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L'économie mondiale en 2014

Le créateur du Forum économique mondial de Davos livre sa vision de l’économie mondiale en 2014. Selon Klaus Schwab, pour renouer avec la croissance, nos sociétés doivent être plus entreprenantes, plus paritaires et plus ancrées dans l’inclusion sociale.    

Le 15 janvier 2014 à 11h50

GENÈVE – A l'aube d'une année nouvelle, le monde est au centre de plusieurs transitions majeures. Les modèles de croissance économique, le paysage géopolitique, le contrat social qui oblige les personnes et l'écosystème de notre planète, traversent tous des transformations radicales et simultanées qui engendrent l'anxiété et dans de nombreux endroits, la tourmente.

D'un point de vue économique, nous entrons dans une ère d'attentes revues à la baisse et d'incertitude accrue. En termes de croissance, le monde devra vivre avec moins de ressources. Pour comprendre les implications de ce phénomène, il faut examiner les points suivants : si l'économie mondiale progresse à son rythme d'avant la crise (plus de 5% par an) dans un avenir prévisible, sa taille va doubler en moins de 15 ans. A 3%, le doublement du PIB mondial devrait prendre environ 25 ans.

Cela représente une différence importante sur la vitesse de création des richesses. Cela entraîne aussi des effets profonds sur les prévisions. Nous ignorons l'influence de l'intérêt composé à notre détriment.

Quant à l'incertitude, les quatre plus grandes économies du monde connaissent actuellement des transitions majeures. Les États-Unis s'efforcent de stimuler la croissance dans un environnement politique fracturé. La Chine passe d'un modèle de croissance fondé sur l'investissement et les exportations à modèle de stimuler par la demande interne. L'Europe se bat pour préserver l'intégrité de sa monnaie commune tout en résolvant une multitude de questions institutionnelles complexes. Et le Japon tente de lutter contre deux décennies de déflation par des mesures monétaires agressives et non conventionnelles.

Pour chacun de ces pays, la formulation et le résultat de décisions politiques complexes et sensibles implique de nombreuses «inconnues», dont l'interdépendance mondiale augmente le risque de lourdes conséquences imprévues. Par exemple, la politique de la Réserve fédérale américaine d'assouplissement quantitatif a eu un effet déterminant sur les monnaies des autres pays, sur les flux de capitaux et sur les marchés émergents.

Quand l'assouplissement quantitatif a été lancé, il était la moins imparfaite des mesures disponibles et il a évité une dépression mondiale catastrophique. Mais ses inconvénients sont maintenant évidents et sa réduction en 2014 pourrait provoquer davantage d'incertitude.

Les mesures d'assouplissement quantitatif de la Fed, ainsi que ses variantes dans d'autres pays, ont fait gonfler de façon spectaculaire les bilans des principales banques centrales (de 5 à 6 trillions de dollars avant la crise à près de 20 trillions de dollars aujourd'hui). Cela a poussé les marchés financiers à devenir accros à l'argent facile. Cela a conduit à une course mondiale au rendement, à l'inflation artificielle du prix des actifs et à des détournements de fonds.

En conséquence, plus l'assouplissement quantitatif dure, plus lourds sont les dommages collatéraux sur l'économie réelle. Le problème est maintenant que si la Fed commence à diminuer l'assouplissement quantitatif et que les liquidités en dollars quittent les marchés mondiaux, les problèmes et les déséquilibres structurels vont refaire surface. Après tout, les réformes pour renforcer la compétitivité dans de nombreuses économies avancées sont loin d'être terminées, alors que le taux de la dette publique et privée totale de ces pays par rapport au PIB est maintenant 30% plus élevé qu'avant la crise.

Cette source d'incertitude coïncide avec les performances en baisse de nombreux pays émergents. En 2007, on s'attendait à une croissance des marchés émergents supérieure à celle des économies avancées d'une large marge, avant la convergence. Aujourd'hui, les économies avancées contribuent davantage à la croissance du PIB mondial que les pays émergents, où la croissance devrait s'établir en moyenne à 4% dans les années à venir.

