Les élucubrations de l’Union Africaine
Le dernier Sommet africain, tenu en juin 2015 à Johannesburg, a lancé un appel à l’ONU pour fixer une date pour un «référendum d’autodétermination au Sahara occidental».
Cet appel s’appuie notamment sur le communiqué diffusé le 27 mars 2015 par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union Africaine. Or ce dernier a manipulé d’une manière grossière des décisions de l’OUA.
En effet, en affirmant que le «Plan de paix entériné par la résolution AHG/Res.104 (XIX), adoptée par la 19ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, tenue à Addis Abeba du 6 au 12 juin 1983 qui a servi de base aux Propositions de règlement d’août 1988 ayant lancé le processus de paix au Sahara occidental,» et en décidant de «réactiver le Comité ad hoc de Chefs d’Etat sur le conflit du Sahara occidental, établi conformément à la résolution AHG/Res.92 (XV) adoptée par la 15ème session ordinaire des Chefs d’Etat de l’OUA, tenue à Khartoum du 18 au 22 juillet 1978,» et en ignorant les décisions importantes du 18ème Sommet africain, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA tente de tromper d’une manière flagrante l’opinion africaine et internationale.
C’est la résolution AHG/Res.103 ( XVIII) adoptée par la 18ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement, tenue à Nairobi du 24 au 27 juin 1981, que le CPS a omis de rappeler, qui a pris d’importantes décisions, et non la résolution 104 (XIX), qui a été très controversée et adoptée dans des circonstances très particulières comme nous le verrons plus loin.
En effet la résolution 103 (XVIII), adoptée à Nairobi par le 18ème Sommet africain, dans le premier paragraphe de son dispositif, «a félicité le Comité ad hoc des Chefs d’Etat sur le Sahara occidental pour le travail combien louable qu’il a accompli dans la recherche d’une solution pacifique au problème du Sahara occidental.» On est en droit de se demander pourquoi le CPS veut revenir à ce défunt Comité ad hoc dont la mission avait pris fin, et passe sous silence l’organe qui l’a remplacé à savoir le Comité de Mise en Œuvre (CMO), que le Sommet a doté de pleins pouvoirs, (paragraphe 3).
Ce Comité, composé des Chefs d’Etat de Guinée, Kenya, Mali, Nigéria, Sierra Leone, Soudan et Tanzanie, s’est réuni à Nairobi du 24 au 26 août 1981. Il a pris des décisions très importantes relatives «à l’instauration d’un cessez-le-feu ainsi qu’à l’organisation et à la tenue du référendum», (Décision AHG/IMP/C/WS/DEC.1).
Le CMO s’est réuni une seconde fois à Nairobi les 8 et 9 février 1982, et a pris des décisions concernant les modalités d’application du cessez-le-feu et l’organisation du référendum, consignées dans le document AHG/IMP.C/WS/DEC.2 (II) Rev. 2.
Comme on le voit, le processus engagé par le 18ème Sommet africain suivait son cours et allait démontrer que l’Afrique était capable de régler ses problèmes, ce qui aurait été tout à son honneur.
Mais malheureusement, c’était sans compter avec ceux qui ont un autre objectif qui n’a rien à voir avec l’intérêt de l’Afrique. En effet, deux semaines après cette deuxième réunion du CMO, lors de la réunion ordinaire du Conseil des Ministres de l’OUA, généralement consacrée aux questions budgétaires, les délégations des pays membres ont été surprises de découvrir la pancarte d’une prétendue «république arabe sahraouie». En signe de protestation, dix-neuf délégations ont quitté la salle de réunion.
L’objectif de ceux qui ont poussé le Secrétaire Général à procéder à un tel acte illégal, dont l’Afrique subit encore les conséquences, a été de saborder le référendum.
D’ailleurs Mohamed Abdelaziz, «secrétaire général du polisario» avait déclaré le 23 février 1981 dans une interview à l’agence de presse algérienne (APS): «Pour notre part, l’idée d’un référendum est révolue et nous invitons l’OUA à venir le constater sur place.»
Cette initiative du Secrétaire Général de l’OUA, due aux pressions qui ont été effectuées sur lui par un groupe de pays dirigé par l’Algérie, a été, non seulement une violation de la Charte de l’organisation, mais également d’une décision de la 17ème Conférence des Chefs d’Etat africains qui avait suspendu aussi bien la demande d’adhésion de la prétendue «république arabe sahraouie», que la motion préjudicielle que le Maroc avait présentée pour savoir si le candidat à l’adhésion remplissait les conditions prévues par les articles 4 et 28 de la Charte de l’OUA, à savoir être un «Etat africain indépendant et souverain».
Pour comprendre les raisons de ce coup de force, qui a plongé l’OUA dans une crise tellement grave que le 19ème Sommet africain n’a pas pu avoir lieu en 1982, il faut avoir présent à l’esprit que le gouvernement algérien était mécontent de la résolution 103 (XVIII) et des décisions du CMO, parce qu’elles se référaient toujours aux «parties au conflit», alors qu’il voulait qu’on ne mentionne que « deux parties au conflit».
C’est pour cela que, craignant que cette crise qu’ils ont créée, ne se retourne contre eux, les dirigeants algériens se sont lancés dans une autre manœuvre.
Ils ont demandé à cette prétendue «république», de se retirer de la scène pour permettre à la 19ème Conférence des Chefs d’Etat de se tenir. Il faut relever au passage comment cette entité est manipulée, et comment elle est aux ordres. Le Sommet africain a pu finalement se tenir du 6 au 12 juin 1983 à Addis Abeba avec la participation du Maroc, et sans la présence de la prétendue «rasd». Tout cet exercice a eu pour seul objectif d’avoir une résolution, adoptée dans une confusion totale, avec un paragraphe qui «exhorte les parties au conflit: le Royaume du Maroc et le Front polisario, à entreprendre des négociations directes en vue de parvenir à un cessez-le-feu.»
