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Le renseignement sert aussi à faire la guerre

Dans le conflit en cours entre l’Iran et Israël, le rôle du renseignement est apparu crucial dans le déroulement des opérations. Les actions israéliennes d’espionnage à l’intérieur du territoire iranien ont été déclenchées bien avant la guerre effective.

Le 13 mars 2026 à 14h52

Il faut remonter au moins au début des années 2000, sous l’impulsion de l’ancien Premier ministre Ariel Sharon, pour voir les autorités israéliennes relever le danger iranien à une priorité stratégique absolue. C’est à partir de ce moment qu’Israël a redoublé d’efforts pour déverrouiller le système iranien de l’intérieur afin de connaitre ses points forts et ses faiblesses pour en venir, un jour, à bout.

Les services d’espionnage israéliens, dont le Mossad, ont fait de l’Iran le danger existentiel par excellence pour l’Etat hébreu. De leur côté, les responsables iraniens n’ont jamais caché leur volonté de détruire Israël, et de l’effacer de la carte s’ils le pouvaient. Cette animosité viscérale entre les deux pays a conduit à l’isolement de l’Iran par les pays occidentaux, et à l’imposition de sanctions économiques sévères qui ont hypothéqué gravement l’avenir du pays et de sa jeunesse. Du côté d’Israël, les services secrets et l’armée ont élaboré une politique ambitieuse pour infiltrer toutes les strates de la prise de décisions en Iran.

La première difficulté à relever était la distance qui sépare Israël de l’Iran, qui est de l’ordre de 2.000 kilomètres. Mener des actions dans un pays lointain nécessite une préparation militaire sophistiquée et une mobilisation des moyens humains, techniques et financiers d’envergure. On sait qu’Israël a l’habitude d’interférer dans les affaires des pays indépendamment de leur emplacement ou de leur distance. Cependant, cette fois-ci le temps compte, car le développement du programme nucléaire iranien inquiète au plus haut degré le gouvernement israélien. Il fallait alors agir rapidement pour l’anéantir ou, tout au moins, le retarder.

Les premières opérations israéliennes sur le sol iranien ont consisté à s’informer sur les intentions des responsables iraniens et plus particulièrement le programme nucléaire qu’ils développent. Des milliers de documents iraniens ont été volés et rapatriés en Israël pour être décortiqués et analysés. Les services de renseignements israéliens ont, par ailleurs, procédé à des recrutements d’envergure auprès des opposants politiques et des minorités en Iran. Toute une armée d’individus, opérant dans différents secteurs d’activités, ont été engagés pour observer les déplacements des responsables, et récupérer toute information sur leurs activités susceptibles d’être d’intérêt. En outre, l’usage des dernières technologies pour tracer la présence et les déplacements des personnalités iraniennes a donné à Israël une avance que le contre-espionnage iranien n’a pu détecter. 

La guerre et l’usage du renseignement sur le terrain

C’est en fonction des éléments collectés et des cibles identifiées qu’Israël a initié en juin dernier sa première guerre directe contre l’Iran, qui a duré douze jours. Les objectifs visés étaient la destruction des installations nucléaires iraniennes, des systèmes de défense et des lance-missiles. Durant les mêmes attaques, Israël a éliminé physiquement les responsables les plus impliqués dans le programme nucléaire. Des dizaines de hauts gradés ont été assassinés avec des méthodes parfois relativement simples, comme le suivi de leurs gardes du corps grâce à leurs téléphones portables. Ces failles sécuritaires avaient révolté le guide suprême Ali Khamenei, qui a lui-même payé de sa vie lors de l’attaque américano-israélienne.

Par les deux récentes guerres directes contre l’Iran, Israël a démontré que la guerre, avant d’être celle des armes, est d’abord une affaire de renseignements, d’intelligence et de connaissance de l’ennemi. Et dans ce domaine, Israël a une longueur d’avance par rapport à tous ses adversaires qui constatent que leurs services d’intelligence et de contre-espionnage sont loin de rivaliser avec ceux d’Israël. Si Israël frappe ses cibles avec une telle aisance en Iran, c’est qu’il a pu installer dans ce pays une armée de collaborateurs qui lui ouvre l’accès et lui facilite la tâche.

