Yasmine Chami
Agrégée de sciences sociales - Écrivain Actes SudL’endroit et l’envers : Shoah, Nakba et la voie de la justice
Réponse à une amie juive, participante au forum d'Essaouira – auquel j'ai décidé de ne pas me rendre parce que les termes n'étaient pas acceptables –, qui s'interroge sur l’endroit et l’envers de ce que beaucoup nomment pudiquement la "question palestinienne".
L’endroit c’est une terre où vivaient des personnes qui ont été spoliées… déportées dans des camps de réfugiés… privées de leur histoire et de leur maison, de leurs oliviers, de leurs villages et villes. La Nakba.
Le sionisme n’imagine pas le droit de ce peuple sur sa terre. Il conçoit le droit exclusif des Juifs. La spoliation est comprise comme légitime. Naturelle. Inévitable si on écoute les premiers dirigeants d'Israël. Golda Meir, la quatrième Première ministre d'Israël, a eu un passeport palestinien.
Les Juifs d'Europe ont été accueillis par les Palestiniens qui n'ont jamais imaginé une telle dépossession.
De l'autre côté, l'envers, les rescapés fuyant l’Europe. Fuyant le génocide en Europe.
La souffrance et la perte radicale en héritage. Mais également le précieux bagage éthique du judaïsme. Aujourd'hui, cette folie de la possession de toute la terre et de son expansion a totalement abîmé le précieux bagage éthique du judaïsme. Une folie qui conduit au crime de génocide. À l'envers. L’endroit, c'est la Shoah.
L’endroit, c'est ne pas se croire tout permis au nom d'une souffrance terrible, mais de porter cette souffrance comme une injonction renouvelée à l’humanité commune. Ne pas utiliser les souffrances de ses ancêtres pour justifier l’ignominie et le crime. Les anciens déportés dont la voix est couverte par celle du gouvernement d'Israël le rappellent sans cesse : pas en notre nom.
J'étais à Gorée cette semaine. Ce qu'ont souffert les Africains… Mères et enfants séparés. Déportation. Esclavage. 300 ans de souffrances inouïes. Le racisme toujours… puis la colonisation. Puis le néocolonialisme. La prédation encore et encore. Des morts par dizaines de millions.
Le guide, dont les ancêtres ont été transportés comme des bêtes dans les cales des bateaux de Blancs, a parlé de pardon.
C'est à l'Europe que les Juifs d'Europe doivent pardonner s'ils le peuvent. Mais pas en réécrivant l'histoire, en la défigurant, en s'inventant un ennemi commun, en massacrant femmes, hommes, enfants de la Palestine depuis 70 ans.
Le sionisme a défiguré le judaïsme, comme le dit Étienne Balibar.
Rien ne sera possible sans la reconnaissance complète et irréversible du crime d'Israël vis-à-vis des Palestiniens. Le crime de dépossession et de génocide. La tentation de l’effacement d'un peuple dans un terrible retournement. Un peuple bouc émissaire.
Sacrifier les enfants de Palestine. Mutilés. Brûlés vifs dans leurs tentes de fortune. Orphelins. Déportés. Rendus apatrides. Voilà le crime d'Israël dont le monde est témoin.
Il va falloir le reconnaître pour avancer. Pleinement. Penser la réparation. Si une réparation est encore possible !
Ouvrir l’avenir par la pleine reconnaissance de l'injustice et du crime.
Il n’y a pas d'autre voie que celle de la justice et de la justesse pour rompre le cycle infernal de l’écrasement et de la colère dans lequel périssent les enfants des deux peuples condamnés à partager une terre.
Mahmoud Darwich, Edward Saïd, Barenboim et tant d'autres ont ouvert ce chemin. Il va falloir en retrouver le tracé sensible et humain.
Mais, auparavant, la reconnaissance de ce crime contre l'humanité de tous. Le crime de génocide. Les tribunaux doivent être restaurés dans leurs fonctions nécessaires pour garantir la justice.
Le cessez-le-feu et les vivres pour sauver ceux qui peuvent l'être.
L’ouverture du territoire ensanglanté de Gaza pour compter les centaines de milliers de morts, découvrir les charniers, enterrer ceux qui sont enfouis sous les décombres, l’épouvante au cœur, comme face à tout génocide, l'indicible qu'il va falloir dire et affronter.
L’avenir aura un goût de sang, calciné, bombardé, anéanti… et pourtant à venir dans la pleine justice, dans la pleine conscience du passé si proche, de la perte, du sacrifice.
L'avenir sera écrit dans la justice rendue au peuple de Palestine.
Alors la paix.
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