L’Algérie et le proxy : des tisserands brodés dans leur propre linceul
les mouvements proxy sur lesquels l’Algérie et ses alliés reposaient sont soit définitivement neutralisés, soit ils perdent de leur force de nuisance, qui leur permettait parfois de dicter la loi et de survivre à des tentatives de liquidation définitive. Une analyse de HAssan Hami.
Il y a de ces expressions qui vous marquent toute votre vie pour le meilleur et pour le pire.
À Arlington, Virginia, aux États-Unis, j’avais un voisin dont l’expression favorite était «It sucks!». Il l’utilisait pour terminer une phrase quelles que puissent être les circonstances. Il y avait une autre expression, « folie furieuse ! », qui me plaisait, avec laquelle je lui répondais pour décrire son comportement insensé. J’ai utilisé cette expression, à mon corps défendant, dans la dernière ligne de mon roman La fuite à l’ǝnvers publié en 2005 ; c’est dire le poids de vocables auxquels on se rattache sans crier gare.
Néanmoins, l’expression qui me servait chaque fois que j’étais à court d’argument était tirée de la scène décrite par Charles Dickens dans son roman Hard Times publié en 1854. C'est « I want facts » dans une suite de termes rageurs: "Now what I want is facts. » (…) « Facts alone are wanted in life. Plant nothing else and root out everything else". On peut poétiquement traduire ces expressions comme suit: "Seuls les faits tangibles comptent, le reste est foutaise".
Toutes ces expressions traduisent un état mental ou une attitude psychologique dans une situation où l’impuissance est de rigueur, où les moyens dont on dispose ne valent pas une chandelle. Alors, la réaction est souvent hallucinante sinon cavalière.
On l’a constaté, il y a quelques semaines, lors de l’échange entre le président américain Donald Trump et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Trump disait à son interlocuteur qu’il n’avait plus de carte pour pouvoir négocier une solution avantageuse dans le conflit l’Ukraine et la Russie (H. Hami, L’Europe daltonienne et la phobie d’un Yalta 2, MEDIAS24, le 14 mars 2025).
On a l’habitude de voir un échantillon de toutes ces expressions dans le comportement de pays empêtrés dans une perception exagérée de leurs atouts politiques, diplomatiques et stratégiques. Il en est ainsi de l’Algérie. L’Algérie encore une fois, serait-on tenté d’observer, pour me clouer le bec? Pourquoi en faire une fixation alors que son comportement est prévisible, lisible et facilement traduisible, pour faire dans la rime ?
Prévisible, lisible et traduisible, la trilogie de l’absurde
On n’a pas le choix, tellement les décideurs algériens empêchent les observateurs et les diplomates étrangers de vaquer à d’autres besognes. À l’image de mon voisin américain, qui était, cela dit en passant, d’origine latino-américaine, rien au monde ne peut satisfaire des décideurs algériens aux abois: pas de faits tangibles, plus de cartes à jouer, et surtout leur manie à afficher un comportement diplomatique qui laisse pantois.
Un comportement qui avait fait dire à feu le roi Hassan II qu’on ne pouvait pas être de bonne foi avec des personnes de mauvaise foi. On en a eu un exemple criard, il y a quelques jours, lors d’un échange musclé au sein du Conseil de sécurité entre l’ambassadeur représentant permanent de l’Algérie, Amar Bendjama et la cheffe de mission adjointe à la représentation permanente du Maroc, Majda Moutchou.
Inutile d’épiloguer sur les arguments infondés du diplomate algérien se rapportant à la question des droits de l’homme et la Minurso. Et encore moins sur la fixation que fait son pays sur un dossier qui va certainement le ruiner financièrement et l’accabler psychologiquement – et peut-être finir par précipiter le morcellement du pays qui a hérité de larges territoires en 1962 appartenant aux voisins grâce à la France.
La scène qui s’est déroulée au Conseil de sécurité était on ne peut plus hallucinante. On y observe un septuagénaire devant une jeune dame le verbe et le ton sûrs, qui lui donne une leçon en matière d’argumentaires diplomatiques. Il ne savait où donner de la tête au moment où il s’exerçait de piètre manière à la langue de Shakespeare.
