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Le Monde et l’envoyé bien spécial à Tindouf

À la veille de chaque session du Conseil de sécurité sur le Sahara, on a pris l’habitude de voir apparaitre la publication d’articles et la diffusion de documentaires saisonniers relatifs au Maroc. Elles rappellent à nos consciences l’existence de ce sempiternel conflit qui nous oppose à notre voisin de l’Est depuis maintenant des lustres. Le journal français Le Monde, qui nous a, lui aussi, habitués à de telles échappées, n’est pas à sa première prouesse quand il s’agit du Maroc. Mais cette fois-ci sa démarche semble différente et, devrons-nous l’avouer, moins originale.

Le 18 avril 2025 à 13h16

Au lieu de charger un de ses journalistes basés à Paris d'aller couvrir les multiples crises qui secouent les relations franco-algériennes, Le Monde a opté pour le moyen le plus facile. Décharger cette affaire sur un freelance, Driss Rejichi, basé à Tunis pour enquêter, non pas sur les relations France-Algérie qui font l’actualité, mais sur les populations vivant à Tindouf. On connaît la méfiance et la frilosité des autorités algériennes à l’égard des médias français. Elles ne leur accordent des visas qu’aux compte-gouttes. Le quotidien Le Monde s’est donc rabattu sur la solution la plus commode pour publier dans son édition du 12 avril un article sur le Sahara qui ne peut plaire qu’à Alger.

Cet envoyé a survolé toute l’Algérie et ses problèmes politiques et économiques. Il ne s’est pas, non plus, penché sur ses crises chroniques avec la France. Il a atterri directement dans les camps de Tindouf pour enquêter sur les populations qui y vivent, oubliées et entassées, souligne-t-il. Encadré par les services algériens, ceux-ci lui ont refusé de se rendre à Tindouf, là où les révoltes étaient à leur comble. Il s’est contenté donc de camper dans les environs, un endroit qu’il décrit comme un village fait de tentes, qui y ont poussé depuis la rupture du cessez-le-feu avec le Maroc en 2020.

Le journaliste fait alors la connaissance d’un certain Bachir, berger de son état. Celui-ci partage une tente avec sa femme et ses enfants, sans accès à l’eau courante ni à l’électricité, écrit-il. Comme lui, ils sont des milliers à avoir rejoint ce nouveau village, poussés par la reprise des combats entre l’armée marocaine et les milices du polisario. En décrivant la situation dans ces termes, le journaliste ne s’est pas demandé comment, pendant toutes ces années, les autorités algériennes n’ont pu leur construire des maisons décentes et leur offrir une vie digne, alors qu’elles en ont les moyens ?

Sait-il que, pendant cette période, le Maroc, ayant retrouvé le Sahara dans un dénuement total, en a fait ce qu’il est aujourd’hui. C’est-à-dire une région prospère, au même niveau que le reste des autres provinces du Royaume. Il a réussi cette prouesse tout en menant le combat contre l’armée algérienne et les milices du polisario. Pourquoi l’Algérie a-t-elle donc échoué, là où le Maroc a réussi ? En fournissant au polisario, généreusement, armes et soutiens diplomatiques, Alger a financé une cause perdue d’avance. Volontairement, et à dessein, elle a choisi de ne pas construire des logis dignes pour héberger ces populations rapatriées de force.

Par ailleurs, en décrivant le polisario comme un mouvement indépendantiste soutenu par Alger, le journaliste fait abstraction de la genèse du conflit. Il n’est jamais vain de le lui rappeler, si cela peut encore servir. Outre le Sahara, le colonialisme espagnol soumettait d’autres parties du Royaume à son emprise. Les villes de Sidi-Ifni, Tarfaya et celles du nord marocain étaient sous sa domination, et elles sont maintenant reconnues comme parties intégrantes du Maroc. Pour le Maroc, la colonisation comme la décolonisation se sont déroulées par étapes successives, pour bloquer sur le conflit du Sahara par la seule volonté de l’Algérie.

Impératifs stratégiques

Le journaliste devait certainement savoir qu’à l’époque, le général Franco pensait faire du Sahara un État indépendant au service de son pays. Cette volonté trouvait écho auprès de deux autres militaires, les colonels Kadhafi de Libye et Boumediene d’Algérie. Chacun des trois planifiait de se servir de cette région pour ses propres objectifs de domination et de puissance. Ils étaient des alliés objectifs pour empêcher toute réintégration du Sahara au Maroc. L’organisation de la marche verte par le Maroc en 1975 allait inverser les rapports de force et créer sur le terrain une nouvelle donne qui a fait échec à leurs prétentions.

