Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Le chroniqueur face à lui-même
Il y a des jours où le chroniqueur ne trouve rien de plus difficile que d’écrire sur l’écriture elle-même. Mais c’est souvent dans cette gêne et ce léger empêchement que se cache la matière la plus singulière de ce genre journalistique hybride qu’est la chronique.
Au matin d’une journée d’un printemps qui s’incline déjà vers un été où le soleil s’installera en dictant ses fortes canicules, je peine à trouver un sujet sur lequel je peux écrire. Rien de nouveau. Une simple procrastination. C’est le lot ordinaire de celui qui s’impose une périodicité pour livrer de la copie à temps. Prose promise et relativement hebdomadaire.
Alors pourquoi ne pas laisser courir ses pensées et faire confiance au flux des mots qui adviennent ? Parler du beau temps et de la pluie, de l’écume du temps, de celui qu’il fait et de l’autre qui passe, a souvent été une échappatoire lorsqu’on hésite devant la phrase à venir : celle du début censée tout déclencher ?
Chez le chroniqueur, la procrastination n’est pas toujours une paresse, elle ressemble parfois à une sorte d’attente inquiète : celle de la phrase qui donnera enfin sens à une intuition, à une humeur, à un fragment du temps. Mais encore faut-il que cette phrase consente à venir.
On imagine volontiers le chroniqueur comme un homme d’habitude, de discipline, presque de rituel. Il aurait son heure, son café pour démarrer ou sa fenêtre ouverte sur le monde ou sur la vie, et alors les phrases viendraient à lui comme viennent les trains en gare. La réalité est moins séduisante tant elle est faite d’hésitations, de faux départs, de phrases biffées, de silences intérieurs et de cette étrange fatigue qui "empêche" non pas la main mais le désir même d’écrire.
Pourtant, j’aurais tant aimé parler de livres lus et d’autres à relire, de films vus, et de tant de choses lues, vues ou entendues. Mais le chroniqueur du temps qui passe est un chasseur solitaire de mots et de souvenirs surgis dans le désordre d’une mémoire vagabonde.
Et l'exercice de cette chronique, dite d’humeur, lorsqu’elle se détache de l’actualité immédiate, demeure une forme fragile qui ne repose pas sur le fait brut, ni sur l’évènement spectaculaire. Elle part souvent de presque rien : une sensation, un souvenir, une scène aperçue dans la rue, une contradiction intime, une contrariété passagère, un détail du temps qui passe. Or c’est justement ce "presque rien" qui peut devenir troublant, insaisissable et auquel il faut donner une forme avec la prétention de convaincre le lecteur qu’une pensée apparemment mineure mérite qu’on s’y attarde.
Et puis il y a l’écriture dans l’urgence, le respect du temps de la périodicité par la remise de la copie à date fixe. Mais la procrastination surgit comme une résistance intime. Et c’est là que l’on découvre que le temps est un adversaire intime, car plus l’échéance approche, plus l’écriture se charge d’une tension presque morale, voire culpabilisante.
Pour le chroniqueur, il ne s’agit pas seulement de rendre un texte, mais de se montrer à la hauteur d’une voix. Car écrire une chronique, ce n’est pas seulement aligner des phrases, c’est retrouver une tonalité, une manière d’habiter le monde et de le traduire.
C’est pourquoi l’angoisse du chroniqueur n’est pas toujours celle de la page blanche. Elle est souvent celle de la voix blanche. Et pourtant, c’est peut-être dans cette difficulté même que réside son intérêt, si tant qu’elle en ait un. Une chronique digne de ce nom ne naît pas d’une fluidité permanente. Elle est le résultat d’un frottement entre le monde extérieur et la vie intérieure, entre l’observation et la mémoire, l’actualité profonde des choses de la vie et leur apparente banalité.
Finalement ne faut-il pas réhabiliter cette lenteur, cette résistance et ce détour en acceptant que la procrastination ne soit pas toujours une défaillance mais parfois une incubation ? Une façon de laisser le texte se former et se forger avant de le saisir. Tout n’est pas noble dans ce retard. Il y a aussi la peur, l’usure, le doute, et parfois même une forme de lassitude. Il reste qu’au cœur de cette hésitation, une exigence silencieuse qui vous murmure à l’oreille le sage conseil de n’écrire que lorsqu’une phrase commence à trouver sa nécessité. Un peu comme l’autre sage qui conseillait de ne parler que si l’on estime que ce qu’on va dire est plus important que le silence.
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