Les clés pour comprendre la crise entre la RDC et le Rwanda
La situation sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo, RDC, se dégrade et se complique chaque jour davantage, malgré la présence de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation, la Monusco.
Depuis le début de l’année, au moins 3.000 personnes ont trouvé la mort et un demi-million ont été déplacées après les attaques des troupes du mouvement M23. Face à cette énième tragédie dont les premières victimes sont les civils, les réunions et les visites se succèdent, pour rappeler aux uns et aux autres de revenir à la table de négociation et d'éviter le pire à toute la sous-région.
Ces tensions sont perceptibles au sein de la classe politique congolaise, dont une partie est tentée par l’option militaire contre les rebelles et leurs appuis rwandais. Depuis sa campagne présidentielle en 2023, le président Félix Tshisekidi multiplie ses sorties et discours martiaux, chauffant à blanc l’opinion publique. Ses interventions n’arrangent en rien les médiations en cours qui tentent de mettre en place des pourparlers entre les différents belligérants. L’Union africaine, comme les dirigeantes de l’Afrique australe et de l’Est, se contentent pour le moment d’appeler, mais en vain, à un cessez-le-feu.
La guerre en cours à l’Est de la République Démocratique du Congo, RDC, trouve ses racines dans les tensions historiques, politiques et ethniques entre ce pays et le Rwanda. La RDC a une population dépassant les 60 millions d’habitants qui vivent sur un territoire de 2,4 millions de km², contre 14 millions d’habitants pour le Rwanda et une superficie de seulement 27.000 km². Pour ne pas remonter loin dans l’époque coloniale, les litiges se sont accumulés depuis les années 90 et en particulier après le génocide au Rwanda en 1994.
Pour comprendre les raisons d’une guerre, il faut souvent prospecter le sous-sol du pays pour déceler les motifs du conflit. La RDC est un eldorado minier convoité par les entreprises internationales, les grandes puissances et les pays riverains. C’est l’une des régions les plus riches en ressources naturelles, non seulement en Afrique mais dans le monde. Quand on rappelle cela, on comprend aisément une partie importante de la crise et de l’instabilité qui prévalent en RDC. Une partie de ces richesses est liée au coltan, utilisé dans la fabrication des smartphones et des appareils électroniques, à l’or, à la cassitérite : minerai clé pour l’étain, au cobalt essentiel pour les batteries électriques, au cuivre et aux diamants, et la liste est longue.
Le génocide et la guerre fratricide au Rwanda entre Tutsis et Hutus en 1994 ont laissé des traces dans la région. Plus d’un million de morts, et un autre million et demi d’exilés et de réfugiés hutus qui se sont réfugiés à l’Est de la RDC. Parmi ces derniers se trouvaient des anciens militaires et des miliciens responsables du génocide qui voulaient en finir un jour avec le régime de Kigali. Trois années après, c’est le Rwanda qui prendra sa revanche, en soutenant à son tour la rébellion de Laurent Désiré Kabila. Celui-ci destitua Mobutu de la présidence en 1997 et prendra la tête de la RCD. Cependant, les différends entre les deux pays ne seront pas dissipés pour autant.
Les autorités rwandaises étaient bien confiantes de voir le nouveau chef de la RDC qu’elles ont aidé, à la tête de ce pays. Mais la lune de miel fut de courte durée, car Kabila, qui dirigeait le plus grand pays des Grands Lacs, ne voulait être le vassal de personne, et encore moins de ce voisin. De 1998 à 2003, une longue guerre éclata entre lui et ses anciens alliés rwandais qui l’avaient accompagné dans son aventure. Kigali, n’appréciant guerre cette ingratitude, soutiendra de nouveau les opposants aux autorités de Kinshasa, et plus particulièrement le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, RCD.
C’est de cette formation politique, RCD, que naîtra en 2012, au Nord-Kivu, le mouvement de 23 mars, communément appelé le M23. Le RCD, comme le M23, sont composés d’anciens rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple, CNDP, qui fut militairement actif durant les années 2006 à 2009. L’accord conclu en mars 2009 entre le CNDP et le gouvernement congolais allait en principe mettre fin aux hostilités, avec l’espoir de les intégrer dans les rouages de l’administration congolaise. Déçus par tant de promesses non tenues, des militants créèrent le M23.
Il n’en a fallu que quelques semaines pour que le M23 conquière de grandes parties du Nord-Kivu et prenne contrôle de la ville de Goma en novembre 2012. Comment un mouvement qui vient d’être constitué a-t-il pu disposer si facilement d’armement en abondance et s’accaparer cette région dont la superficie, 60.000 km², le double de celle du Rwanda, avec autant de facilités ? La communauté internationale, traumatisée par le génocide rwandais de 1994, se mobilisa dès lors pour éviter le pire à la sous-région, c’est à-dire un embrasement général qui n’épargnerait aucun des pays limitrophes des Grands Lacs.
