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L'avenir c'est maintenant

Nous avons été nombreux à réfléchir, écrire et débattre sur le post-covid.

Le 13 octobre 2020 à 8h30

Le printemps dernier semble si lointain alors que nous scrutions la courbe des contaminés, les uns pensant qu'elle commençait à s'infléchir, les autres arguant pour un plateau avant la baisse et d'autres se tranquillisant que les hausses de tel ou tel jour n'étaient qu'une aberration statistique.

Certes, on parlait de deuxième vague possible mais sans jamais, ou rarement, imaginer que le zoom sur la courbe d'hier cachait en fait une inflexion vers le haut qui allait mener exponentiellement vers l'hécatombe d'aujourd'hui.

Et nous voici face au paradoxe d'être passés d'une situation où le covid était maîtrisé mais où on suivait quotidiennement les chiffres des contaminés en ignorant la crise socio-économique à une situation où le covid n'est plus maîtrisé mais où on subit la crise en ignorant les contaminés.

Aujourd'hui, il y a unanimité sur le désastre économique, social, politique et intellectuel que vit le pays.

Socialement et économiquement, les chiffres et les témoignages sur le terrain sont sans appel sur le nombre d'emplois détruits, le nombre d'entreprises à l'arrêt, le nombre de famille sans ressources et le nombre de pauvres complètement démunis. Même les psychologues ne trouvent pas les mots pour décrire avec précision la détresse des enfants avec un décrochage scolaire à son comble. Même lorsqu'elles sont ouvertes, les crèches ont du mal à convaincre les parents d'y amener leurs enfants.

Politiquement, nous sommes passé de la grogne et aux critiques envers les autorités à une sorte de ''cause toujours tu m'intéresses'', même les plus mordus de l'actualité politique semblant ignorer, ou au mieux vaguement écouter, ce que les autorités ou les représentants des partis politiques disent ou écrivent.

Intellectuellement, le débat ne se limite même plus au sexe des anges puisqu'il semble que le sexe des journalistes soit devenu une préoccupation et un danger nécessitant procès et détentions provisoires à n'en plus finir.

Et pourtant le monde post-covid semble nous obnubiler plus que le monde d'aujourd'hui.

L'horizon le plus proche sur lequel nous débattons concerne les prochaines législatives, le quotient électoral et qui de Amr ou Zaid aura les faveurs pour diriger le prochain gouvernement.

Quant à l'horizon un peu plus lointain, les mots économie verte et le numérique n'ont jamais autant eu les faveurs des classements sur Google.

Et pourtant, La Fontaine devrait se rappeler à nous avant le fatidique ''adieu, veau, vache, cochon, couvée''; car si nous ne nous préoccupons pas du maintenant, nul besoin d'être devin pour imaginer un sombre avenir. Quel est ce sombre avenir? Personne ne le sait. Et c'est cette incertitude qui accroît le désarroi et de l'investisseur et du citoyen lambda, incapables de se projeter dans l'avenir, aussi sombre soit-il.

Oui, il est facile de critiquer sans donner de solution. Par contre, les pré-requis de la quête de la solution sont la, évidents et à portée de main.

D'abord, formuler le problème. Passer du ''nous sommes les meilleurs'' au ''de toute façons, tout le monde connaît une recrudescence des contaminations'' est une hérésie. La pandémie touche tous les pays, mais plus un pays a d'anticorps plus il peut espérer des lendemains meilleurs. En l'absence d'un Etat de droit et ce qui en découle sur la scène politique, la faiblesse du système immunitaire ne présage rien de bon pour l'avenir.

Commençons donc d'abord par reconnaître humblement notre principal faiblesse : l'impossibilité du débat et les accusations de traîtrise dès qu'une voix se démarque du mainstream. Lorsque même la prise de position de médecins sur la chloroquine devient une ligne rouge, comment espérer pouvoir réfléchir sereinement sur les solutions aux problèmes urgents d'aujourd'hui.

Une faiblesse accentuée par une absence totale du sens de la mesure. La devise nationale est devenue ''tu es avec nous ou contre nous'', aucun juste milieu, toute analyse qui sort des sentiers battus et essaie de constater que la tétanisation de notre pouvoir est un problème est au mieux dénigrée et au pire punie avec le hchouma politique qui est venu se rajouter à nos hchoumas culturels et sociaux.

Lorsque l'argent finit par dominer les champs politique et médiatique, comment espérer que le champs du débat ne se réduise au point que ces faiblesses ne soient pas occultées? Aujourd'hui, l'argent achète le silence et finance la calomnie pour continuer à mettre encore plus de poussière sous le tapis.

Aujourd'hui, la bravoure requiert que ces problèmes soient criés haut et fort. Oui le risque est grand car nous sommes passés maîtres dans l'oppression des voix discordantes avec un logiciel 2.0 encore plus pernicieux que  le logiciel 1.0.  Mais faisons le calcul, ce risque est-il supérieur ou inférieur à celui d'un post-covid moribond?

Karim Laraki est analyste à geopolstrategia.org

@KarimBenLaraki

Tags : Karim Laraki
Par Rédaction Medias24
Le 13 octobre 2020 à 8h30

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