Le chancelier Friedrich Merz, l’anti-Angela Merkel
En raison de désaccords économiques relatifs au niveau des dépenses et d’endettement, l’ancien chancelier allemand Olaf Scholz, social-démocrate du parti SPD, a démis de ses fonctions, en novembre dernier, son ministre des finances, Christian Lindner chef du parti libéral FDP. Cette décision, qui rappelle étrangement la dissolution de l’Assemblée nationale française par Emmanuel Macron et ses conséquences sur la vie politique française, a précipité l’effondrement de la coalition allemande.
L’organisation d’élections fédérales anticipées en février dernier a permis à la droite, conduite par le conservateur Friedrich Merz de la coalition CDU-CSU, de détrôner les sociaux-démocrates menés par Olaf Scholz, devenant ainsi la première force politique du pays. Alors que l’ancienne majorité fut dissoute sur des motifs économiques, le premier acte significatif de la nouvelle équipe fut l’adoption, le 18 mars, d’un plan d’investissement colossal nommé Bazooka de l’ordre de 500 milliards d’euros pour les dix prochaines années, avec comme objectif de relever les divers défis auxquels fait face l’Allemagne.
Pendant tout le règne d’Angela Merkel sur le parti de l’Union chrétienne-démocrate, CDU, l’ancienne chancelière appréciait peu Friedrich Merz qu’elle considérait comme son adversaire résolu. Avec son départ, et suite à plusieurs tentatives, Merz réussit à prendre la tête du parti et à le mener à la victoire le 23 février dernier. C’est ce conservateur de soixante-dix ans, libéral assumé, qui est maintenant à la tête de l’État. De BlackRock, le gestionnaire mondial d’actifs, à la présidence de la CDU, puis maintenant chancelier, la vie politique de Merz a été parsemée d’embûches.
Merz fut, pendant longtemps, député européen et élu au parlement allemand, le Bundestag, où il présida le groupe conservateur CDU-CSU à la chambre basse, avant d’en être écarté par Merkel en 2002. Après les élections fédérales de 2017, pensant que le mandat de Merkel serait le dernier, il se présenta comme candidat à la présidence de la CDU lors du congrès de 2018, mais essuya encore un cuisant échec. Il faudrait attendre l’année 2021, et le départ définitif de Merkel, pour le voir remporter, enfin, l’élection et présider aux destinées de cette formation politique.
Alors que l’Allemagne est gouvernée depuis 2021 par le social-démocrate du parti SPD d’Olaf Scholz, Merz s’attelle depuis à organiser l’opposition pour le détrôner de la chancellerie, à la première occasion venue. Il fut aidé en cela par une conjoncture favorable issue de la grave crise économique qui s’abat sur l’Allemagne, mais aussi de la guerre que mène la Russie en Ukraine, et de l’arrivée tonitruante au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis. Ce momentum favorable a conduit Merz, et sa coalition conservatrice CDU-CSU, à la victoire lors des élections fédérales de février dernier. Merz a réussi à faire de son parti la première force politique du pays, sans pour cela obtenir une majorité absolue au Bundestag.
C’est en réalité l’ancien chancelier Scholz lui-même qui a provoqué la chute de sa coalition, quand, en novembre 2024, il congédia son ministre des Finances Christian Lindner, chef du parti libéral-démocrate FDP. Dos au mur, Scholz a alors choisi, par défi, de solliciter un vote de confiance au Bundestag. En perdant ce vote par 207 voix pour et 394 contre, Scholz a ainsi ouvert la voie à la tenue d’élections anticipées qui allaient profiter cette fois-ci aux partis conservateurs, mais également au parti de l’extrême droite AfD, qui a doublé ses sièges et est devenu la deuxième force politique du pays.
Dès l’été 2024, des désaccords surgissent au sein de la coalition dirigée par Scholz sur l’endettement du pays. Le ministre libéral des Finances et chef du parti FDP, Christian Lindner, refuse alors d’augmenter la dette et fut, du coup, limogé. Ceci a conduit à la démission de tous les autres ministres issus de son parti, et à la perte de la majorité au Parlement. Scholz engage alors un vote de confiance qu’il perd également par 394 voix contre et 116 abstentions. En fin décembre 2024, le président de la fédération procède à la dissolution du Bundestag et à la convocation d’élections fédérales.
