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Le nouveau monde des services de santé

Les systèmes de santé traditionnels des pays de l'OCDE, qui sont en difficulté, s'efforcent de concilier les contraintes budgétaires et la demande croissante de qualité émise par les usagers. Pourtant, des alternatives existent.  

Le 7 août 2014 à 10h53

NEW YORK – Mais un autre système existe, largement pratiqué dans les pays plus pauvres qui n'ont pas les moyens de se doter d'hôpitaux de type occidental, centrés sur des services de santé suivant un modèle communautaire. Nous avons besoin de ces deux approches et nous devons réussir à les faire fonctionner conjointement. En effet, l'écart grandissant entre les promesses et la réalité des services de santé a créé un espace vacant, dans les pays développés et en développement, pour de nouveaux acteurs davantage préoccupés par les comportements sociaux que par la biologie.

Dans son article fondateur de 1996 publié par la "Harvard Business Review", W. Brian Arthur a formulé des distinctions importantes entre un système de services de santé défini par la planification, la hiérarchie et le contrôle, et un autre type de système caractérisé par l'observation, le positionnement et les organisations aplaties. Selon lui, le premier type de système se préoccupe des matériaux, de leur transformation et de leur optimisation. Il est principalement axé sur l'accès aux soins médicaux et fait face en général à des rendements décroissants.

En revanche, le second type de système est un monde réseauté de psychologie, de cognition et d'adaptation. Il peut accroître le rendement grâce à sa structure agile et à sa capacité de réponse à des besoins divers et localement déterminés. Il n'est tributaire des intérêts d'aucune industrie spécifique, et il complète plutôt qu'il n'entre en concurrence avec les systèmes de santé à coûts élevés. Il donne la priorité au bien-être, à un comportement sain et au mode de décision des choix de santé.

Cette dernière approche est particulièrement pertinente pour des maladies comme les cardiopathies, l'hypertension et le diabète, qui reflètent plus étroitement le comportement individuel, le contexte physique et les facteurs socio-économiques.

Voyons le cas du diabète. Quelques grandes compagnies pharmaceutiques se disputent un groupe fini de diabétiques en proposant de nouvelles formules, des améliorations marginales dans le contrôle de la glycémie, des prix compétitifs et des partenariats stratégiques avec les assureurs et les fournisseurs de soins de santé. Ces titulaires sont principalement chargés de défendre leur position sur le marché. Leurs activités ne s'étendent pas à l'aide destinée aux centaines de millions de personnes obèses présentant un risque de diabète, ni à ceux qui répondent mal aux traitements existants.

Mais la clé pour bien vivre avec le diabète est un bon régime nutritif, un mode de vie actif, une aide sociale et un encadrement adapté au mode de vie de chaque individu. Cette formule de base constitue également le fondement des efforts de prévention du diabète, ainsi que de la plupart des maladies chroniques. Et il profite aussi aux personnes en bonne santé.

En effet, les soins médicaux traditionnels représentent seulement une petite part (peut-être 20%) de notre qualité de vie et de notre espérance de vie, alors que le reste est déterminé par un comportement sain, des facteurs socio-économiques et par l'environnement physique. La prise en charge de l'épidémie mondiale de maladies chroniques exige de faire un sort à ces 80%, ce qui ne peut être laissé aux seules organisations traditionnelles des services de santé.

Au lieu de cela, plusieurs initiatives couronnées de succès, construites sur une infrastructure sociale existante, solutionnent des problèmes de santé connus et découvrent même de nouveaux problèmes. Cette nouvelle approche parmi les entreprises technologiques comme Omada Health, offre un encadrement de santé en ligne à domicile personnalisé pour les personnes présentant un risque de diabète. Des entreprises sociales, comme la Grameen Bank, élaborent des systèmes de services de santé basiques à faible coût grâce à ses réseaux de micro-financement. Et One Million Community Health Worker Campaign enseigne à des citoyens ordinaires une méthode pour fournir des soins dans leurs propres communautés, grâce aux leçons tirées de modèles similaires en Éthiopie, au Rwanda et ailleurs en Afrique sub-saharienne.

Les initiatives de services de santé de ce type peuvent être accélérées de manière pratique. Pour commencer, les dépenses nationales de santé dans l'ensemble de l'OCDE doivent arrêter de se concentrer presque exclusivement sur les soins médicaux et inclure les nouveaux venus qui peuvent fournir des améliorations aux services de santé. En outre, ces nouveaux venus doivent avoir accès aux données coûteuses et à l'infrastructure financière des systèmes traditionnels de services de santé. Les médecins et infirmières doivent être encouragés à travailler avec les nouveaux praticiens de santé et faire participer les intervenants externes comme les écoles, les entreprises alimentaires, les sociétés financières et les services sociaux. Enfin, un soutien accru est nécessaire à destination des groupes communautaires et des dispensateurs de soin, dans les familles, qui favorisent l'amélioration des services de santé.

Les autorités de santé occidentales prennent note. Le Service National de Santé de Grande-Bretagne au pays de Galles, par exemple, expérimente des pratiques communautaires semblables à celles utilisées au Brésil. La ville de New York, inspirée par les réseaux de santé en Afrique, étend ses réseaux de santé communautaires pour connecter les services disjoints de la ville.

Certes, la promesse des soins de santé traditionnels sera toujours convaincante aussi longtemps que le progrès technologique continuera d'améliorer l'infrastructure et les prestations des services de santé. Malgré cela, il y a beaucoup à apprendre d'une nouvelle génération de spécialistes de santé qui comprennent comment les individus prennent des décisions, comment une action collective crée un environnement plus sain et comment la bonne santé est une composante d'une vie meilleure.

En fin de compte, le nouveau monde des soins de santé a un potentiel illimité, parce que sa frontière passe par le lieu où nous vivons, travaillons et jouons, ce qui fait de chacun d'entre nous un expert et un innovateur en matière de soins de santé. En fin de compte, la bataille contre les maladies chroniques se gagnera ou se perdra à domicile.

© Project Syndicate 1995–2014

Par Rédaction Medias24
Le 7 août 2014 à 10h53

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