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Les discours de Davos, paroles, paroles et paroles

Le Davos de cette année a un goût bien particulier. Tous les discours politiques des hommes d’Etat et des responsables présents ont traduit les inquiétudes de leurs pays et de notre époque. Celui du président américain Donald Trump n’a pas apaisé les craintes des participants et des observateurs. A l’opposé, il a mis en évidence les divergences entre pays occidentaux, et entre ces derniers et le reste du monde.

Le 30 janvier 2026 à 14h23

La session de cette année s’est donc conclue dans un climat morose, si ce n’était l’intervention du Premier ministre canadien Mark Carney qui a incarné la raison et le bon sens. Une petite lueur d’espoir dans ce brouhaha international.

Lors de son intervention, décousue aux yeux de certains observateurs, le président Trump est resté fidèle à lui-même. Durant une heure, il a vanté sa politique économique chez lui pour "make America great again". Selon lui, sa politique a pu engranger pour son pays 18.000 milliards d’investissements, montant démesuré et difficile à confirmer. Il est passé par la suite à la politique étrangère pour critiquer davantage ses alliés européens que ses adversaires. "J’aime l’Europe, et je souhaite qu’elle se porte bien, mais elle ne va pas dans la bonne direction", a-t-il martelé. Le Vieux Continent est devenu pour Trump méconnaissable en raison d’une immigration massive.

Trump s’est permis le droit également de moquer certains de ses collègues européens, comme le président français. Il s’est vanté de lui avoir tordu le bras concernant le prix des médicaments en le menaçant d’augmenter les droits de douane sur les exportations françaises. Ce président français, dira-t-il à son audience, "qui cherche à jouer le dur à cuire avec ses lunettes de soleil". En évoquant le Canada, il a affirmé aussi que ce pays n’existe que grâce aux Etats-Unis, et il devrait en être reconnaissant. Quant au Royaume-Uni, elle a aussi reçu son lot de critiques, notamment sur les revenus pétroliers qu’il récolte "illégalement" de l’exploitation de la Mer du Nord.

Trump n’a pas laissé passer cette occasion sans réaffirmer sa ferme intention d’acquérir le Groenland, pacifiquement ou par la contrainte s’il le faut. Un compromis semble se dessiner, depuis, entre Européens et Américains pour trouver une issue de sortie à cette question afin de s’atteler à résoudre la crise en Ukraine.

Baignant toujours dans ses excès, il a déclaré qu’après le second conflit mondial, son pays avait rendu le Groenland au Danemark, et que c’était là une décision stupide. Pour lui, cette île n’est qu’un amas de glace, signifiant par là que la vie y est difficile et que l’Europe devait la lui céder. Il a insisté que, pour des raisons stratégiques, les Etats-Unis comptent se l’approprier d’une manière ou d’une autre. "On ne veut pas le Groenland avec un bail, mais avec un titre de propriété", a-t-il précisé à une audience totalement médusée.

La conférence de Davos était également l’occasion pour Trump d’attaquer de front l’Alliance atlantique. "L’OTAN coûte cher aux Etats Unis qui supportent à eux seuls une grande partie de son financement", a-t-il répété. On connaît cette rengaine qu’il ne cesse de répéter depuis son retour aux affaires. Cette fois-ci il a poussé la critique un peu plus loin, affirmant que les troupes alliées n’avaient pas fait grand-chose pour soutenir les Etats-Unis lors de la guerre en Afghanistan qui a duré vingt ans. Les délégations européennes, dont les pays ont participé aux batailles et ont perdu des soldats, ont vu dans cette affirmation un affront et une insulte à leurs morts et à leurs nations.

Mark Carney et la vision d’un nouvel ordre mondial

C’est certainement le Premier ministre du Canada Mark Carney qui, à l’opposé, a incarné la sagesse d’un homme d’Etat que beaucoup ont applaudi, sans doute après avoir été échaudés par le discours de l’Américain. Carney a appelé les dirigeants du monde à agir de concert pour construire un nouvel ordre mondial juste et inclusif. Il a souligné que les puissances moyennes, comme le Canada, ont la capacité de créer ce nouvel ordre qui intègre des valeurs telles que le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité entre les peuples, et le respect des souverainetés et de l’intégrité des Etats.

