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Les implications mondiales de la chute des cours des matières premières

Pour José Antonio Ocampo, ancien ministre des Finances colombien et Bilge Erten, économiste, le monde va entrer dans une phase de croissances atone dont les conséquences sont encore difficiles à évaluer.  

Le 28 août 2013 à 12h18

NEW YORK – Le boom des prix des matières premières qui durait depuis une décennie a pris fin, entraînant de graves conséquences pour la croissance du PIB mondial. Et, même si les modèles économiques ne se reproduisent pas exactement, la fin de la phase ascendante du super-cycle des matières premières que le monde a connue depuis le début des années 2000 affaiblit considérablement, pour les pays en développement, les perspectives de poursuite d’un rattrapage rapide des niveaux de revenus des pays avancés.

Au cours de l'année se terminant en juillet, l'indice des prix des matières premières publié par le The Economist a chuté de 16,5% en termes de dollars (22,4% en euros), alors que les prix des métaux n’ont cessé de chuter pendant plus de deux ans, depuis leur sommet atteint au début de 2011. Alors que les prix alimentaires avaient initialement fait preuve d’une plus grande résilience, ils ont baissé plus fortement que ceux des autres matières premières au cours de l'année écoulée. Seuls les prix du pétrole restent élevés (quoique volatiles), certainement en raison des événements politiques complexes au Moyen-Orient.

D’un point de vue historique, ceci n'est pas surprenant, comme le montre notre recherche sur les super-cycles de matières premières. Depuis la fin du XIXe siècle, les cours des matières premières ont connu trois cycles de long terme et la phase ascendante d'un quatrième, liés principalement aux variations de la demande mondiale. Les deux premiers cycles ont été relativement longs (près de quatre décennies), mais le troisième était plus court (28 ans).

Les phases ascendantes des quatre super-cycles ont été générées par d'importantes augmentations de la demande, chacune provenant d'une source différente. Au cours du cycle actuel, la croissance économique rapide de la Chine a fourni cet élan, comme l’illustre la part croissante du pays dans la consommation mondiale de métaux.

Bien que ces cycles aient atteint des sommets semblables, l'intensité des phases descendantes a varié en fonction de la croissance économique mondiale. Les chutes après la Première Guerre mondiale ainsi que dans les années 1980 et 1990 étaient profondes; en revanche, le ralentissement après la Guerre de Corée, alors que l'économie mondiale était en plein essor, a été relativement faible. Après la Seconde Guerre mondiale, les super-cycles des différents groupes de produits sont devenus plus étroitement synchronisés (y compris le pétrole, qui avait précédemment fait preuve d’un modèle différent).

Tout comme le boom économique de la Chine a entraîné une progression des cours des matières premières dans le cycle actuel, le récent infléchissement des prix a été en grande partie la conséquence du ralentissement de la croissance de son PIB, qui est passé d'un taux à deux chiffres en 2003-2007, puis de nouveau en 2010, à environ 7,5% cette année. Bien que les prévisions sur la croissance future de la Chine varient, elles prédisent toutes une performance économique plus faible à court terme – et des taux de croissance encore plus faible à long terme.

Le problème fondamental à court terme est la marge de manœuvre limitée pour répéter le stimulus économique massif adopté après l'effondrement de Lehman Brothers en 2008. La stratégie d'investissement menée par la Chine afin de contrer la crise a laissé une quantité importante de dette en héritage, et la détérioration continue de la structure de la demande – à présent caractérisée par une part très élevée de l'investissement (représentant près de la moitié du PIB) et une faible part de la consommation privée (environ 35 %) – limite encore plus les possibilités des décideurs.

Il existe un consensus que ces tendances de demande anormales devront nécessairement changer à long terme, alors que la Chine se déplace vers un modèle de croissance tirée par la consommation. Mais, pour accomplir cette transition, les dirigeants chinois doivent mettre en œuvre des réformes structurelles profondes et étendues en vue d’inverser une approche politique qui ne cesse d’encourager l'investissement et les exportations tout en taxant la consommation aussi bien de manière explicite qu’implicite.

L'incertitude entourant la transformation économique imminente en Chine brouille quelque peu les perspectives de croissance. Certains prévisionnistes anticipent un atterrissage en douceur, mais divergent quant au taux de croissance. Selon les estimations officielles, la croissance annuelle du PIB devrait atteindre 6,5% en 2018-2022, alors que Michael Pettis, de l'Université de Pékin, considère par exemple qu’une croissance de 3-4% est compatible avec une croissance rapide et continue de la consommation et la cible d’augmentation de la part de la consommation dans le PIB.

Bien que les scénarios d'atterrissage brutal, associé à une crise de la dette potentielle, soient également possibles, les autorités ont une marge de manœuvre suffisante pour les éviter. Ce qui est sûr, c’est que les risques baissiers sont élevés et que les possibilités de hausse sont essentiellement inexistantes.

Le principal moteur de l'économie mondiale d'après-crise est donc en train de ralentir, avec de graves implications pour l'une des tendances économiques les plus positives de la dernière décennie : la convergence des niveaux de revenus par habitant des pays développés et en développement. Tout comme le boom économique de la Chine a profité aux économies dépendantes des matières premières, principalement dans le monde en développement, son ralentissement se reflète dans la baisse des taux de croissance de ces économies. (En fait, alors que plusieurs pays sud-américains ont été parmi les plus durement touchés, même certains pays développés comme l'Australie n'ont pas été épargnés.)

Si, à cause de la faible demande mondiale, la phase descendante actuelle du super-cycle des matières premières se révèle être aussi prolongée que celles de la période post-1918 et de la fin du XXe siècle, le monde devrait se préparer à connaître une croissance économique atone et un ralentissement important – voire la fin – de la convergence des revenus dans le monde entier.

Traduit de l’anglais par TimothéeDemont

 

José Antonio Ocampo, anciennement Secrétaire général adjoint à l’ONU et ministre des Finances de la Colombie, est professeur à la School of International and Public Affair de Columbia University. Il est le co-auteur (avec Luis Bertola) de The Economic Development of Latin America since Independence.

Bilge Erten est un chercheur post-doctoral au sein du Committee on Global Though de Columbia University.

 

Copyright: Project Syndicate, 2013

www.project-syndicate.org

José Antonio Ocampo et Bilge Erten
Le 28 août 2013 à 12h18

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