Après une médiation des pays voisins, appuyée par les bons offices de l’ONU, un accord est trouvé. Il aboutit au retrait des troupes du M23 de Goma, en échange de l’ouverture des négociations pour trouver une issue politique à la crise. Des pourparlers se déroulent peu après à Kampala, mais n’aboutissent à aucun résultat concret face aux exigences des rebelles et au refus des autorités congolaises. Au lieu que la confrontation ait lieu entre les deux acteurs, la RDC et les rebelles, c’est une guerre fratricide interne qui éclata cette fois-ci entre les leaders eux-mêmes du M23.
Les protagonistes dont il faut se rappeler sont trois personnages clés du M23. Sultani Makenga, est le chef militaire du mouvement qui destitue l’évêque Jean-Marie Runiga de la présidence du mouvement. Il l’accusait de soutenir son adversaire le général Bosco Ntaganda, personnage central de cette crise qui perdure à ce jour en RDC. Ce dernier est natif du Rwanda voisin, mais porte également la nationalité congolaise. Ce personnage, qu’on décrit comme impitoyable, fut condamné à trente ans d’emprisonnement par la Cour pénale internationale en 2021 pour divers crimes contre les civils.
Entre guerre et paix, un cycle sans fin ?
À ses débuts, Ntaganda était membre du Parti patriotique rwandais au sein duquel il combattait durant la guerre civile rwandaise. Un va-t’en guerre qui participa par la suite à tous les combats en RDC, avant de rejoindre en 2002 l’Union des patriotes congolais UPC. C’est au sein de ce mouvement rebelle que des exactions furent perpétrées, et pour lesquelles il sera condamné par la CPI, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. C’est certainement pour échapper à la justice internationale qu’il signe en mars 2009 un accord de paix avec le gouvernement de la RDC à Goma, espérant échapper ainsi à la justice internationale. Il sera, entre temps, promu par Kinshasa général au sein de l’armée congolaise.
Devant les pressions internationales, et plus particulièrement celles de la CPI, notre personnage, Ntaganda, devient un vrai boulet pour la RDC, vu le passé qu’il trainait derrière lui. Il se rendra de plein gré à l’ambassade américaine à Kigali, et non en RDC, et demande à être transféré à La Haye, siège de la CPI pour être jugé. Son procès démarra en septembre 2015 pour finir en juillet 2019 par une lourde peine. Il est reconnu responsable par le tribunal de dix-huit chefs d’accusation, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, commis en RDC, et fut condamné à une peine de trente années d’emprisonnement.
Suite à cette condamnation, le M23 s’éclipse pour un temps et adopte un profil bas pour se faire oublier. Cette accalmie a servi à reconstituer ses forces avec l’aide discrète de certains pays voisins. En 2022, et à la surprise générale, il redevient actif et menaçant pour la RDC. Le mouvement intensifie alors son offensive dans la région du Nord-Kivu et y prend le contrôle de vastes régions stratégiques. Les combats reprennent de plus belle en 2024, avant qu’un accord de cessez-le-feu, négocié entre la RDC et le Rwanda en août de la même année, ne calme momentanément la situation.
Malgré cette entente qu’on croyait définitive et qu’on espérait qu’elle allait calmer la situation par l’instauration d’une paix définitive, la situation se dégrada de nouveau durant l’année 2024. La progression des troupes rebelles du M23 continua jusqu’à janvier dernier après la reprise de la ville de Goma et l’offensive éclair contre les troupes congolaises. Face aux atrocités commises contre les civils, le gouvernement congolais condamna une trentaine de personnes, proches du mouvement, à de lourdes peines pour trahison et implication dans ces attaques.
Parmi les condamnés, on retrouve ceux que Kinshasa avait pardonnés hier et intégrés dans le système politique du pays. C’est le cas de l’ancien président de la commission électorale et chef de la coalition politico-militaire Alliance du Fleuve Congo, AFC, Corneille Nangaa. Il a été condamné par contumace par la justice congolaise à mort en août dernier. Il est accusé d’avoir commandité le bombardement d’un camp de déplacés en mai 2024 qui a fait une quarantaine de morts. Comme réponse, Nangaa appelle ses troupes à marcher sur Kinshasa pour faire démettre le président Tshisekedi. Rien que ça. Cela nous rappelle étrangement le même processus qu’avait suivi l’ancien président Kabila pour détrôner Mobutu.
Ainsi, les autorités congolaises vacillent entre la fermeté contre ce qu’elles qualifient de criminels et de traîtres, et le désir de les intégrer pour pacifier le pays et le mettre sur les rails du développement. Mais la situation est devenue si compliquée que la solution ne peut venir que par la victoire de l’un et la défaite de l’autre. Les acteurs régionaux et internationaux, qui ne jouent pas le jeu pour apaiser les esprits, comptent sur l’Union-africaine qui se réunit ce mois pour trouver une voie de sortie. Mais que pourra-t-elle proposer de plus que de condamner ces attaques, réitérer ses souhaits de cessation des combats, et exiger des belligérants de revenir à la table des négociations et au processus de paix ?
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