Par la suite, l’envoyé spécial évoque sans précaution cette république sahraouie, entité créée de toutes pièces par l’Algérie de Boumediene après son cuisant échec d’imposer ses vues sur ce dossier. Auto-proclamée en 1976, sans processus référendaire ni consultation populaire, cette république n’est pas reconnue par l’Organisation des Nations unies et la majorité des États du monde. Elle fut admise par effraction à l’Organisation de l’unité africaine en 1984 avec l’appui sonnant et trébuchant d’Alger. Elle est depuis devenue un boulet qui handicape d’abord la diplomatie algérienne et perturbe ensuite l’Afrique dans toutes les rencontres internationales.

On ne peut donc qu’être d’accord et donner raison à notre journaliste quand il affirme que le conflit saharien est un conflit de faible intensité qui n’intéresse plus grand monde. Au Maroc, on ne le sait que trop, car il cessera de lui-même le jour où l’Algérie ne le financera plus. Seulement, quand notre journaliste souligne que le polisario exerce son autorité sur 20% du territoire saharien, il se trompe, et le pire, c’est qu’il trompe aussi son lecteur. Par cette désinformation, il ne fait que reprendre le narratif officiel algérien, sans aucune précaution d’usage. En réalité, ce sont les impératifs stratégiques qui ont dicté au Maroc de laisser cette zone tampon pour éviter tout frottement avec l’armée algérienne.

Le journaliste se trouve également dans le tort quand il évoque ces populations qui nomadisent dans la zone tampon qu’il qualifie, abusivement, de terres libérées. Il avance le nombre fantaisiste de 173.000 personnes qui vivent dans les camps, chiffre sujet à caution par plusieurs organisations internationales. Le Programme alimentaire mondial évoque quant à lui moins de cent mille individus, alors que d’autres l’estiment moins faute de recensement. Sur quelle base s’est-il donc appuyé pour avancer ce nombre, alors que l’Algérie refuse l’identification des populations que lui recommande, avec insistance, le Conseil de sécurité ?

Faute d’arguments, l’envoyé versera par moments dans un sentimentalisme béat. Il évoque de nouveau ce berger rencontré qui a perdu tous ses moutons, écrit-il, suite aux bombardements qui ont visé ses troupeaux. Des moutons au Sahara où, normalement, on a affaire à des chameaux ? Ont-ils tous été réellement massacrés comme il le prétend ? Pas un n’a survécu à ce massacre de masse d’animaux innocents ? Notre journaliste est sûr de lui. Tous les moutons sont morts. Et, ajoute-t-il en deuxième position, des civils aussi, pour noircir davantage le tableau tant qu’à faire. Il rapporte qu’à la fin de l’année dernière, le polisario recensait 120 décès liés aux frappes des drones marocains.

À partir de ces faits, il nous décrit les moyens militaires que le Maroc met en œuvre pour se défendre. Il cite les statistiques, le matériel et les fournisseurs, ainsi que les capacités mises en place pour défendre le territoire national. Aucune référence n’est faite à l’armée algérienne qui, faut-il le lui rappeler, occupe le 25ᵉ rang mondial avec 610.000 soldats et un budget de défense de 25 milliards de dollars pour la seule année 2025, soit 5,6% du PIB national. Le récent épisode du drone malien abattu par cette armée devrait le faire réfléchir. Les risques, c’est qu’en cas d’écroulement du système militaire algérien, c’est le scénario libyen qui pourrait se répéter dans la région.

Notre envoyé spécial a donc effectué en Algérie une visite éclair, mais très bien encadrée. En filigrane, et à travers la lecture de son papier, on pressentait réellement qu’il n’avait pas les coudées franches et que sa liberté était bien restreinte. Les journalistes français craignent d’effectuer de tels séjours en Algérie parce qu’ils savent qu’ils seront suivis et épiés. On se souvient du séjour d’Antoine de Maximy, animateur de l’émission "J’irai dormir chez vous", diffusée en mars 2023. Ce globetrotteur cherchait à montrer la beauté des paysages et la simplicité des gens. À sa diffusion, l’émission a produit l’effet inverse à cause des harcèlements des autorités documentés dans le film. De Maximy fut, lui aussi, réellement encadré par les services, dès son arrivée jusqu’à son départ. Il n’est toujours pas prêt pour revenir et revivre cette même expérience.

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Le 18 avril 2025 à 13h16

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