L'accord sur le nucléaire iranien, premier échec pour l'Etat islamique
L’accord sur le nucléaire iranien constitue le premier revers pour l’Etat islamique dont l’expansion militaire ne peut être bloquée que par une collaboration entre l’Iran et les Etats-Unis. Malgré les embûches rencontrées, le président Barack Obama remporte aujourd’hui son premier succès diplomatique majeur sur la scène internationale. Il faudra toutefois convaincre en interne les partisans de l’immobilisme, qu’il s’agisse de la frange la plus radicale des Pasdarans où d’une partie des membres du Congrès américain afin que ce premier pas puisse se solder par une désescalade militaire au Moyen-Orient.
Un accord boudé par une partie des gardiens de la révolution islamique
Malgré les scènes de liesse qui donnent l’impression de l’unanimité autour de la solution diplomatique trouvée, l’accord historique qui vient d’être signé, déplait à la frange la plus radicale des gardiens de la révolution islamique. Contrôlant l’essentiel des leviers politiques, économiques et militaires, les "Pasadarans" craignent aujourd’hui que la levée progressive des sanctions ne se traduise par un affaiblissement de leur pouvoir conjuguée à une normalisation du pays. Or les "Pasdarans" ont été affaiblis au cours des derniers mois par une série d’échecs militaires.
Ayant pour priorité absolue une stratégie de survie de l’Iran, ils ont multiplié les coups tactiques à courte vue au détriment d’une réflexion politique à long terme. Ayant disséminé ses forces sur trois théâtres, sans jamais arriver à coordonner ses mouvements d’ensemble, l’Iran s’est aujourd’hui retrouvé aux limites de ses capacités de projection. En Irak, l’avancée conjuguée des Pasdarans, des milices chiites et des forces gouvernementales est paralysée depuis le printemps par la pugnacité de Da'ech. Les pertes humaines iraniennes ont été très importantes dans la vallée du Tigre. Quant à la Syrie, de nombreux officiers de Bachar al-Assad se plaignent de la présence trop envahissante dans le pays des soldats de Téhéran, engagés contre l’Etat islamique.
L’accord engage l’Iran sur la voie de la modération politique
L’accord sur le nucléaire rend possible une inflexion politique de l’Iran sur les fronts où il est engagé. Dans le nouveau contexte régional, l’Iran va privilégier une stabilisation politique de l’Irak : celle-ci passe par un partage du pouvoir, incluant les sunnites. En Syrie, l’implication militaire de l’Iran se fait d’autant plus directive que les difficultés se multiplient. Les officiers des Gardiens de la Révolution ont une vision assez critique des capacités de l’armée syrienne et veulent assurer la conduite des opérations, ce qui génère des conflits. C’est pourquoi, comme en Irak, les dirigeants iraniens vont promouvoir une solution politique. Au Yémen enfin, les efforts diplomatiques en direction de l’Arabie Saoudite afin d’aboutir à un modus vivendi vont être multipliés, même si les méfiances saoudiennes restent fortes. En fin de compte, le renoncement à l’arme nucléaire va forcer l’Iran à définir une véritable stratégie.
Vienne, des puissances rivales à la conquête du marché iranien
Les pourparlers nucléaires n’ont pas réussi à masquer les rivalités commerciales entre des puissances rivales qui souhaitent toutes s’emparer du marché iranien. Malgré les positions rigides de l’Etat Israélien à l’égard de l’Iran, ses entreprises ont par exemple un long et fructueux passé de collaboration avec l’Iran. De leur côté, les firmes européennes, évincées du marché iranien par les sanctions américaines ne comptent pas être les dupes d’une négociation américaine signée dans leur dos. Total, Peugeot, Renault préparent ainsi leur retour et leurs représentations commerciales à Téhéran n’ont jamais été aussi actives. Reste à savoir la part qu’obtiendront les Européens dans ce marché face à leurs concurrents indiens, chinois, russe ou américains.
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