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L'entrée de la Pologne dans la zone euro

Ainsi comme le prévoient les accords d'adhésion à l'Union européenne qu'ils ont signés, les nouveaux membres de l'UE d'Europe centrale et d'Europe de l'Est doivent rejoindre la zone euro. Mais le moment où ils doivent le faire fait l'objet d'un âpre débat.  

Le 18 mars 2014 à 11h56

VARSOVIE – L'enjeu n'est pas seulement d'ordre économique, car sa conclusion va traduire un jugement sur les perspectives de la monnaie unique. Pour beaucoup de pays, depuis la crise financière l'entrée dans la zone euro présente moins d'intérêt, et les membres potentiels tels que la Pologne n'en tireront avantage que s'ils fixent clairement les conditions économiques qui doivent prévaloir chez eux avant d'adopter l'euro.

Les critères formels d'adhésion figurent dans le Traité de Maastricht de 1992. Il fixe les critères à respecter en matière de dette publique, de déficit budgétaire, d'inflation, de taux d'intérêt et de taux de change ; mais l'expérience montre qu'il n'est pas satisfaisant de faire reposer l'adhésion sur leur respect (ou pire encore, sur le simple fait qu'un pays s'en approche) à un moment ou à un autre. La malléabilité des critères de Maastricht est à la source de nombre de problèmes de la zone euro. Tant que la dette des pays membres continue d'augmenter et que leurs économies divergent au lieu de converger, les pays en voie d'adhésion devraient aussi subir des tests de stress pour vérifier leur capacité à supporter des chocs externes et à respecter à long terme les critères d'appartenance à la zone.

Renforcer la compétitivité de la Pologne

Avant que la Pologne ne décide de partager une devise avec ses principaux partenaires commerciaux, elle devrait veiller à remplir trois conditions économiques qui ont une importance cruciale : être compétitive sur le plan international, disposer d'un marché du travail flexible et avoir des finances publiques saines.

Ses exportations sont en forte croissance. Mais ce n'est pas en raison d'échanges commerciaux avec d'autres pays émergents faisant preuve de dynamisme ou d'une forte demande mondiale spécifiquement pour les produits polonais. Cela tient tout simplement à de faibles coûts de production (notamment en matière de salaire) alliés à une excellente qualité de fabrication. C'est pour cela qu'on la qualifie parfois de "Chine de l'Europe".

Mais une compétitivité basée sur un faible coût plutôt que sur la valeur d'une marque ou l'innovation rend l'économie polonaise vulnérable. Contrairement à l'Allemagne, la Hollande, l'Autriche, la Suède ou la Suisse, la compétitivité de la Pologne n'est pas profondément enracinée. Elle exporte sous des marques étrangères (italiennes pour les chaussures ou anglaise pour l'habillement) et par l'intermédiaire de grosses multinationales allemandes, hollandaises ou autre pour les machines industrielles ou agricoles. Or son avantage en terme de coût disparaîtrait si la valeur de sa devise se renforçait brusquement.

Les entreprises polonaises s'efforcent d'améliorer leur notoriété à l'étranger, mais cela peut prendre des décennies. En attendant, le pays ne doit pas se précipiter pour adhérer au Mécanisme de taux de change MCEII. Ce mécanisme fixe une étroite marge de variation du taux de change de la devise du pays candidat à la zone euro pendant deux ans au moins avant son adhésion. Cela pourrait conduire à une appréciation du zloty (comme ce fut le cas avec la couronne slovaque) et balayer l'avantage concurrentiel dont dispose la Pologne.

Un marché de travail flexible

La compétitivité de la Pologne repose également sur la flexibilité de son marché du travail. Un quart des personnes actives sont sous contrat à durée déterminée ou travailleurs indépendants. Par ailleurs, les salaires polonais comportent généralement une part variable de l'ordre de 25% qu'il est facile de geler ou même de baisser en période de difficulté économique. Les entreprises peuvent donc embaucher sur de courtes périodes quand les perspectives sont incertaines. Plus généralement, cette flexibilité aide l'économie à résister aux chocs externes.

Mais la flexibilité du marché du travail présente des inconvénients. Les entreprises investissent peu dans le talent et dans le développement de nouvelles compétences, ce qui nuit à la qualification des travailleurs. A long terme, cette flexibilité pourrait accroître le chômage structurel et générer une économie informelle.

Autre facteur négatif, la pénurie de logements à louer freine la mobilité des travailleurs. Le marché du travail polonais se rapproche davantage du modèle espagnol que du modèle suédois qui favorise de longues périodes de formation continue dans des conditions avantageuses.

Enfin, la Pologne doit redresser ses finances publiques en créant des stabilisateurs budgétaires qui interviennent automatiquement en cas de crise économique. S'il épargne pour les périodes difficiles, l'Etat peut appliquer des mesures contre-cycliques tout en assurant sa stabilité budgétaire pendant tout le cycle économique.

En 2009 et 2010 la Pologne a appliqué cette politique avec succès, mais le gouvernement n'a pas disposé des fonds nécessaires par la suite lorsque la situation économique s'est détériorée. Des finances publiques saines exigent non seulement un faible endettement, mais aussi une politique budgétaire appropriée. Cela passe par une baisse des dépenses (ou des hausses d'impôt) durant les périodes de prospérité et non lors des ralentissements, comme cela fut récemment le cas.

La Pologne peut réussir à assainir son budget, à consolider sa compétitivité sur des bases solides et à assouplir son marché du travail. Dans chacun de ces domaines, elle peut prendre exemple sur d'autres pays : la Suisse pour la compétitivité, le Danemark pour le marché de l'emploi et l'Estonie pour les finances publiques. Avant de rejoindre la zone euro, il faudrait qu'elle se fixe comme cap ces trois critères de réussite économique à long terme.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2014


 

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Le 18 mars 2014 à 11h56

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