Car, au moment où l’ambassadeur Bendjama était en train d’en découdre avec la diplomate marocaine, l’ambassadeur représentant du Maroc aux Nations unies, Omar Hilale, était à Rabat, où se trouvait le représentant personnel du secrétaire général des Nations unies Staffan Di Mistura. Le diplomate onusien inaugurait, disait-on, une tournée dans la région sur la question du Sahara marocain en prévision de la présentation d’un rapport au Conseil de sécurité en ce mois d'avril sur l’évolution du dossier.
Une tournée, peut-être la dernière, avant de rendre le tablier, faute de pouvoir convaincre l’Algérie de reprendre sa place dans les tables rondes tel qu’exigé par le Conseil de sécurité depuis 2020. L’Algérie y avait participé en décembre 2018 et mars 2019 à Genève. Elle veut faire reprendre le débat sur la question du référendum déjà abandonné depuis 2003. L’Algérie reste le seul pays au monde psychologiquement figé sur 1991, date de la signature de l’accord sur le cessez-le-feu.
Pour rendre le tableau un peu plus coloré avant d’attaquer le fond de ce papier, j’ajouterai des refrains de trois chansons qui me plaisent et qui rendent compte de la situation kafkaïenne dans laquelle se trouvent les décideurs algériens et leurs alliés perdus dans le décor des spéculations idéologiques.
Tout d'abord, Willie Nelson, icône américaine de la musique country, qui concède dans l'une de ses chansons fétiches : "If it's not something you get over, (…) it's something you get through". Ensuite, Charles Aznavour qui avale sa langue et concède à son tour : "Il faut savoir quitter la table, quand l’amour est desservi". Enfin, Julia Boutros, la chanteuse libanaise qui soulève les foules à sa manière, qui prend sa revanche contre un partenaire fictif : تعلم هلا تخسر،تخسر ربحت كثير، كثير ///خلي عينك تسهر -تعذب شو بصير.
Exactement, il y a des signes qui ne trompent pas. Et c’est l’occasion de se poser des questions sur l’argumentaire de certaines plumes marocaines (y compris des diplomates pourtant chevronnés) qui ont crié au feu à la suite de l’interview donnée par l’ambassadeur d’Algérie à Washington Sabri Boukadoum au journal USA Today Business en février dernier.
Dans cette interview commandée, le diplomate algérien a donné l’impression que l’Algérie était disposée à brader toutes ses richesses si les États-Unis revenaient sur leur reconnaissance de la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud ; cette reconnaissance que le président Donald Trump a annoncée en décembre 2020 et qui est depuis lors inscrite dans le registre fédéral et communiquée aux Nations unies.
Non seulement les appréhensions étaient exagérées, mais il y manquait cette touche de retenue. En effet, les intéressés ont oublié que les planificateurs de la politique étrangère des pays qui se respectent (et qui disposent de conseils de sécurité nationale bien structurés) ne pêchent pas dans les eaux troubles et ne changent pas leurs positions du jour au lendemain pour se plier au bon vouloir capricieux de leurs partenaires, fût-il aussi séduisant que lucratif.
Certes, en politique, seuls les intérêts comptent, mais justement, l’Algérie n’a plus grand-chose à offrir. Elle est surtout peu fiable quant au respect de ses engagements, notamment en matière de sécurité (lutte contre le terrorisme) et de commerce bilatéral (dénonciation unilatérale des accords).
La question demeure posée : faut-il s’alarmer du comportement belliqueux de l’Algérie et la prendre au sérieux quand elle réitère ses menaces de plonger la région maghrébine dans l’instabilité et l’insécurité ? Quelle importance donner à son sport favori de communiqués fleuves que le ministère des Affaires étrangères rend publics à longueur de semaines ? Quelle lecture faire des réunions du Haut Conseil de sécurité (HCS) qui s’est réuni à n’en point se lasser depuis 2019 pour traiter presqu’exclusivement des relations avec le Maroc et prendre des décisions hostiles à son égard ?
Sur la question des communiqués du ministère des Affaires étrangères algérien, les responsables marocains n’y prêtent plus d’attention tellement le style, le ton et les supputations sont devenus insipides et irrationnels. Pour ce qui est des réunions du HCS, il suffit de jeter un coup d’œil sur sa composition et la qualité des membres qui assistent aux réunions. Certains y siègent la veille, pour se retrouver le lendemain démis de leurs postes ou en prison.
Cependant, creusons un peu pour présenter des réponses à la mesure des défis posés pour les acteurs concernés. Ces réponses se situent à plusieurs niveaux.
