La Voix du Youth Empowerment ou les Maroc(s) pluriels
La jeunesse marocaine aspire à s’exprimer, à créer et à participer pleinement à la transformation du pays. Elle porte en elle une énergie qu’il faut reconnaître et accompagner, plutôt que contenir.
Dans un Maroc pluriel, fait de territoires, de cultures et de parcours différents, le Youth Empowerment devient le ciment entre aspirations et compréhensions. Cette énergie, lorsqu’elle est canalisée dans l’entrepreneuriat, la culture, ou encore l’innovation territoriale, devient un moteur de croissance et d’investissement.
C’est dans cette réalité que se forge la créativité marocaine, et que la jeunesse apprend à naviguer entre héritages et aspirations. Le rôle des institutions, qu’elles soient culturelles ou économiques, est d’accompagner ce mouvement au lieu de le freiner, car il constitue un atout compétitif pour nos territoires. Quand il s’agit de goûts musicaux, j’ai été par mégarde impliqué dans le débat, non au détour d’un plateau télé ou d’un post Facebook, mais dans ma propre maison.
À Safi, dans les années 90, écouter Cheb Khaled ou Faudel relevait presque du sacrilège. Le Raï, c’était "Hechouma", une musique perçue comme étrangère aux valeurs du foyer. Chez nous, on écoutait Abdelhadi Belkhayat, El Hiyyani, Najat Saghira ou Oum Kalthoum ; des voix qui portaient l’élégance, la retenue et le respect. Et pourtant, avec le temps, j’ai appris à aimer tous ces styles. Le Raï comme la Aïta, cette musique puissante de ma ville natale. Plus tard, au lycée, c’est en écoutant Metallica que j’ai compris que la différence pouvait aussi isoler : aimer le métal à l’époque, c’était porter une étiquette d’extraterrestre.
Ce que certains perçoivent aujourd’hui comme une rupture culturelle soudaine est en réalité l’aboutissement d’une évolution entamée il y a plus de trente ans, avec l’arrivée du hip-hop occidental dans les années 90. Le Rap a bousculé, dérangé, parce qu’il ne se contente pas de chanter : il questionne, provoque, dénonce. Et surtout, il s’impose comme un mode d’expression complet, avec ses codes vestimentaires, son langage, sa vision du monde. Ce qui gêne, ce n’est pas la musique en soi, mais ce qu’elle véhicule. Une certaine idée du changement, qui heurte une société encore traversée par cette métathésiophobie, cette peur de voir ses repères se transformer.
L’art et l’identité, dissocier le variable du constant
Cette diversité artistique est aussi une leçon de gouvernance publique : elle montre que l’on ne peut pas réduire l’avenir du Maroc à une seule variable. De la même manière, le Youth Empowerment exige de créer plusieurs passerelles entre emploi, entrepreneuriat, culture, et participation civique, afin que chaque jeune trouve sa place et contribue à l’investissement collectif. En effet, prétendre qu’une expression artistique ne nous ressemble pas implique de déterminer à qui ressemble vraiment "ce qui nous ressemble" ? À un ancien combattant de la Marche Verte ? À une lycéenne de Zagora ? À un jeune de Molenbeek en vacances à Oujda ? La vérité, c’est que le "nous" est aussi vaste que les paysages de ce pays. Et que notre sentiment d’appartenance varie d’une vallée à l’autre, d’une génération à l’autre, parfois même d’un quartier à l’autre.
Reggada, Hassani, Tagnaouite, Aïta, Malhoun, Rap, Raï, Métal, Electro… L’idée d’un modèle "exclusif" de culture marocaine n’a jamais existé et c’est ce qui fait la richesse et le Maroc conjugué au pluriel d’aujourd’hui. Nous avons toujours été une terre d’intersections : linguistiques, religieuses, musicales… Ce que certains appellent importation culturelle est souvent, en réalité, un prolongement ou une relecture contemporaine de cette histoire. Ce n’est pas parce qu’un artiste s’exprime avec un nom de scène anglophone qu’il est moins marocain qu’un autre. Ce n’est pas parce qu’un rythme vient d’ailleurs qu’il n’a pas trouvé ici son souffle.
Le Maroc n’est pas une forteresse à défendre contre le monde : c’est un carrefour à cultiver, un lieu où se construisent des appartenances multiples. Le Rap, comme d’autres genres avant lui, ne fait que s’inscrire dans cette tradition de brassage, de création et d’appropriation, avec les excès que cela suppose, mais aussi l’énergie que cela libère.
Toto et la présumée "mauvaise influence" sur les jeunes
Avant tout, nécessaire serait de bien préciser que le rappeur en question s’appelle Taha Fahsi pour qu’on se rappelle tous qu’il s’agit d’un Marocain de père en fils et qu’il nous appartient, ce qui serait susceptible d’atténuer la violence dont est traité le sujet.
Car oui, nos rappeurs, outre leur style vestimentaire à l’américaine et leur jargon relativement néologique, ont choisi des noms de scène majoritairement étrangers à la culture populaire marocaine (Don Bigg, Draganaov, Dizzy Dros...), ce qui crée, à tort, une illusion de non-appartenance qui mène parfois à l’exclusion.
Bien qu’on ne soit pas d’accord avec Toto concernant quelques-uns de ses comportements sur scène, par souci de bienséance, l’ampleur de cette présumée influence semble être abusée. Même à l’échelle mondiale, être un fanatique d’un artiste n’a jamais systématiquement signifié l’imiter. Sinon, il aurait été déjà impossible d’aimer deux artistes à la fois puisqu’il serait infaisable d’être dans deux peaux en même temps. Outre cela, je suis certain que les fans Gnaoua ne sont pas attrapés par "El Reyah ou Mejdoubin", de Amr Diab ne sont pas tous romantiques, ceux de Stromae en Belgique ne sont pas tous dépressifs aux pensées suicidaires…
Ce constat dépasse le cas de Toto : il révèle surtout que la jeunesse marocaine, multiple dans ses choix, reste profondément engagée et capable de conjuguer réussite scolaire, projets stratégiques et passions culturelles. Autant de signaux qu’il ne faut pas ignorer, car ils sont directement liés à la manière dont nous concevons l’investissement dans les territoires, l’attractivité de nos régions et la mobilisation des talents. Toutefois, injuste et inadmissible serait toute tentative d’imposer aux Marocains un style préétabli de musique qui soit conforme à une idéologie sans les autres.
De par leur nature, les Marocains ont toujours été tellement mélomanes qu’ils peuvent écouter Fayrouz ou Asmahan tôt le matin, Asmaa Lamnawar l’après-midi, Michael Jackson ou The Beatles le soir, et terminer avec un concert d’ElGrandeToto tard dans la nuit.
Le Youth Empowerment, loin d’être un slogan, est une stratégie nationale : reconnaître et investir dans l’énergie de nos jeunes, c’est investir dans la compétitivité du Maroc de demain. Dans un Maroc pluriel, l’enjeu n’est pas d’uniformiser, mais de valoriser chaque talent pour qu’il devienne acteur de la transformation économique, culturelle et sociale du pays. C’est cette conviction qui doit guider aussi bien nos politiques publiques que nos initiatives territoriales.
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