Le Venezuela dans le point de mire de Washington
Ces derniers mois, et plus particulièrement ces derniers jours, on ne parle aux Etats-Unis que de la force militaire du pays, de sa puissance offensive et du renforcement de ses capacités guerrières pour mener plusieurs conflits à la fois s’il le faudrait.
Le président américain Donald Trump est devenu un chef de guerre qui veut équiper ses armées des meilleurs armements, dont de nouveaux porte-avions et des sous-marins nouvelle génération entre autres. Il lui a même garanti un budget jamais égalé dans l’histoire du pays de 900 milliards de dollars pour l’année 2026.
Dans une grande partie de ses sorties face à la presse, le président américain fait une forte fixation sur le Venezuela et son président Nicolas Maduro qui lui tient toujours tête. Vendredi dernier, lors d’une interview, il n’a pas écarté la possibilité d’une guerre directe pour l’évincer du pouvoir.
Quant à son chef de diplomatie Marco Rubio, il a déclaré que le statu quo avec Caracas est devenu intenable. Washington, après avoir lancé plusieurs opérations en pleine mer contre des vedettes vénézuéliennes transportant, selon ses dires, de la drogue, a commencé à arraisonner directement des navires pétroliers, poussant la confrontation à un degré jamais égalé par le passé.
Trump avait lui-même annoncé l’instauration d’un blocus total contre des pétroliers sous sanctions qui se rendent ou partent du Venezuela. Il n’a pas exclu également de mener une guerre contre le gouvernement vénézuélien s’il continue à s’opposer aux intérêts américains.
Il ne s’agit pour le moment que de menaces qui ne sont traduits que par des attaques aériennes épisodiques contre des embarcations transportant, selon les accusations américaines, de la drogue, ou la saisie de certains navires pétroliers. Mais la situation est devenue tellement tendue que les risques de confrontation directe sont devenus très élevés.
Les termes utilisés par le président américain le 16 décembre dernier témoignent de l’aggravation de la situation entre les deux pays. Sur son réseau Trust social, il a posté un message soulignant qu’il a ordonné un blocus total et complet de tous les pétroliers sanctionnés, accusant directement le président Maduro d’utiliser le pétrole pour financer le narco-terrorisme, la traite des êtres humains, les meurtres et les enlèvements, une liste non exhaustive qui en dit long sur les intentions des Américains. De graves accusations qui démontrent que Washington cherche à accentuer l’isolement du régime vénézuélien, et à le pousser vers ses derniers retranchements pour le mettre au pied du mur.
Toutes les accusations américaines, anciennes comme récentes, nous rappellent étrangement la politique de l’autre président républicain George W. Bush à l’égard de l’Irak de Saddam Hussein.
En 2003 et de la même manière, il l’accusait de posséder des armes de destruction massive dans une large opération de manipulation de l’opinion américaine et internationale. Son objectif était de préparer les esprits pour envahir l’Irak, changer sa gouvernance et s’accaparer ses ressources pétrolières et ses richesses.
Aujourd’hui, et à la différence de l’Irak, le Venezuela est situé dans le continent américain, et toute agression militaire risque d’avoir des conséquences incalculables directes sur les Etats-Unis et les pays voisins.
De son côté, le président Vénézuélien Maduro a réfuté toutes les accusations et a qualifié la saisie de navires pétroliers de piraterie américaine en pleine mer. Il s’est adressé au peuple américain directement, et en anglais, pour lui dire « no war for oil, no blood for oil », histoire de rappeler les raisons qui motivent réellement l’administration Trump.
Pour lui, toutes les accusations américaines sont des « fake news », des prétextes et des mensonges, pour déposséder le pays de ses ressources énergétiques, et mettre en place un autre gouvernement docile favorable aux intérêts de Washington.
Il faudrait rappeler que par le passé les relations entre ces deux voisins étaient normales et ne posaient pas de problèmes aussi graves que ceux qui prévalent depuis l’arrivée de l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez au pouvoir en 1999.