OUI-1, on a toutes les raisons de craindre une fuite en avant. Les décideurs algériens ont perdu la boussole après avoir perdu toutes leurs cartes. Ils sont prêts à tout, y compris l’escalade militaire. Des officiers qui se seraient opposés au déclenchement d’une guerre éclair contre le Maroc en 2020-2022 ont été relevés de leurs fonctions ou placés en résidence surveillée.
OUI-2, certains cercles influents qui tirent les ficelles dans les coulisses du pouvoir peuvent pousser vers la remilitarisation du Polisario, lui permettant d’acquérir des armes plus sophistiquées. Ils peuvent se passer de l’engagement du président Tebboune à ne pas choisir cette option, car sur ce registre, ce n’est pas lui le maître de la situation dans son pays. Une telle décision serait sans doute condamnée par les acteurs majeurs internationaux qui veulent que l’espace maghrébin reste stable.
Considérant les obstacles et écueils au commerce mondial dans plusieurs passages maritimes stratégiques, ces acteurs majeurs ne permettront jamais que le détroit de Gibraltar devienne un espace de confrontation et d’instabilité chronique. Cet espace constitue un carrefour où la dimension triangulaire multidimensionnelle est au centre de la coopération entre l’Europe, l’Afrique et les deux Amériques. Toutefois, ces cercles influents au sein du système décisionnel algérien, qui n’ont plus rien à perdre, pourraient s’en balancer.
OUI-3, les mêmes cercles peuvent recourir à l’arme qu’ils manient par excellence, les réseaux du crime organisé et les mouvements extrémistes qui se nourrissent dans le terrorisme. Ils ne se lassent pas de semer la zizanie sur les frontières avec le Maroc, la Libye, la Tunisie, le Mali, le Niger et la Mauritanie.
NON-1, les décideurs algériens ne peuvent pas prendre l’initiative de déclarer la guerre au Maroc sans l’aval de leurs sponsors traditionnels (du moins ceux qui l’avaient été jusqu’à une date récente). Ces derniers ne semblent plus leur faire confiance.
NON-2, les décideurs algériens ne peuvent courir le risque de donner plus de pouvoir et de moyens aux réseaux du crime organisé, car certains d’entre eux seraient compromis avec des narcotrafiquants de renom qui sont susceptibles de les dénoncer plus tard.
NON-3, les acteurs majeurs internationaux ont déjà décrété qu’ils ne peuvent plus compter sur les groupes armés non étatiques de connivence avec des réseaux du crime organisé pour maintenir indirectement leur hégémonie dans la région.
À défaut, serait-il plus salutaire de laisser la porte ouverte à la normalisation future des relations entre le Maroc et l’Algérie ? GROS point d’interrogation. L’histoire et la nuit portent conseil. Procédons par étapes. L’histoire.
UN : il est attribué à Houari Boumediene d’avoir conseillé aux Algériens de ne pas ouvrir le livre de l’histoire pour disputer une quelconque légitimité historique et politique aux Marocains.
DEUX : les Algériens nés au Maroc qui ont gouverné l’Algérie depuis 1962 ont une dent contre ce pays. Ils ont tout fait pour que leur pays d’origine souffre d’une revanche injustifiée.
TROIS : les Français qui sont nés en Algérie et les Français qui sont nés au Maroc ont, à quelques exceptions près, fait cause commune contre le Maroc. Ils l’ont fait conformément à la décision prise par Charles de Gaulle de ne pas permettre à ce dernier de se reconstituer dans ses frontières historiques.
De surcroît, le temps est venu aussi pour déconstruire un narratif qui s’est évertué, depuis soixante ans, à faire porter le chapeau au Maroc pour le discréditer sur l’échiquier diplomatique international.
Tout d’abord, le refrain sur la guerre des sables de 1963. UN : des voix commencent à sortir de leur réserve. Elles confirment ce qui avait été révélé depuis belle lurette par le Maroc, à savoir que ce sont les Algériens-Marocains (Groupe d’Oujda) qui ont déclenché cette guerre pour gagner leur bataille contre les vrais combattants du Front de libération nationale (FLN) réunis en Kabylie. Les éléments du Groupe d’Oujda auraient utilisé dans leurs attaques les premiers chars que le même Maroc leur a offerts au moment où ils s’apprêtaient à construire la première armée algérienne.
