Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Les bonnes nouvelles et les mauvaises
Le matin au réveil, pour ceux qui allument la radio (ou la télé mais c’est rare), il y a des nouvelles sur le monde tel qu’il va. On les appelle ainsi par opposition aux anciennes informations, mais comme on veut être à jour, il nous en faut de nouvelles.
Normal, sauf qu’elles n’ont rien de nouveau si ce n’est l’appellation. Voilà pourquoi on a souvent l’impression que l’on vit le même jour chaque matin répété, comme dans cette comédie fantastique des années 90, Un jour sans fin, avec Bill Murray dans le rôle d’un journaliste-météo qui revit, en boucle dans une petite ville, les mêmes évènements de la même journée.
Voilà donc ce qu’il en est de la "nouveauté" dans les nouvelles ; et encore là, on ne parle que des médias classiques, radio, télé, presse. Chez les autres, les nouveaux médias, c’est pire, instantané et redondant à souhait. A souhait est une autre façon de parler, et qui n’est pas la bonne car personne ne souhaite entendre ou voir la même chose sur l’état du monde tel qu’il va mal tous les matins que Dieu fait.
Ou peut-être si, et c’est cela qui expliquerait toute cette redondance et l’addiction (notamment chez ceux qui pratiquent compulsivement le doomscroling) qu’elle a engendrées auprès d’un public qui en redemande. J’avoue qu’écrire cela lorsque l’on est journaliste de la tribu, et qui plus est dans un nouveau support dédié à l’information, c’est se tirer une balle dans le pied. Assumons cette contradiction qui n’est pas la première ni la seule lorsque l’on exerce le rôle d’un chroniqueur du temps qui passe et se répète.
Le journalisme raconte le monde et informe sur son état ; il ne le répare pas
Ce mea culpa étant fait, rappelons quand même que la modernité des journaux diffusés par Internet possède des caractéristiques particulières qui vont de l’hypertexte à l’interactivité en passant par ce que l’on appelle le "temps réel", et qui consiste à diffuser les nouvelles instantanément et en permanence. C’est ce flux tendu justement qui permet l’actualisation immédiate de l’information et bien d’autres possibilités et fonctions destinées à établir une "mise à jour."
L’auteur de ces lignes qui n’a pas connu toutes ces innovations lorsqu’il exerçait ce métier dans le "monde d’hier" au cours des "années 80 de notre jeunesse", peut-il ne pas se féliciter de ces prouesses ? La "mise à jour" en ce temps-là se faisait, dans un journal quotidien du moins, avec plus de 24 heures de retard.
Le "temps réel" suspendait son vol, comme disait le poète, alors que le monde en mauvais état poursuivait en pestant sa marche inexorable, toujours la même et sans cesse recommencée. Mais nous ne le savions que plus tard. Était-ce un mal pour un bien, puisque nous étions moins inquiets, et donc plus heureux, pour l’état du monde durant ces 24 heures ? Allez savoir. Et justement savoir ce qui se passe est en principe le propre du journalisme, lequel - quoi qu’il en coûte et remuant "la plume dans la plaie" comme disait le célèbre reporter Albert Londres - se met au service de son public pour le tenir bien informé, à jour et en continu.
Voilà pourquoi, enfin et pour la première fois dans son histoire, le journalisme tend ou prétend remplir ces prérequis. Il reste qu’une information véhicule relativement sa temporalité, sa qualité et son utilité pour le public comme pour l’état du monde. Certes, le journalisme raconte le monde et informe sur son état. Il ne le répare pas. Parfois, il peut même contribuer à aggraver son état lorsqu’il est entre de mauvaises mains, par incompétence ou parce que ceux qui président à son destin s’en servent pour de mauvaises causes.
A ce propos et comme les mauvaises causes ne manquent pas par les temps qui courent, les nouvelles qui les rapportent ne peuvent être que mauvaises. Voilà pourquoi celui qui allume la radio au lever du jour pour aller aux nouvelles est assuré d’en subir de mauvaises, tous les jours, toujours les mêmes et en continu. "La circulation circulaire de l’information", se moquait le sociologue bougon Pierre Bourdieu.
Guerres, enlèvement, assassinats, informations morbides, maladies, manifestations de tous genres, cherté de la vie, changements climatiques et conflits diplomatiques… Les bonnes nouvelles, comme les bonnes idées, sont rares. Et même ceux qui ont de bonnes nouvelles, comme dirait l’autre, ils ne les ont que rarement.
Pour preuve, le cas de celui qui avait entrepris un jour la création d’un journal dédié aux bonnes nouvelles. Un doux rêveur. Le projet avait fait long feu faute d’un large et fidèle lectorat, car si le bonheur fait rêver, il ne fait pas vendre. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il n’y aurait pas sur terre, et malgré tout, de bonnes nouvelles à ingurgiter dès le matin en ouvrant sa radio, sa télé, son journal ou son site d’info.
Si, messieurs-dames, c’est possible. La preuve : il arrive parfois que l’on conclue des infos anxiogènes par ces petites infos dites joyeuses ou nouvelles optimistes pour chasser les mauvaises et faire oublier le déferlement d’informations catastrophiques qui scient le moral de l’auditeur : naissance d’un petit panda dans un zoo de Vancouver, de bébés quintuplés roux et basanés nés en parfaite santé en Australie à 30 semaines de gestation ; une dame richissime en Nouvelle-Zélande qui lègue dans son testament toute sa fortune à son chien, son chat et sa tortue à parts égales…
Que du bonheur, et le bonheur n’est-il pas parfois dans le lointain, le bref, l’inconséquent et le superflu ? C’est vrai même pour les gens qui passent pour un public intelligent ou exigeant. L’un d’eux, justement le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein, écrivait dans Remarques mêlées (Flammarion, 1970) : "Il y a toujours plus d’herbage pour le philosophe dans les vallées de la bêtise que sur les hauteurs arides de l’intelligence."
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