans le changement de régime en Irak en 2003 avec les Américains, en dehors de toute résolution du Conseil de sécurité, et sous une fausse allégation de présence d’armes de destruction massive, ont nui sérieusement à son image et à celui de son pays. Son silence assourdissant après l’annonce de la reconnaissance de l’Etat de Palestine par son pays, le Royaume-Uni, dont le gouvernement est dirigé par son propre parti travailliste, n’est pas passé inaperçu. Mais ceci est une autre histoire à laquelle on reviendra certainement.

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Le 3 octobre 2025 à 13h00

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