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Les femmes et l’économie mondiale

Le débat sur l’égalité des sexes est souvent axé sur l’idée que les femmes accèdent rarement aux postes de responsabilité et n’ont pas les mêmes possibilités de carrière que les hommes. Mais ce «plafond de verre» n’est qu’une partie du problème.  

Le 25 septembre 2013 à 14h17

La question primordiale est de savoir si les femmes peuvent participer à la vie active dans les mêmes conditions que leurs homologues masculins. Sont-elles en mesure de contribuer pleinement à la croissance et à la prospérité économique mondiale?

 

WASHINGTON, DC – Malheureusement, la récente étude du Fonds monétaire international, «Women, Work, and the Economy» montre qu’en dépit de quelques avancées, la progression des femmes sur le plan de l’égalité des chances est au point mort. C’est une mauvaise nouvelle pour nous tous, car cela signifie moins de croissance — un manque à gagner qui peut représenter pas moins de 27% du PIB par habitant dans certains pays.

Le nombre de femmes au travail dans le monde est bien inférieur à celui des hommes — seule la moitié des femmes en âge de travailler ont un emploi. Ce sont les femmes qui accomplissent la plupart des tâches non rémunérées et, quand elles le sont, elles sont surreprésentées dans le secteur informel et comptent parmi la population la plus démunie. Elles continuent à être payées moins que les hommes pour le même emploi, y compris dans les pays de l’OCDE, où la disparité est de l’ordre de 16%. Et, dans maints pays, les distorsions du marché du travail et la discrimination à l’embauche du fait de leur sexe réduisent leurs chances d’obtenir un salaire égal ou un poste de haut niveau.

L’augmentation de la participation des femmes à la vie active serait un plus considérable. Si, par exemple, le nombre de femmes au travail en Égypte venait à égaler celui des hommes, le PIB du pays progresserait de 34%. La hausse serait de 12% aux Émirats Arabes Unis, de 9% au Japon et de 5% aux États-Unis. D’après une récente étude qui se fonde sur des données du Bureau international du travail, on estime que sur les 865 millions de femmes dans le monde qui pourraient contribuer davantage à l’économie de leurs pays, 812 millions vivent dans des pays émergents ou en développement.

La hausse du taux d’activité des femmes serait bénéfique pour tous à plusieurs égards. Cela changerait par exemple la manière dont le revenu des ménages est dépensé, car une hausse du revenu des femmes se traduit par une plus grande dépense pour l’instruction des filles, condition préalable essentielle a une croissance à long terme plus rapide. Si les femmes sont employées dans les mêmes conditions que les hommes, les entreprises ont un plus gros vivier de talent, et donc un plus grand potentiel de créativité, d’innovation et de productivité. Et, l’augmentation du nombre des femmes au travail dans les pays avancés peut contrebalancer l’amenuisement de la population active et le vieillissement démographique.

Alors, comment expliquer la persistance de cette disparité criante et les progrès négligeables accomplis? La discrimination qui sévit dans les lois, réglementations et normes sociales de nombreux pays empêche encore les femmes de gagner leur vie en travaillant au grand jour. Elles restent donc majoritairement cantonnées dans les secteurs informels et condamnées à des emplois précaires et mal payés. De plus, le système fiscal et les programmes sociaux de beaucoup de pays sont conçus de manière à dissuader les femmes de travailler.

Face à cette situation, il est possible de réformer la fiscalité et la gestion des dépenses publiques, ainsi que la réglementation du travail pour stimuler l’emploi féminin. Par exemple, l’imposition du revenu individuel au lieu du revenu familial — pénalisante dans de nombreux pays à cause du taux marginal plus élevé auquel est taxé le deuxième salaire du ménage — encouragerait les femmes à chercher du travail. On peut aussi doper l’emploi féminin en liant les prestations sociales à la participation à la vie active, à des formations ou à des programmes actifs. Il serait utile de promouvoir des services de garde d’enfants fiables et abordables, et de démocratiser les congés de maternité et de paternité. Au Brésil, par exemple, la part de la population active féminine est passée en 20 ans de 45 à près de 60%, en partie à la faveur d’une politique familiale volontariste.

Ce sont quelques exemples, et il y en a bien d’autres. Prenons le cas des Pays-Bas, qui ont su briser le mur entre emploi à temps plein et à temps partiel pour proposer des formules plus souples. Dans les pays en développement, l’aménagement des systèmes d’adduction d’eau et de transports peut aider les femmes à mieux gérer leur temps. L’institution et la protection de droits égaux à la propriété et à l’héritage peuvent améliorer l’accès des femmes au crédit et aux autres ressources productives. Plus généralement, faire mieux comprendre les droits de chacun et chacune permet de réduire la discrimination.

Il y a eu des pas en avant ces dernières années, mais il est temps de relancer le processus. Nous appelons instamment les dirigeants, hommes ou femmes, à agir afin d’abattre les obstacles auxquels se heurtent les femmes. Le FMI s’y emploiera en affinant l’analyse des effets économiques de l’inégalité entre les sexes et en travaillant avec les pays membres afin de supprimer les entraves qui empêchent les femmes de contribuer pleinement à la croissance et à la prospérité économiques mondiales.

Alors que la perspective de croissance reste aléatoire dans beaucoup de pays, la mise en œuvre dès maintenant de politiques appropriées permettant à plus de femmes d’entrer dans la vie active peut se révéler d’un grand secours. Les femmes sont prêtes, décidées et capables. Croyez-moi sur parole.

© Project Syndicate 1995–2013

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Le 25 septembre 2013 à 14h17

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