Les conséquences de ces élections de février dernier ont secoué le landerneau politique et le système électoral établi depuis la fin du second conflit mondial. Outre la poussée de l’extrême droite symbolisée par l’AfD, la CDU parti d’Olaf Scholz a échoué, et ce pour la première fois de son histoire, à figurer parmi les deux premières forces du pays. Il a été relégué à la troisième place dans l’échiquier politique avec seulement 16,4% des suffrages. Quant au parti libéral FDP, qui est à l’origine de cette crise et des élections anticipées qui ont suivi, il a échoué à obtenir une représentation parlementaire faute de n’avoir pas atteint le seuil électoral.
Le seul parti qui en est sorti vainqueur est incontestablement le parti de l’extrême droite, AfD, conduit par Alice Weidel et qui a doublé ses sièges. Il a réalisé une percée historique se classant, pour la première fois, comme la deuxième force politique en Allemagne avec 20,8% des voix. Opposé à l’immigration et prônant en outre la sortie de l’Union-européenne, il devient désormais incontournable dans le paysage politique allemand.
Son score inattendu a été favorisé par la conjoncture et les attaques terroristes sur le sol allemand durant la campagne électorale qui ont eu un impact sur cette poussée. Par ailleurs, il est important de relever que ces élections se sont jouées cette fois-ci sur les réseaux sociaux où l’AfD a bénéficié d’une sur-visibilité. Elon Musk, propriétaire de X Twitter, a ouvertement soutenu ce parti, en interagissant avec sa candidate et en lui offrant en surplus une large tribune sur son réseau pour diffuser ses idées extrémistes.
Le plus déçu de tous fut le chancelier Scholz, lui qui rêvait de finir son mandat avec une majorité confortable pour briguer un second. Il voulait certainement tenter d’égaler Merkel, qui a mené, exceptionnellement, quatre mandats successifs, de 2005 à 2021, période qui a marqué l’histoire de l’Allemagne moderne. Son parti, le SPD, relégué maintenant au troisième rang des partis politiques, bien derrière la coalition démocrate-chrétienne et du parti d’extrême-droite AfD, doit absolument faire peau neuve et se renouveler, s’il veut rester dans la course et continuer à gouverner encore l’Allemagne.
Mais c’est la montée de l’extrême droite et de son représentant AfD qui inquiète le plus les démocrates allemands et européens. Le passé du pays avec le nazisme a laissé des traces indélébiles dans la mémoire de tous les Allemands et de leurs voisins. Les largesses octroyées aux migrants, lors de la période Merkel pour s’installer sur le sol allemand, sont pour beaucoup dans le succès de l’extrême droite, mais n’expliquent pas tout. La crise économique et ses conséquences sur le tissu social, les conséquences de la guerre en Ukraine, le terrorisme, l’avènement de Trump, tous ces facteurs ont aidé à donner des ailes à l’AfD, qui risque de gouverner demain l’Allemagne.
Le phénomène de la droite extrême n’est pas propre à la seule Allemagne. C’est tout le continent européen qui est l’objet de cette déferlante extrémiste. De nombreux pays européens ont vu l’émergence de mouvements comme le Rassemblement national en France, le Parti de la liberté aux Pays-Bas, la Liga en Italie, ou encore l’Alternative pour l’Allemagne, pour ne citer que ces pays. On connait bien comment ces partis fonctionnent pour arriver au pouvoir. Ils attisent au sein de la société la haine de l’autre, en distillant la peur et la méfiance. Ils utilisent la désinformation permanente pour promouvoir leurs agendas et dénigrer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Devenus populaires, ces mouvements sont déjà représentés aux parlements régionaux et nationaux de chaque pays, ainsi qu’au Parlement européen.
Leur cheval de bataille demeure le même : l’immigration en général et l’islam en particulier, qu’ils dénigrent à longueur de journée en les présentant comme les dangers ultimes qui menacent la civilisation chrétienne. Ce discours simpliste et populiste, entretenu sous couvert de nationalisme, cache mal son essence qui est d’attiser la haine et la violence entre communautés, en place et lieu de promouvoir l’entente, la paix et la concorde. Les médias, les réseaux sociaux et certains milieux financiers européens sont pour beaucoup dans l’émergence de ces mouvements extrémistes qui participent à isoler encore plus l’Europe du reste du monde.
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