DEUX : c’est la France qui a obligé le Maroc à arrêter sa progression dans le Sahara oriental alors que l’armée marocaine était aux portes de Tindouf. La France s’en tenait aux dispositions des accords d’Évian signés avec l’Algérie imposant une indépendance conditionnelle esthétiquement appelée autodétermination dans le cadre de la coopération.
La leçon de tous les œufs dans le même panier
Parmi les clauses des accords, il y aurait la continuation des tests nucléaires dans le Sahara oriental et l’engagement à ne pas se plier aux revendications sur le tracé des frontières que les pays voisins formulaient déjà à l’époque. La France redoutait que le contrôle du Sahara oriental par le Maroc ne l’encourage à aller de l’avant dans l’expression d’autres revendications territoriales, y compris la récupération de la Mauritanie.
TROIS : ce sont la France et l’Espagne qui ont joint encore une fois leurs efforts (comme ils l’avaient fait à l’occasion de l’opération Ecouvillon de 1958 contre l’Armée de libération nationale marocaine dans la foulée de la guerre d’Ifni) pour pousser la Mauritanie, qui venait d’avoir son indépendance en 1960, à être partie prenante dans les revendications sur le Sahara dit espagnol à partir de 1963, afin d’affaiblir la position du Maroc sur ce dossier.
L’Espagne et la France ont même travaillé à ce que la Mauritanie soit le seul pays à réclamer ce territoire en jouant sur le temps au moment où le Maroc traversait une situation politique intérieure difficile. La Mauritanie, pour sa part, cherchait à exercer des pressions sur le Maroc pour qu’il reconnaisse son indépendance. L’Algérie était dans l’antichambre et attendait son tour pour exprimer sa demande d’avoir une partie du territoire. Elle le fait déjà en 1966 dans une note adressée par sa représentation permanente au Secrétariat général des Nations unies.
Ensuite, le chapitre sur les décisions prises à l’occasion des différents sommets (1968, 1969, 1970, 1972, 1974) entre l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie. Les engagements n’ont jamais été respectés par Alger. La Mauritanie l’a fait au début et n’a changé de comportement que vers la fin de 1973. En effet, le président Ould Daddah s’est aperçu que le mouvement dont les ébauches se dessinaient (de connivence avec l’Algérie) pour exercer des pressions sur l’Espagne et permettre à son pays d’être seul à revendiquer le Sahara comme initié en 1963, n’avait pas l’intention de faire rattacher le Sahara à la Mauritanie.
Les ambitions contradictoires des trois pays du Maghreb, auxquelles vont s’ajouter plus tard celles de la Libye, mettent en évidence une vérité qui avait mis beaucoup de temps à être comprise par les décideurs maghrébins.
Cette vérité est que les trois pays ont été utilisés, dans des proportions bien dosées, comme des cobayes par les puissances étrangères qui ont joué sur le mental de certains d’entre eux. Ces derniers ont été avides de la puissance ou partisans du maintien du statu quo politico-diplomatique en attendant de voir mieux (H. Hami, Ambivalence salutaire : essai sur la logique du conflit et de la coopération au Maghreb, 2003 et 2019).
Une vérité limpide et difficilement récusable, car elle a favorisé la politique d’axes et l’enchevêtrement des ambitions politiques intranationales et des aspirations au contrôle laborieux du jeu stratégique régional. En étant un terrain de confrontation secondaire pour des acteurs étatiques intermédiaires, la sous-région maghrébine a servi de laboratoire pour le maintien de l’hégémonie des anciennes puissances coloniales et de test permanent pour la sélection d’acteurs proxy facilement manipulables en raison de leur propension à être les clous du spectacle.
Enfin, l’alliance organique entre l’Algérie et la France qui a dupé les observateurs pendant cinq décennies est en passe de s’effriter ou du moins de connaitre une pause. Mieux, le dessous des cartes n’est plus aussi séduisant pour les observateurs et les experts des affaires maghrébines.
En effet, il s’avère que les deux pays avaient dans le temps signé un pacte pour que la France, qui a apparemment quitté la région, ne la quitte pas dans les faits. Les dispositions des accords d’Évian obligeant, et l’entente franco-espagnole –avec la complicité d’autres puissances – ont fait que les revendications légitimes du Maroc pour parachever son intégrité territoriale soient mises à mal. C’est ce qui explique l’alliance sacrée que ces pays ont scellée pour retarder la récupération par le Maroc de ses provinces du Sud.
