Le retour du journalisme
OXFORD – L’industrie des médias, dont la santé a été chancelante pendant de longues années, semble peu à peu se remettre. Selon le rapport Digital News Report 2018 – l’étude comparative globale et exhaustive sur la consommation d'actualités en ligne dans le monde – les abonnements sont en hausse et la confiance des utilisateurs s’est stabilisée. Pour une industrie tant vilipendée, ces modestes gains représentent un progrès substantiel.
Certes, les médias ne sont pas tirés d’affaire pour autant. Ce rapport de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme montre que 44 pour cent seulement des personnes interrogées croient ce que publient les médias à la réputation bien établie. Ce chiffre correspond toutefois à une progression d’un point de pourcentage par rapport à l’an dernier, laissant penser que le manque de confiance envers l’industrie a cessé de s’aggraver ou même qu’il diminue.
D’autres études sont encore plus optimistes. Le baromètre de confiance établi par l’agence Edelman indique que les journalistes ont regagné en crédibilité et que la confiance moyenne envers le journalisme traditionnel et en ligne est au plus haut point depuis sept ans, des résultats qui ont incité cette agence à déclarer que «le retour des experts» était imminent.
S’il est sans doute trop tôt pour que les responsables des médias crient victoire, ces signes sont encourageants pour une industrie dont la réputation a été autant malmenée ces dernières années.
La polarisation politique a rendu les gens méfiants des supports médiatiques qui ne partagent pas leurs opinions, en même temps que les réductions de coûts dans les rédactions ont dégradé la qualité des informations proposées. Il semble toutefois, comme le suggèrent ces nouveaux chiffres, que les journalistes ont trouvé le moyen de relever ces défis.
La tendance la plus révélatrice du Digital News Report de cette année est peut-être la méfiance croissante des utilisateurs envers les informations partagées via les médias sociaux.
L’étude montre par exemple que 23 pour cent seulement des personnes sondées ont confiance dans les informations trouvées sur les médias sociaux et 34 pour cent seulement d’entre elles croient aux informations trouvées grâce aux moteurs de recherche. Ces chiffres devraient sans doute inquiéter Google, Facebook et d’autres géants du secteur dont les activités dépendent tout autant de la confiance des internautes que celles des médias traditionnels.
Alors que les plateformes numériques comme Facebook trébuchent, plusieurs médias traditionnels ont trouvé leurs marques, comme l’atteste la hausse des abonnements.
Sur les 74.000 personnes interrogées, 14 pour cent ont indiqué avoir payé pour des informations en ligne au moins une fois au cours de l’année écoulée, avec une moyenne approchant 30 pour cent dans les pays nordiques.
Aux États-Unis, les attaques du président Donald Trump contre ce qu’il appelle les médias des «fake news» ont incité plus de personnes que jamais auparavant à soutenir un journalisme indépendant. En 2016 par exemple, 9 pour cent seulement des Américains avaient payé pour des contenus journalistiques en ligne, contre 16 pour cent en 2017, un chiffre resté stable cette année.
Même dans des pays comme le Royaume-Uni, qui ne manque pas de sites d’actualité en ligne gratuits, les gens investissent dans des informations de qualité. Le choix fait par le quotidien britannique The Guardian de conserver l’accès gratuit à son site en ligne, tout en donnant aux lecteurs la possibilité de faire des contributions volontaires, lui a permis de redresser sa situation financière.
Les jeunes se situant sur la gauche de l’échiquier politique sont les plus enclins à payer pour des informations en ligne, dans presque tous les pays couverts par l’étude.
Certains critiques affirment que l’accès payant à des sites d’informations va à l’encontre de l’esprit originel de l’internet comme espace de libre échange d’idées, de nouvelles et d’informations. Rendre les meilleures histoires uniquement accessibles par abonnement, disent-ils, donnera naissance à des informations de second ordre pour des citoyens de seconde zone.
Ce point de vue ignore cependant trois points clés. Tout d’abord, le nombre de personnes connectées qui n’ont pas les moyens de payer pour des informations est sans doute extrêmement faible; être prêt à payer est davantage une question de priorités en matière de dépenses. Par ailleurs, payer pour ce qui est perçu comme ayant de la valeur contribue à lui en donner, un fait illustré par les contributions volontaires par rapport à l’approche purement transactionnelle.
Enfin, pour les individus qui ne sont réellement pas en mesure de payer, il existe des options viables qui permettent à des foyers à faible revenu d’accéder à un journalisme de qualité. Par exemple, les régimes fiscaux pourraient être réformés pour rendre la pratique du journalisme plus abordable et des financements de la part de fondations ou des gouvernements pourraient contribuer à la programmation de médias publics.
Lorsque les lecteurs sont prêts à payer pour un contenu, les journalistes sont incités à fournir un produit de qualité. Ils portent un œil critique sur leur travail, vérifient strictement les faits, innovent, enquêtent et réduisent autant que possible les contenus sensationnalistes bon marché qui envahissent de nombreux médias sociaux. Mieux encore, ces tendances se renforcent mutuellement: plus le journalisme est de qualité, plus les lecteurs lui attachent de l’importance.
Cela faisait longtemps que l’industrie des médias n’avait pas eu l’occasion de rendre compte de bonnes nouvelles la concernant. Et maintenant que c’est le cas, il est impératif que nous déployions plus d’efforts que jamais pour amplifier la tendance à la qualité, la crédibilité et la viabilité financière.
© Project Syndicate 1995–2018
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