Celui-ci se réclamait du socialisme de Simon Bolivar, le libérateur de toute la région, y compris le Venezuela, au début du 19ᵉ siècle. On lui attribue le fait d'avoir mené une centaine de batailles pour chasser les Espagnols et d’avoir parcouru à cheval dix fois plus de kilomètres qu’Hannibal, trois fois plus que Napoléon et deux fois plus qu’Alexandre le Grand. Se référer à ce monument historique ne pouvait que flatter le nationalisme des Vénézuéliens et inquiéter Washington de la nouvelle tournure que prend ce pays.
Depuis lors, les États-Unis sont devenus l’ennemi central dans les discours officiels des responsables vénézuéliens. Ceux-ci dénoncent, à tout vent, l’impérialisme américain, contestent l’ordre mondial libéral, et s’opposent frontalement aux intérêts de Washington dans la région comme de par le monde.
De leur côté, les États-Unis perçoivent les nouveaux dirigeants vénézuéliens comme un facteur de déstabilisation régionale qui s’ajoute au défi cubain, et un défi qui, à défaut de l’éliminer totalement, doit être au moins contenu.
Cette hostilité est devenue avec le temps un outil de légitimation du pouvoir en place au Venezuela qui sert à camoufler ses échecs de développement au plan interne. Les tensions diplomatiques, les accusations d’ingérence, et la dénonciation du blocus économique lui rendent bien des services pour consolider son pouvoir face à l’opposition interne.
Conscients des difficultés économiques et des pénuries que supportent les citoyens vénézuéliens au quotidien, les États-Unis ont depuis accentué leur pression sur Caracas par une politique graduelle qui a commencé durant le premier mandat de Trump.
Depuis le retour de ce dernier au pouvoir, Washington veut rendre la vie intenable au gouvernement Maduro, en espérant ainsi précipiter sa chute. Pour aboutir à cette fin, Washington cherche d’abord à asphyxier l’économie vénézuélienne de ses intrants en devise qui proviennent de ses exportations pétrolières ou de ses divers trafics illégaux.
Washington avait autrefois fortement tablé sur les élections vénézuéliennes de 2019 pour favoriser la défaite du gouvernement en place dans l’espoir d’éviter tout conflit armé qui risque de dégénérer en déflagration régionale.
Son choix était porté sur l’opposant Juan Guaido, ancien président de l’Assemblée Nationale pour éliminer, démocratiquement cette fois-ci, le système imposé par Chavez et Maduro. Les Américains pariaient naïvement sur un effondrement rapide du régime par le truchement des urnes, et sous l’effet combiné des sanctions, de l’isolement diplomatique, et de la pression interne. Ce scénario, qui paraissait à l’époque le plus idoine, ne s’est pas réalisé comme les Américains l’avaient souhaité.
A l’opposé, cette tentative de procéder au changement du système vénézuélien de l’intérieur par l’entremise des élections a provoqué le durcissement du pouvoir en place. L’idéologie anti-américaine s’est donc renforcée au sein de la classe dirigeante qui a procédé, plus que par le passé, à réprimer les opposants et à obliger d’autres à choisir l’exil.
En outre, elle a mené au renforcement des alliances entre Caracas et tous les adversaires déclarés ou non de Washington, à commencer par la Russie, la Chine, Cuba, l’Algérie et l’Iran. Cet échec de Washington n’a fait que cimenter le gouvernement en place, tout en affaiblissant l’opposition interne à travers le développement d’une rhétorique nationaliste poussée à l’excès.
Dès son retour au pouvoir, Trump avait reproché à son prédécesseur Biden de n’avoir pas pu être plus ferme contre le régime vénézuélien, et d’avoir privilégié le dialogue discret et les négociations indirectes pour apaiser des relations bilatérales déjà chancelantes, sans cependant enregistrer de succès notable.
Pour Trump, le statu quo semble aujourd’hui intenable vu la conjoncture internationale et son désir de redessiner les contours de sa politique régionale pour mieux gérer les autres défis internationaux.
