La traversée du désert de la Grande-Bretagne
LONDRES – Une fois de plus, l’Europe est divisée entre l’Est et l’Ouest – mais cette fois-ci, la ligne de démarcation traverse l’Union européenne. Les membres de l’Est, principalement la Pologne et les États baltes, s’accrochent fermement à l’UE face à une Russie agressive. A l’autre extrême géographique et politique, le Royaume-Uni menace de quitter l’Europe pour de bon. Les décisions prises aujourd’hui dans les périphéries orientale et occidentale de l’Union forgeront un nouvel équilibre des pouvoirs.
Il n’est pas difficile d’imaginer l’Europe après le retrait de la Grande-Bretagne : un axe franco-allemand aux commandes, la Russie en position de force, les Etats-Unis court-circuitant une Grande-Bretagne affaiblie, l’Écosse pro-européenne menaçant à nouveau de quitter le Royaume-Uni et l’Angleterre se repliant sur elle-même avec les eurosceptiques persuadés que la Grande-Bretagne s’en tire toujours mieux quand elle fait cavalier seul.
Un Royaume-Uni isolé
Et compte tenu des effets de l’euroscepticisme jusqu’à présent, nul besoin d’être devin pour prédire les répercussions d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE. Comme l’a dit l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso en décembre dernier : « Pendant toutes mes années de présence au Conseil européen, je n’ai jamais vu… un grand pays aussi isolé que la Grande-Bretagne ».
En effet, le Royaume-Uni est aujourd’hui un acteur secondaire dans le processus de décision relatif à la stratégie de croissance européenne ; il est marginalisé dans les débats sur les échanges commerciaux, des débats qu’il menait autrefois ; et il ne joue pour ainsi dire aucun rôle dans l’avenir de la Grèce, malgré son importance en tant que créancier. Et alors que le Royaume-Uni était signataire du Mémorandum de Budapest de 1994 garantissant l’indépendance de l’Ukraine, seules la France et l’Allemagne négocient sérieusement. Les ministres britanniques veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils disent d’un côté, « Il faut contrer la Russie par une unité européenne plus forte encore », et de l’autre, « Mais, en fait, il se peut que nous quittions l’Europe ».
Dean Acheson, le secrétaire d’État américain architecte de l’Otan et du Plan Marshall, nota dans une remarque devenue célèbre que la Grande-Bretagne avait perdu un empire au XXe siècle et qu’elle n’avait jamais retrouvé un nouveau rôle international. Au XXIe siècle, la Grande-Bretagne risque de perdre l’Europe et se retrouver à nouveau sans rôle à jouer dans le monde.
Le prix d'une sortie de l'UE
Le prix d’une sortie de l’UE serait énorme et mettrait en péril quelques trois millions d'emplois, 25.000 entreprises, des exportations annuelles à hauteur de 283 milliards d’euros et des investissements étrangers représentant plus de 636 milliards d’euros. Également menacé serait le rôle unique que joue Londres comme plate-forme financière pour l’ensemble du continent – la City accueille 250 banques mondiales, employant quelques 160.000 salariés et représente 80% des fonds spéculatifs, 78% des opérations de change, 74% des produits dérivés et 57% des fonds de capital-investissement de l’Europe.
L’argument des eurosceptiques selon lequel les réglementations de l’UE entravent le commerce britannique non européen ne repose sur aucun fondement ; au contraire, une sortie de l’UE signifie que le Royaume-Uni devrait renoncer à de substantielles possibilités de commerce et d’investissement extra-européennes. Et leur idée qu’une Grande-Bretagne qui ne ferait plus partie de l’Union pourrait sans peine profiter des avantages de l’UE tout en esquivant les responsabilités qui découlent de l’adhésion n’est simplement pas crédible.
Prenons les exemples favoris des eurosceptiques, la Norvège et la Suisse. Les Norvégiens doivent payer 2 milliards d’euros par an pour avoir accès aux marchés européens. La Suisse, comme la Norvège, n’a pas grand-chose à dire dans le processus décisionnaire de la Commission européenne concernant le commerce et l’investissement.