Il est inutile de revenir sur les péripéties des ententes secrètes entre l’Espagne et l’Algérie, l’Espagne et la Mauritanie et la France et la Mauritanie qui ont favorisé éventuellement deux options. D’une part, le maintien du Sahara sous contrôle espagnol moyennant une autonomie de façade. L’Espagne a organisé un référendum d’autodétermination expéditif en 1966, tout en coordonnant dans la foulée ses efforts avec la Mauritanie pour isoler le Maroc. D’autre part, la partition du territoire entre l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et le Polisario (Plan Sahara demain, SAD, en 1979) (H. Hami, Géopolitique assimilée pour les uns et saut dans l’inconnu pour les autres, MEDIAS24, le 09/01/2025).
Cette option est rejetée avant même d'être consignée de manière détaillée. Cependant, force est de mentionner la mise en scène ridicule de Rachid Nekkaz, cet opposant- allié algérien au gré de son humeur du moment, qui, dans sa bouffonnerie habituelle, est venu la semaine dernière à Marrakech pour jouer le rôle d’un historien de la machine à remonter le temps conforme au narratif des décideurs algériens. Dans la foulée, il fait une proposition déjà soufflée par des intellectuels franco-maghrébins (notamment algériens et tunisiens) sur une forme de confédération du territoire qui permettrait à l’Algérie d’avoir un accès à l’Atlantique. Nekkaz va plus loin. Selon cette proposition, le Sahara devait être co-administré par le Maroc et l’Algérie pendant une période de dix ans, suivie de l’organisation d’un référendum au terme duquel les populations choisiront d’être marocaines ou algériennes.
De quoi s’arracher les cheveux et se tirer une balle dans la tête. Nekkaz est poussé par les décideurs algériens à reprendre des bribes du plan Baker II qui avait fait long feu avant même sa présentation en 2003. Il tente de manière ridicule d’être plus imaginatif pour plaire à l’institution militaire algérienne qui reste traumatisée par les deux défaites militaires face à l’Armée marocaine à Amgala en 1976. Le traumatisme va de pire en pis depuis l’échec de l’opération téléguidée d’El-Guerguerat en 2020 et l’ouverture d’autres voies de transports et de passage terrestres et maritimes entre le Maroc et la Mauritanie et le Sénégal (2024-2025).
Question ontologique : il est où le Polisario dans cette comédie insipide ? Depuis la saccade des reconnaissances de la souveraineté du Maroc sur le Sahara par les États-Unis, l’Espagne, la France et le soutien de plus de 108 pays au plan d’autonomie marocain, c’est l’Algérie qui est sous les feux de la rampe. Elle ne défend plus son narratif sur l’absence de son intérêt pour le territoire. Pour elle, le Sahara dit occidental est une question de sécurité nationale à connotation existentielle.
Les décideurs algériens sont conscients que les structures institutionnelles, même élémentaires, dans les camps de Tindouf font miroiter à des tendances au sein du Polisario l’idée de rester indéfiniment dans le territoire. Une telle éventualité pourrait calmer les ardeurs de certains bloggeurs marocains qui se payent la tête des militaires (et bloggeurs) algériens en évoquant de temps à autre la nécessité de revoir les dispositions de l’accord frontalier maroco-algérien –et pourquoi pas, revendiquer la restitution du Sahara oriental au Maroc, grâce aux archives que la France aurait promis de restituer au Maroc lors de la visite d’État du président Emmanuel Macron en octobre-novembre 2024.
Le dessous des cartes ! Au fait, l’Algérie n’a plus vraiment de cartes. En témoignent l’argumentaire suivant.
UN : l’atout du pétrole et du gaz n’est plus aussi tangible et renouvelable que par le passé, pour reprendre une expression chère à Stanley Hoffmann. Le pays pourrait même ne plus avoir la capacité d’honorer ses engagements bilatéraux en matière d’approvisionnement de gaz.
De même, la concurrence est devenue plus féroce. Avec la solution projetée de la crise entre l’Ukraine et la Russie et la levée des sanctions contre Moscou, le gaz russe trouvera son chemin vers le marché international, notamment vers l’Europe. L’Europe s’agite certes, mais elle finira par se calmer.
DEUX : les alliances tirant leur légitimité de l’idéologie à laquelle l’Algérie appartenait ne sont plus aussi fiables. Elles n’apportent plus de dividendes sur la bourse des valeurs stratégiques. Il s’avère même que les alliés d’hier sont devenus un fardeau les uns pour les autres, notamment dans la prise de position sur des dossiers vitaux pour leur sécurité nationale.