Certains informateurs iraniens qui collaborent avec les Israéliens sont souvent issus des minorités ou des réfugiés vivant dans le pays, ou alors des opposants qui en veulent au système des Mollahs. Ils sont parfois amadoués par des agents israéliens par de l’argent ou des promesses de toutes sortes, comme leur faciliter l’accès aux soins, ou octroyer des bourses d’études pour leurs enfants. Tout semble bon à prendre quand on est nécessiteux ou révolté dans un pays où manque les libertés et les opportunités pour s’épanouir. Le risque, c’est qu’en cas d’arrestation par les autorités iraniennes, la collaboration avec l’ennemi mène inéluctablement à de lourdes peines et parfois même à la pendaison.

Pourtant, c'est à travers de telles collaborations que les services secrets israéliens ont pu modifier les caméras installées dans les rues de Téhéran pour transmettre instantanément les images et retracer les trajets habituels des responsables iraniens C’est vraisemblablement à travers ces mêmes dispositifs que le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, a été assassiné par les services israéliens en juillet 2024.

Les autorités iraniennes n’ont pas tiré les leçons de cette défaillance pour renforcer la sécurité de leurs responsables. Lors de la récente attaque américano-israélienne, l’audace des services israéliens est allée jusqu’à l’usage d’une application locale d’appel à la prière pour passer des messages à des millions d’Iraniens. L’objectif visé était de démoraliser les troupes, et pousser les Iraniens à la révolte. Parmi les messages diffusés, on pouvait lire le suivant : le secours est arrivé et l’heure de vengeance a sonné.

En cumulant suffisamment d’indices sur les dirigeants iraniens, leurs mouvements, leurs habitudes et leurs entourages, et en interceptant leurs communications tout en traquant leurs routines et leurs déplacements, Israël a localisé ses cibles avec précision avant d’actionner ses frappes conjointement avec les forces américaines. L’analyse de toutes les informations recueillies, facilitée par les nouvelles technologies modernes, a aidé à identifier les faiblesses des forces iraniennes, et à anticiper leurs réactions. Cela a permis à la coalition américano-israélienne de mieux appréhender les intentions de ses adversaires et d’agir en conséquence.

On se demande dès lors pourquoi les services de renseignements israéliens ne sont efficaces que lorsqu’il s’agit d’adversité, et sont moins performants quand il s’agit de bâtir la paix avec leur voisinage. Tous les services de renseignements du monde coopèrent entre eux et échangent des informations pour réduire les dangers et les tensions. Il leur arrive de jouer des rôles officieux et discrets pour aider à la détente et à la concorde entre les nations. Ce genre de coopération en temps de paix permet l’ouverture de canaux informels pour négocier des sorties de crise loin de toute pression publique.

C’est cet horizon politique qui manque aux services de renseignements israéliens au Moyen-Orient qui montrent souvent un visage belliqueux. Depuis sa naissance, Israël a pris l’habitude d’exercer un renseignement martial, sans prévoir des perspectives politiques de paix. Ses services provoquent souvent les conflits et éliminent les adversaires pour éviter de négocier un jour avec eux. De l’autre côté, les services iraniens ont, eux aussi, une vision expansionniste dans la région et au-delà. Depuis l’avènement de la République islamiste, ils ont mené des attentats terroristes, armé des opposants et miliciens de toutes nationalités, et essayé de répandre, au-delà de leurs frontières, leur idéologie chiite.

On ne sait pas comment la guerre en cours entre l’Iran et la coalition américano-israélienne finira. Au cas où elle se prolonge plus que ce qu’il en faut, elle risquerait de mener la région vers une déstabilisation prolongée et le monde vers une récession économique profonde.

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Le 13 mars 2026 à 14h52

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