La plus grande économie au monde, les Etats-Unis, a besoin de l’Accord de libre échange nord-américain et les économies émergentes de l’Asie du Sud-Est ont besoin de l’Asean. De même, la Grande-Bretagne, qui à son heure de gloire représentait près de 20% de l’activité économique mondiale, contre bientôt 2,5% seulement – est bien plus en position de force en étant membre de l’UE. L’adhésion à l’Union renforce la compétitivité de la Grande-Bretagne en lui permettant de négocier les accords les plus favorables en matière de commerce, de règles fiscales, de brevets, de blanchiment d’argent, de corruption et de sécurité avec la Chine, l’Inde et le reste du monde.
Mais les seuls arguments économiques ne suffiront sans doute pas à convaincre une Grande-Bretagne coincée, selon les termes de feu Hugo Young, un journaliste et éditorialiste politique, entre un passé qu’elle ne peut pas oublier et un avenir qu’elle ne peut éviter. Selon ce point de vue, l’ambivalence britannique envers l’Europe pourrait refléter son incapacité persistante à oublier l’époque de sa grandeur impériale.
Le Royaume-Uni, le visage humain de la mondialisation
Il n’en reste pas moins que l’insécurité économique, liée au rythme rapide et parfois destructeur de la mondialisation de l’économie, sous-tend en grande partie la nostalgie de l’opinion pour l’époque de la souveraineté du Royaume-Uni. Des millions de Britanniques appellent de leurs vœux quelqu’un ou quelque chose qui les protégeraient des supposés éléments étrangers qui menacent leur moyens de subsistance.
Cette peur a trouvé à s’exprimer par la voix du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), en pleine progression dans les sondages, et qui a réussi à convertir le mécontentement économique en une guerre culturelle qui voudrait que les étrangers et les immigrés – et en fait, l’Europe dans son ensemble – soient les ennemis. La Grande-Bretagne, disent les dirigeants et les partisans de l’UKIP, n’est plus la Grande-Bretagne qu’elle était.
Si les statistiques peuvent servir à défendre la cause de l’adhésion à l’UE, elles ne convaincront pas ceux qui craignent que la Grande-Bretagne soit en train de devenir un pays aux mains des étrangers. Il ne suffira pas non plus de rappeler les avantages historiques de son engagement et le rôle de premier plan qu’elle a joué au cours des siècles pour s’assurer qu’aucun pays ne devienne le seul maître de l’Europe.
Je voudrais dire ceci : la Grande-Bretagne donne le meilleur d’elle-même lorsqu’elle se perçoit comme ayant un rôle de dirigeant en Europe. Tout comme elle a pris la tête de la lutte contre le fascisme, en défense des aspirations démocratiques, et de la conception de la réponse du continent à la récession mondiale de 2009, elle doit montrer la voie, en première ligne, au sein de l’Europe.
La Grande-Bretagne qui a toujours été le champion de la liberté, de la tolérance et de la responsabilité sociale doit à nouveau être prête à prendre la tête d’un mouvement progressiste, à être le fer de lance de la lutte contre le changement climatique, à résister au protectionnisme et encourager une croissance durable. Elle doit être au premier rang de la mobilisation de l’Europe pour faire en sorte que l’économie mondiale serve les intérêts des citoyens, en les protégeant de l’injustice et de l’inégalité. La mondialisation doit avoir un visage humain et il peut être celui de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.
Pour certains, le meilleur moyen d’obtenir des réformes de l’UE est de menacer de la quitter. D’après mon expérience, la Grande-Bretagne se surpasse lorsqu’elle cherche à rassembler, à définir l’ordre du jour, à promouvoir ses valeurs et le changement. C’est à cette conjonction que la Grande-Bretagne peut canaliser son passé mémorable tout en acceptant son avenir incontournable.
Traduit de l’anglais par Julia Gallin
© Project Syndicate 1995–2015
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