Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Le Bot et la Bête
Avec l’avènement de l’intelligence artificielle de ChatGPT, l’inquiétude de ceux qui ont fait de la rédaction, voire de l’écrit en général, un gagne-pain, une profession ou même une raison de vivre, semble parfaitement compréhensible.
Aujourd’hui, un peu partout à travers le monde, un débat est ouvert sur ce qui était considéré hier comme un fantasme, à savoir le remplacement de l’Homme par le robot lorsqu’il s’agit notamment de métiers ou de professions liés à la production intellectuelle. Historiquement, le sort de l’écrit, de ses producteurs et donc de son remplacement avait déjà été un sujet d’inquiétude dès l’invention de l’imprimerie vers 1450 par Gutenberg.
Depuis, l’imprimerie, tout en se perfectionnant, va contribuer à encourager et stimuler la lecture, à fixer les textes pour les diffuser auprès du plus grand nombre de lecteurs. Et déjà, la machine et son automatisme vont remplacer le scribe, et le papier vierge le palimpseste et son grimoire. Mais s’il a fallu près de trois mille ans et demi avant que le scribe ne soit remplacé, en moins de six siècles seulement d’autres scribes et clercs sont, dit-on, menacés de s’éclipser au profit de nouvelles machines.
Tout va et ira donc trop vite pour ceux qui ne suivront pas le rythme du monde tel qu’il va et se précipite vers un futur aussi opaque qu’incertain. Mais vu d’ici, le scribe et le clerc, le rédacteur et le créateur, ont encore plus de soucis à se faire. Si le futur est déjà là, où en sommes nous avec les avatars d’un passé qui ne passe pas, ou pas assez vite ? Comment et combien de "scribes" le ChatGPT va-t-il remplacer chez nous ? Imaginons si dès demain, journaux et livres sont écrits par une intelligence artificielle, quelle forme prendront-ils et qui les consommera ?
On me dira que le ChatGPT, ou tout autre agent conversationnel du même acabit, sont à même de répondre à ces interrogations au pied levé ici et maintenant et d’en faire un article. Voilà qui va sceller le statut passéiste de chroniqueur de l’auteur de ces lignes et, illico presto, son remplacement. Il ne sera pas le seul, puisque les études menées sur la disparition de certains métiers et fonctions parlent d’une charrette de 300 millions de postes à travers le monde. Le rêve de tout DRH qui concocte en salivant un diabolique et vaste "plan de restructuration". Un débauchage génocidaire à l’échelle planétaire.
Restons dans le domaine des médias (journalisme, édition et audiovisuel) du côté de chez nous ou dans la région et continuons à imaginer leur sombre futur que l’on nous promet proche et disruptif. Voilà qu’à peine avons-nous commencé à nous demander comment former leurs ressources humaines, organiser et réguler la profession, que l’on parle déjà de remplacement et de disparition de métiers et de fonctions pas encore tout à fait mûrs ni même créés.
Des agents conversationnels s’apprêteraient à piquer la place de nos actuels et futurs journalistes, écrivains, scénaristes et mêmes artistes et à nous livrer à la demande des contenus "le doigt dans le Net", à générer rapidement des textes, des productions, des créations, voire une pensée standardisée, formatée et prête à être consommée. Une perspective aussi dystopique n’est pas fondée pour l’instant, selon des experts optimistes et rassurants. La teneur des contenus livrés par la machine demeure floue et quand le ChatGPT ne dit pas n’importe quoi, il se contente de généralités et d’approximations. Tout comme certains journalistes et auteurs, pourrait-on répliquer.
Humain, quoi, trop humain. C’est justement cela qui inquiète, car nous sommes encore au stade de l’enfance de l’art en matière de création dans ces domaines. Le danger, dans la presse, à la télé ou dans la création en général, c’est de trop compter sur une machine dont l’intelligence artificielle est encore superficielle pour se libérer de certaines tâches considérées comme inutiles ou subalternes alors qu’elles sont essentielles au processus créatif.
La rédaction, l’écriture et la lecture en général, sont au cœur de toute création authentique. Pisser la copie au kilomètre et à la demande ne fait pas d’une personne un journaliste ou un écrivain et encore moins un poète. Mais se faire aider par une intelligence artificielle, si ça ne nous rend pas plus intelligent, cela pourrait être utile dans une espèce de collaboration définissant les tâches de chaque partie. Cette démarche n’est pas nouvelle puisqu’on s’est toujours fait aider en usant de dictionnaires ou d’encyclopédies et depuis peu d’outils en ligne tels Wikipédia. Ainsi, le créateur ou producteur de textes est l’architecte et le concepteur, alors que le bot d’intelligence artificielle demeure son tâcheron ou son exécutant.
Rappelons avant de conclure que cette modeste chronique a été rédigée avec l’aide − et qu’ils en soient remerciés − d’un dictionnaire, d’un coup d’œil sur Wikipédia et de quelques notes de lecture. Serait-elle un jour écrite par un Bot d’intelligence artificielle ? Allez savoir ! Mais ce qui est certain en revanche, c’est que tout ce que l’on produit va être avalé par elle et nous sera resservi plus tard. Les créateurs authentiques de contenus, dans une servitude volontaire, nourrissent la bête, laquelle se sustente et tire sa pitance de ce que nous lui livrons chaque jour. Elle en tirera assurément sa force et sa puissance et, l’on craint aussi, sa prédominance.
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