Les conditions économiques s'améliorent lentement dans les pays à revenus élevés, mais une série de pressions à la baisse peuvent persister pendant des années. L'économie des États-Unis par exemple, reste coincée dans une reprise inférieure à la moyenne : l'inflation est trop faible et le chômage est trop fort. Les chiffres officiels ont souvent été meilleurs que prévu, reflétant la résilience, l'adaptation et l'innovation de l'économie américaine. Mais les dépenses des consommateurs et la croissance des modèles d'avant la crise ne sont pas susceptibles de se reproduire.

Les améliorations de la zone euro sont réelles mais fragiles. La bonne nouvelle est que la catastrophe prévue par de nombreux experts a été évitée et que la récession touche à sa fin. Mais amélioration ne veut pas dire reprise : la réalisation de la croissance robuste nécessaire pour réduire le chômage élevé, pour réduire le taux de la dette par rapport au PIB et pour améliorer les perspectives budgétaires reste insaisissable. Le plus grand risque pour la zone euro dans un avenir proche n'est pas la sortie chaotique de certains pays, mais plutôt une période prolongée de stagnation et de chômage fort.

Pendant ce temps, le ralentissement des marchés émergents pourrait bien persister, en particulier dans les plus grandes économies. Au cours des 15 dernières années, les pays du Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont effectué des progrès remarquables, mais leurs réformes, y compris les nouvelles réglementations bancaires et les régimes de change, ont été parmi les moins difficiles à mettre en œuvre.

Les soi-disant réformes de deuxième génération, de nature plus structurelle, sont essentielles à la croissance à long terme, mais beaucoup plus difficiles à réaliser. L'élimination des subventions, les réformes marché du travail et judiciaires et des mesures efficaces de lutte contre la corruption sont politiquement lourdes et souvent stoppées par de puissants groupes d'intérêts.

Le ralentissement de la croissance mondiale se déroule dans un contexte de hausse des inégalités économiques, en raison de la baisse de la part du revenu national consacré à l'emploi - un phénomène mondial, résultant de la mondialisation et du progrès technologique, qui pose un sérieux défi aux décideurs politiques. Les systèmes qui propagent l'inégalité, ou qui semblent incapables d'enrayer sa progression, contiennent les germes de leur propre destruction. Mais dans un monde interdépendant il n'y a pas de solution évidente, car la grande mobilité des capitaux alimente une concurrence fiscale mondiale.

Même dans les pays les plus performants comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni, la croissance plus rapide du PIB n'a pas encore relancé les revenus réels. Aux États-Unis par exemple, le revenu médian des ménages a chuté de plus de 5% depuis le début de la reprise. D'une manière plus générale, la croissance plus faible entretient la contestation de l'opinion publique et les troubles sociaux, notamment dans les pays qui ont connu une croissance rapide (par exemple, le Brésil, la Turquie et l'Afrique du Sud), en raison de l'impact d'un niveau de vie en hausse par rapport aux prévisions.

Dans un tel contexte social et politique chargé, une relance de haute qualité de la croissance économique est essentielle. Mais d'où est-elle censée venir ? Le progrès technologique est une possibilité très probable, mais très incertaine. Beaucoup de technologies de rupture (par exemple, la robotique de pointe, la génomique de prochaine génération, le stockage d'énergie, les énergies renouvelables et l'impression 3D) pourraient stimuler la croissance future, mais leur plein potentiel ne pourra être réalisé que dans un avenir lointain.

Avec la plupart des gouvernements confrontés à des contraintes budgétaires, les fonctionnaires sont réticents à examiner les projets susceptibles d'augmenter la dette publique. Mais il existe quelques objectifs atteignables : des investissements productifs qui stimuleraient la croissance à long terme et pourraient donc payer par eux-mêmes. Une insistance sur quatre domaines en particulier (les infrastructures, l'éducation, l'énergie verte et l'agriculture durable) pourrait avoir des retombées économiques et sociales.

Pourtant en fin de compte, le chemin de la croissance durable a besoin non seulement de nouvelles mesures, mais aussi d'un nouvel état d'esprit. Nos sociétés doivent être plus entreprenantes, plus axées sur l'établissement de la parité entre les sexes et plus ancrée dans l'inclusion sociale. Il n'y a tout simplement pas d'autre moyen pour remettre l'économie mondiale sur la voie d'une croissance forte et durable.

© Project Syndicate 1995–2014

Par Rédaction Medias24
Le 15 janvier 2014 à 11h50

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