C’était le meilleur moyen de bloquer le plan élaboré par la Conférence des Chefs d’Etat à Nairobi. Le Maroc, refusant de se prêter à ces manœuvres qui n’avaient d’autre but que de saboter le travail qu’avait effectué le Comité de Mise en Œuvre des Chefs d’Etat, rejeta l’insertion de ce paragraphe, et rappela son attachement à la résolution 103 et aux décisions du CMO.
Voilà pourquoi le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine a omis de se référer à la résolution 103 (XVIII) qui mentionne «les parties au conflit» sans les nommer, et qui a été le résultat d’un consensus, après de longs débats, parce qu’il ne faut pas oublier que le Maroc subissait des agressions de groupes armés à partir de l’Algérie qui, par conséquent, était partie au conflit, dans la mesure où le cessez-le-feu devait également être respecté par ce pays.
Mais cette omission n’est pas étonnante dans la mesure où le CPS est présidé par un algérien qui, lui-même a succédé à un autre algérien qui est devenu le ministre des affaires étrangères de la République Algérienne Démocratique et Populaire.
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a manqué d’honnêtetéen voulant relever de ses cendres un Comité ad hoc qui a été remercié par le 18éme Sommet africain et remplacé par le Comité de Mise en Œuvre. Celui-ci avait engagé le processus pour l’organisation d’un réferendum qui devait avoir lieu, avec la collaboration de l’ONU, à la fin de 1982.
Les auteurs de ces manœuvres, qui demandent à l’ONU de fixer une date pour le référendum, savent très bien que c’est dans l’impossibilité d’établir la liste des électeurs que le Conseil de sécurité a abandonné l’idée d’organiser le référendum, et a décidé d’engager un processus pour résoudre le conflit, dans le cadre du chapitre Six de la Charte des Nations Unies.
Cet appel de l’UA ne constitue en fait qu’un slogan de propagande suggéré par une minorité au sein de l’organisation panafricaine qui veut imposer son diktat à la majorité silencieuse. Et ce n’est certainement pas ainsi que l’Union Africaine gagnera en crédibilité.
Si la Présidente de la Commission de l’UA veut faire œuvre utile et rendre service à l’Afrique, elle devrait commencer par lire tous ces documents que nous avons cités et qui sont à sa disposition dans les archives de l’organisation africaine, elle y découvrira la véracité de ce que nous avançons.
Elle devrait aussi s’atteler à clarifier la situation au sein de l’Organisation pour la débarrasser de ses contradictions. On ne peut pas prétendre défendre le droit à l’autodétermination, et en même temps anticiper sur la volonté des populations et reconnaître une prétendue «république arabe sahraouie» qui s’est autoproclamée dans le territoire algérien.
Elle doit savoir que cette entité a été admise en violation de la Charte de l’OUA. C’est un fait sans précédent. Après la création de l’organisation panafricaine en 1963, tous les pays africains qui ont lutté pour leur indépendance, ont eu des mouvements de libération reconnus par le Comité de libération, et qui avaient un statut d’observateur au sein de l’OUA.
Leurs pays n’ont été admis comme membres que lorsqu’ils ont été indépendants et souverains et reconnus par l’Organisation des Nations Unies. Ce que l’on appelle le «polisario» n’a jamais été reconnu comme mouvement de libération, pour la simple raison qu’il n’a jamais lutté contre le colonialisme espagnol, et qu’il n’a été créé qu’en 1973, c’est-à-dire à peine deux ans avant la décolonisation du territoire.
Si chaque Etat membre, dans sa pleine souveraineté, est libre de reconnaître qui il veut, l’adhésion à une organisation exige le respect des conditions prévues par sa Charte.
Quand une organisation viole sa propre Charte elle perd sa crédibilité. Tout cela peut être vérifié par la Présidente de la Commission de l’UA, dont le pays lui-même, l’Afrique du Sud, était représenté au sein de l’OUA par l’ANC et le PAC qui avaient un statut d’observateurs, et n’a été admis comme Etat membre qu’après la disparition du régime d’apartheid, suivie d’élections qui ont donné le premier gouvernement démocratique élu en mai 1994, et que l’Assemblée Générale des Nations Unies ait approuvé les pouvoirs de la délégation sud-africaine pour que celle-ci prenne sa place au sein de l’organisation internationale.
Si la Présidente de la Commission de l’UA veut réellement rendre service à l’Afrique, elle doit entamer un processus pour débarrasser l’organisation qu’elle dirige de la tare qu’elle traîne depuis plus de trois décennies, d’autant plus qu’aujourd’hui, ce ne sont plus, en fait, qu’une douzaine de pays africains qui reconnaissent effectivement cette prétendue «république arabe sahraouie».
En 1983, les mentors de cette prétendue république, avaient demandé à leurs affidés de se retirer pour permettre la tenue du 19ème Sommet. Ils feraient preuve de courage au service de l’Afrique, en prenant la même initiative, pour permettre au Royaume du Maroc, Etat millénaire, et un des membres fondateurs de l’OUA, de retrouver sa place au sein de l’organisation africaine. Mais s’ils croient qu’ils feront plier le Maroc en poursuivant cette politique de l’absurde, ils se trompent, car comme l’a répété souvent son Souverain: «le Sahara est une question d’existence et non une question de frontières.»
Répéter à satiété que c’est la dernière colonie en Afrique, ou traiter le Maroc de manière indécente de «puissance occupante» ou de «puissance coloniale» n’entamera en rien la détermination du peuple marocain à ne reculer devant aucun sacrifice pour défendre son droit légitime à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc.
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