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L’art d’exfiltrer

Notre équipe nationale de football qui débarque à Conakry samedi 4 septembre ne savait pas que le lendemain, un coup d’État aurait lieu, et qu’il chamboulerait son programme. La junte qui prend le pouvoir, déclare l’état d’urgence et ferme les frontières terrestres et aériennes du pays à tout trafic. Malgré ces dispositions martiales, notre équipe a pu être rapatriée le soir même, saine et sauve, par un vol de la Royal Air Maroc. Plus de peur que de mal.

Le 8 septembre 2021 à 17h30

Deux semaines auparavant, le 26 août, un attentat suicide frappait l’aéroport de Kaboul, faisant 85 morts, dont au moins 12 Américains. Pourtant, Washington, qui cherchait à évacuer ses ressortissants, avait demandé, quelques jours auparavant, d’éviter les abords de l’aéroport. Les opérations d’exfiltrations sont toujours sensibles et leurs réussites ne sont jamais garanties.

L’exfiltration, c’est une opération qui consiste à filtrer, c’est-à-dire faire passer à travers des filtres une personne ou un groupe de personnes, en dehors d’un pays qui devient subitement un danger. Elle n’est pas le rapatriement, qui concerne le renvoi vers le pays d’origine en temps de paix. C’est une opération délicate et dangereuse qui consiste à ramener un groupe de personnes d’une zone de conflit vers une zone de paix.

La réussite de telles missions nécessite une collaboration entre tous les services pour mener les opérations en toute synergie et une totale confidentialité. Le pays, dont ses citoyens courent un danger dans un autre, instaure immédiatement une cellule de crise pour suivre l’évolution de leur situation, heure par heure, pour adapter les prises de décisions à la réalité du terrain. Les consignes données tournent généralement autour de la réduction des déplacements et le regroupement pour faciliter une éventuelle évacuation.

Des crises de deux sortes

Ces crises, qui deviennent récurrentes en Afrique et dans le monde arabe, sont de deux sortes. Les crises prévisibles qui mettent du temps à se déclencher, comme par exemple le déclenchement d’hostilités ou de guerres (en Libye), ou suite à des élections contestées. Les autres, moins prévisibles, concernent les coups d’État ou les brusques soulèvements populaires (Guinée).

Pour les premières, l’exfiltration semble plus facile car le pays dispose de suffisamment de temps pour l’organiser en prenant les décisions adéquates, comme demander aux familles de rentrer au pays en attendant que la situation du pays d’accueil s’apaise. Pour aider, on peut procéder à des encouragements, comme la réduction des prix des billets d’avion, ou le retour des personnes âgées et enfants en bas âge, etc. Pour les secondes, comme les coups d’État ou les soulèvements populaires, le temps devient le premier ennemi à gérer.

Dans certains cas, les exfiltrations peuvent concerner aussi des agents de renseignements qu’il faut rapatrier à l’insu d’un autre gouvernement, ou certains chercheurs et savants dont on veut tirer bénéfice de leurs savoirs. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Américains ont ramené chez eux, et en toute discrétion, certains des hauts potentiels allemands qui les ont aidés à développer leurs industries d’armements.

Mais la plus célèbre des exfiltrations reste celle menée par eux en 1980 lors de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran. Ayant échappé à cette prise d’otages, six diplomates américains se réfugient, durant trois mois, chez les diplomates canadiens. Un agent de la CIA est déplacé auprès d’eux pour leur fournir les éléments nécessaires à leur couverture pour faciliter leur sortie. Leur premier objectif était de ne pas attirer l’attention des autorités iraniennes, très remontées à l’égard de tout ce qui provenait des Etats-Unis.

Des Américains se sont fait passer pour une équipe de Hollywood venue procéder à des repérages de sites pour tourner un film de science-fiction appelé Ergo. C’est ce titre qui deviendra plus tard un vrai film sur cette exfiltration digne d’un film de Hollywood, réalisé par Ben Aflek en 2012. L’histoire raconte en détail cette opération rocambolesque d’exfiltration à l’américaine.

Toutes les opérations d’exfiltration ne trouvent pas d'issues favorables

D’autres exfiltrations sont légales. Celles exécutées par Israël en 1960 pour rapatrier en grand secret le nazi Adolf Eichmann, de Buenos Aires, pour qu’il soit jugé puis exécuté, sont des exemples, ou alors le raid sur l’aéroport d’Entebbe en Ouganda pour libérer ses otages suite au détournement de l’avion d’Air France en 1976. Ces opérations sont exécutées pour changer, en sa faveur, un rapport de force établi par un adversaire.

Toutes les opérations d’exfiltration n’aboutissent pas à des fins heureuses car, par moment, elles sont périlleuses et complexes à réaliser. La réussite ou l’échec dépend en grande partie de la précision de l’information et du moment choisi pour l’intervention pour dénouer l’événement. Le fiasco enregistré par l’intervention française à Mogadiscio en 2009 pour libérer l’agent Denis Alex en est l’exemple. L’otage a été exécuté et deux des trois militaires français ont trouvé la mort.

C’est le même drame qui s’est produit en janvier 2011, quand deux femmes françaises ont trouvé la mort au Mali au cours d’une opération jugée précipitée. Au Burkina Faso, un autre enlèvement d’otages a été bien exécuté. Les unités françaises, ayant localisé leur cible, ont attendu que les ravisseurs établissent leur campement avec les otages pour intervenir, au lieu d’agir lors du trajet jugé trop risqué pour les otages.

L’exfiltration présente toujours des difficultés. Elle doit être menée avec délicatesse, discrétion et en secret. On a remarqué que la rapidité de la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan a généré, en contrepartie, une lenteur des départs des ressortissants étrangers de l’aéroport de Kaboul. Sans concertation avec les nouveaux maîtres du pays, toute exfiltration devient donc une mission impossible, voire à risques.

Nous sommes ravis de voir notre équipe revenir saine et sauve chez elle.

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Le 8 septembre 2021 à 17h30

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