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Laurent Nuñez à Alger pour éteindre le feu

La récente visite du ministre français de l’Intérieur marque une tentative de relance des relations bilatérales tendues depuis 2024. Entre coopération sécuritaire, migration et dossiers sensibles, Paris et Alger tentent de reprendre un dialogue fragile mais indispensable.

Le 18 février 2026 à 14h54

Le ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez vient d’effectuer les 16 et 17 février une visite en Algérie pour relancer une coopération rompue par Alger depuis la reconnaissance par Paris de la marocanité du Sahara en juillet 2024.

Bien qu'il s'agisse d'une décision toute souveraine de la part du président et du gouvernement français, l’Algérie a, malgré elle, autorisé cette visite pour relancer les relations bilatérales dont elle a grandement besoin dans ces moments difficiles qu’elle traverse. Cette visite permettra certainement le retour des ambassadeurs à leurs postes et la relance effective des relations entre les deux pays.

Lors de ce séjour, les autorités algériennes semblaient satisfaites que la première démarche pour rétablir les liens entre les deux pays soit prise par la France. On ne pouvait s’imaginer, dans les circonstances actuelles, le ministre algérien de l’Intérieur se rendre à Paris pour entamer et relancer le dialogue bilatéral. Un tel geste n’existe pas dans les comportements de la diplomatie algérienne. On répétera à l’envie dans les médias algériens qu’un ministre français, de l’ancienne puissance coloniale est venu en demandeur de la coopération et de la bienveillance des autorités algériennes.

A sa sortie de la rencontre avec le président Tebboune, Nuñez l’a remercié de lui avoir fait l’honneur de le recevoir. Il a affirmé que la France et l’Algérie ont réenclenché un "dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau". Pour lui, cette visite a servi à reprendre des relations de sécurité normales en vue de les densifier en termes de coopération judiciaire, politique et de renseignement. On ne sait pas si le responsable français a évoqué avec ses interlocuteurs algériens l’impact de leurs services dans le territoire français pour traquer les opposants et les réfugiés algériens.

Ce n’est certainement pas avec cette visite que les relations entre la France et l’Algérie retrouveront une embellie. L’animosité à l’égard de la France est structurelle dans la politique et le mental algériens. On ne vit et on ne respire dans ce large territoire façonné par la France que dans la détestation de tout ce qui est français ou en rapport avec l’hexagone. Pourtant une large partie de la jeunesse algérienne ne rêve que de rejoindre un jour ce pays pour s’y réfugier ou y vivre. Il est vrai qu’elle est aidée en cela par des accords très favorables signés après l’indépendance qui leur facilitent le séjour et l’installation en France.

Par ailleurs, les tensions entre les deux pays portent sur plusieurs dossiers qui n’ont pas la même priorité chez l’un comme chez l’autre. De la part d’Alger, Paris devrait rester neutre sur la question du Sahara marocain, et toutes les autres questions seraient par conséquent faciles à régler. Le ministre français a certainement, par précaution, défini les dossiers à évoquer avec les autorités algériennes, laissant les questions diplomatiques à son collègue Jean-Noël Barrot. Pour Paris, l’urgence est d’abord donnée à la question migratoire, aux expulsions des clandestins algériens, dans le cadre des obligations de quitter le territoire français OQTF.

La France, qui subit de front une immigration incontrôlée en provenance de l’Algérie, reproche aux autorités de ce pays de ne pas délivrer les laissez-passer consulaires à ses propres citoyens. Alger freine des deux pieds pour reprendre les siens, qui se trouvent pourtant en situation irrégulière, ou ceux qui commettent des crimes et qui séjournent dans les prisons françaises.

Paris souhaite également relancer les échanges d’informations et de renseignements interrompus depuis 2024, année de la reconnaissance de la marocanité du Sahara. En raison des échanges humains entre les deux rives, du terrorisme, du narcotrafic, la coopération sécuritaire est primordiale pour la France, et l’Algérie est, dans ce domaine, un partenaire clé.

Par ailleurs, le ministre français aurait certainement demandé la clémence et la libération du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné récemment à sept ans pour des fautes qu’il n’a pas commises selon Paris. Les deux pays ont vécu la même tragédie avec l’écrivain Boualam Sansal, libéré en novembre dernier après plusieurs mois d’internement. Dès son retour, Sansal a été accueilli en France comme un héros français qui a tenu tête aux généraux algériens. Il a été élu à la prestigieuse Académie française, faisant de lui un chantre de la liberté et des droits de l’homme. Ainsi vont les relations franco-algériennes : tantôt c’est la prison et par moment c’est l’Académie française.

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Le 18 février 2026 à 14h54

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