L’intervention de Carney a été applaudie à plusieurs reprises, en signe d’adhésion et aussi parce qu’elle était pleine de bon sens et répondait légitimement, au-delà de l’audience, à l’angoisse collective et planétaire. Le Canadien a appelé les Etats à se regrouper pour mieux contrer l’intimidation des puissances hégémoniques, sans nommer son voisin du Sud. Il a souligné que les pays intermédiaires, comme le Canada, ont la capacité de construire un nouvel ordre mondial basé sur des valeurs solides et pérennes pour que chacun puisse y trouver sa place.

Il est allé encore plus loin quand il a rassuré le Danemark de son total soutien en cas d’invasion du Groenland. Il a, par ailleurs, critiqué sévèrement les taxes que Washington impose indistinctement aux produits importés, usant de cette barrière douanière comme un levier de coercition économique contre les autres pays.  Au lieu de se lamenter du retour des empires prédateurs, selon sa propre expression, il a proposé de bâtir quelque chose de meilleur, de plus fort, et surtout de plus juste, a-t-il dit. Pour lui, cette tâche revient aux puissances moyennes qui ont plus à perdre dans un monde de forteresses. Mais elles ont beaucoup à gagner dans un monde basé sur une coopération véritable entre tous ceux qui veulent emprunter cette voie de salut.

Si vous n’êtes pas à table, vous serez au menu. Cette phrase prononcée par Carney a eu une résonance bien particulière au sein de l’audience, comme à travers les médias internationaux. Elle est devenue virale, et a fait ombre à tout le discours du président américain, d’abord par sa finesse et ensuite par sa profondeur.

Pendant des décennies, a dit le Canadien, l’humanité a prospéré grâce à un ordre international basé sur des règles de droit. Puis de continuer : "Ce compromis ne fonctionne plus, car on est en pleine rupture, et non en pleine transition comme on répète souvent". Pour lui, la raison de cet état est la série de crises, financière, sanitaire, énergétique et géopolitique, qui ont mené à une désintégration mondiale extrême. Il a appelé toutes les nations à un nouveau sursaut pour redessiner un multilatéralisme à visage humain.

Face aux interventions précédentes, celle du représentant chinois ne s’est pas inscrite dans cette guerre fratricide entre Occidentaux. Au nom de la Chine, le vice-Premier ministre He Lifeng a déroulé une offensive de charme en posant son pays comme une puissance fiable et responsable, en contraste avec la position des Etats-Unis exprimée par Trump. Il a réitéré la volonté chinoise de se conformer toujours au droit international. Pour lui tous les pays sont égaux et le monde ne doit pas revenir à la loi de la jungle, où les forts se nourrissent des faibles. Il faut rappeler ici que Lifeng connait bien l’Amérique. C’est lui qui gère le dossier épineux des négociations commerciales entre les deux pays.

De tous les discours, celui du président américain était donc le plus long, mais aussi le moins nourri en idées innovantes. Il a souvent essayé de sortir du texte écrit pour improviser, rendant ses idées encore plus floues. En réalité, c’est sa marque de fabrique et sa manière d’être et d’apparaitre. Il aime enchaîner digressions, répétitions, phrases inachevées et changements soudains de sujets. Il croit que de cette manière il peut avoir la main sur son audience. Mais ses cafouillages fréquents entrainent souvent des contradictions, non seulement dans le même discours, mais aussi entre un discours et un autre. Ses annonces floues ou excessives, ses erreurs factuelles, ses formules à l’emporte-pièce, maladroites et choquantes par moment, brouillent le message qu’il veut passer à son audience.

Trump aime apparemment tester ses idées à voix haute pour désarçonner ses adversaires et impressionner son audience. Ses discours, comme celui de Davos, sont devenus une arme de destruction massive qui a un impact sur le moral de l’opinion mondiale, comme sur les marchés internationaux. Ils produisent le désordre, et rarement l’adhésion.

Le Canadien Mark Carney a eu, lui, le courage de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, en lisant consciencieusement un texte profond, réfléchi et bien cadré. Il a été salué pour sa franchise et son courage qui honorent aussi bien son pays que notre humanité. L’improvisation de Trump, au contraire, peut séduire lors d’une campagne électorale domestique, mais elle est stratégiquement dangereuse et dramatique quand il s’agit de relations entre Etats.

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Le 30 janvier 2026 à 14h23

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