TROIS : les mouvements proxy sur lesquels l’Algérie et ses alliés reposaient sont soit définitivement neutralisés, soit ils perdent de leur force de nuisance qui leur permettait parfois de dicter la loi et de survivre à des tentatives de liquidation définitive.
QUATRE : la capacité de marchandage des alliés de l’Algérie, acteurs étatiques, a perdu beaucoup de son poids auprès des puissances intermédiaires avec lesquelles l’Algérie partageait des intérêts vitaux. Certains d’entre eux sont menacés de subir les retombées de choix géopolitiques antérieurs qui, avec le temps, se sont avérés erronés.
CINQ : la carte de la diaspora que l’Algérie a utilisée pour exercer des pressions sur des pays où la communauté algérienne est nombreuse, comme c’est le cas de la France, ne semble plus exercer l’impact souhaité. La diaspora algérienne risque de payer les pots cassés de choix opérés par des décideurs qui manquent d’inspiration et qui persistent à intérioriser l’idée que rien n’a changé dans la géopolitique régionale.
SIX : la carte des droits de l’homme que l’Algérie relance au sujet du Sahara marocain est jouée au même moment où l’Afrique du Sud le fait au sujet de l’exploitation des richesses du territoire. Une coordination qui fait rire, dans la mesure où, depuis 2007, les deux pays récoltent échec après échec au sein du Conseil de sécurité dont ils ont fait partie plus que d’autres pays africains en qualité de membres non permanents. L’Afrique du Sud y a siégé trois fois (2007-2008 ; 2011-2012 et 2019-2020). L’Algérie y a siégé quatre fois (1968-1969 ; 1988-1989 ; 2004-2005 et 2024-2025).
Les tentatives de contraindre l’Union africaine à se saisir de nouveau du dossier du Sahara ont été repoussées à deux reprises. D’une part, à l’occasion du sommet de Nouakchott (2018) qui confirme que le dossier du Sahara est exclusivement traité par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ainsi, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine ne devrait plus se saisir du dossier.
D’autre part, le sommet d’Accra (2024) décide que seuls les États membres de l’Organisation des Nations unies sont habilités à participer aux sommets entre l’Union africaine et ses partenaires internationaux bilatéraux et multilatéraux.
SEPT : Le recours à des apprentis sorciers européens pour reprendre le même refrain sur la question des droits de l’homme a été observé récemment à deux niveaux. D’une part, par le comportement de certains parlementaires de gauche posant des questions orales au sein des parlements de leurs pays respectifs. De l’autre, par l’envoi d’activistes espagnols dans les provinces du Sud pour lancer un défi aux autorités marocaines.
HUIT : Les deux stratégies ont échoué. Toutefois, l’Algérie n’a plus de cartes que de surfer sur une vague dont la seule force est d’échouer sur des plages qui crient la désolation et l’expiration du temps diplomatique. Cela est vérifiable à la fois par rapport à la rivalité de l’Algérie avec le Maroc sur la question des provinces du Sud et sur une bonne partie de dossiers se rapportant à la sécurité et à la stabilité régionale et internationale. Rien à faire, la messe est dite.
NEUF: et si la diplomatie était ressuscitée sous une forme ou une autre? Ce serait une bonne carte à jouer. Toutefois, dans ce cas, les négociations sur la normalisation des relations entre le Maroc et l’Algérie doivent alors tout mettre sur la table et clarifier les ambiguïtés de la veille de l’indépendance de l’Algérie et du lendemain de la mission qui lui a été assignée en tant que proxy sur l’échiquier géopolitique de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne.
DIX : pour l’instant, on assiste à une scène dans laquelle on voit un proxy agonisant lorgner un linceul dont la couleur aveuglante lui fait croire que ses funérailles programmées sont de nouvelles fiançailles qui rappellent la gloire éphémère du temps idéologique où il jouait le rôle d’épouvantail.
Le proxy aura tout perdu au change en fin de compte. Sans doute trouvera-t-il dans le refrain de Julia Boutros, cette Libanaise qui chante son pays de belle manière et de belle manière, une source de méditation pour des lendemains difficiles. Un rappel à l’ordre sur la signification de la morale de l’arroseur arrosé : تعلم هلا تخسر،تخسر - ربحت كثير، كثير ///خلي عينك تسهر -تعذب شو بصير.
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