La récente publication de la nouvelle stratégie sécuritaire américaine, dans laquelle Washington remet au goût du jour la doctrine Monroe, vient confirmer cette volonté de ne plus autoriser sur le continent un gouvernement qui s’oppose ouvertement à ses intérêts.
Aujourd’hui les relations entre les États-Unis et le Venezuela ne sont plus seulement une affaire de guerre idéologique entre deux systèmes politiques différents, voire opposés. Elles sont la conséquence d’un rapport de force établi depuis longtemps mais gelé en attendant son dénouement d’une manière ou d’une autre.
Les rapports de force entre une superpuissance qui cherche à imposer son emprise sur la région, et une puissance moyenne qui défend à sa manière son indépendance, sont arrivés à l’exaspération. L’un est sûr de sa puissance économique et militaire, mais l’autre est convaincu de son droit à défendre sa souveraineté et son honneur même au détriment de sa propre population.
Les joutes qui se sont déroulées cette semaine au Conseil de sécurité de l’ONU sur le Venezuela reflètent parfaitement cet état de tension. Pour le représentant permanent vénézuélien, les États-Unis agissent en dehors du droit international en exigeant qu’on leur cède le pays. Et, comme d’habitude, il a trouvé auprès de la Russie et de la Chine un soutien total à la position de son pays.
Quant à son collègue américain, il a réaffirmé que Washington fera tout ce qui est en son pouvoir pour protéger la région et défendre ses frontières contre les menaces en provenance du Venezuela.
Les États-Unis, qui viennent de porter leur récompense à 50 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation du président Maduro, démontrent par là qu’ils n’ont pas l’intention de lâcher l’affaire ou de baisser la garde. Leur objectif demeure toujours le même, à savoir le changement du système politique vénézuélien rapidement et à n’importe quel coût.
à lire aussi
Article : Éducation : le Maroc renforce sa coopération avec l’université chinoise Beihang
Le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a signé vendredi 17 avril 2026 à Rabat une convention de partenariat avec l’université chinoise Beihang University, visant à renforcer la coopération bilatérale en matière d’enseignement, de recherche scientifique et d’innovation technologique.
Article : Agents de gardiennage : vers la fin des journées de 12 heures payées seulement 8
Le gouvernement, en concertation avec les partenaires sociaux, veut corriger une situation persistante en revoyant le cadre légal applicable aux amplitudes horaires dans la sécurité privée.
Article : Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse
Né de la douleur, de la perte et du besoin de garder vivant le souvenir de sa mère, le nouveau film de Maryam Touzani se veut un hommage à la renaissance. Dans les rues de Tanger, la réalisatrice nous confie son souhait de transformer la vieillesse en un privilège et de faire de la fiction un espace de liberté pour filmer la persistance de l'être et l'amour de la vie.
Article : Race to the bunkers: Algiers rattled by the FAR’s technological rise
Satellite images circulating on social media point to unusual activity across the border. The Algerian army appears to be stepping up the construction of underground structures, underscoring its concern over the precision of Moroccan strike systems.
Article : Mondial 2030. Où en sont les chantiers des stades de Casablanca ?
Casablanca accélère la modernisation de ses infrastructures sportives à l’approche de la Coupe du monde 2030. Plusieurs stades emblématiques de la ville font l’objet de projets de réhabilitation ou de reconstruction, avec des investissements importants mobilisés. Round-up.
Article : Sahara : malgré ses efforts, Alger se heurte à une ligne américaine inchangée
En marge de l’Antalya Diplomacy Forum, en Turquie, le ministre des Affaires étrangères algérien et le haut conseiller du président américain pour le monde arabe et l'Afrique ont échangé autour de plusieurs "sujets d'actualité", dont le Sahara. Mais derrière les formules convenues du texte algérien, l'appui américain à l'intégrité territoriale du Maroc demeure clair et inchangé. Relevant depuis décembre 2020 de la logique de la continuité étatique, la position de Washington s'inscrit désormais dans la durée, indépendamment des alternances politiques internes ou des efforts diplomatiques engagés par Alger. Analyse.