Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Les maillons faibles de la chaîne du livre
Le 29e Salon international de l’édition et du livre se tient à Rabat jusqu’au 19 mai. L’ occasion de faire une brève évocation de sa genèse au mitan des années 80, de la jeunesse du secteur de l’édition au Maroc et de quelques-uns de ses paradoxes.
Du papyrus au fichier électronique, il y aurait cinq mille ans d’histoire. C’est vertigineux lorsqu’on y pense, mais le temps que la pratique de la lecture a traversé est trop court si on le mesure à la longue histoire de l’humanité depuis la naissance de l’Homme sur terre. Le livre, dans son format actuel quant à lui, ne date que depuis l’invention de l’imprimerie il y a peine six siècles. Plus court aussi, un peu partout dans le monde, est devenu le temps consacré à la lecture selon les statistiques et les études en la matière. Pourtant, on n’a jamais autant publié de livres et la chaîne de ce dernier n’a jamais été aussi intégrée, structurée et son processus aussi vertueux. La chaîne du livre est ce processus chronologique des étape de la création du livre qui va de l’auteur au lecteur en passant par l’éditeur, le diffuseur puis le libraire. Ces maillons de la chaîne sont parfois prolongés, soutenus ou accompagnés par d’autres acteurs en charge de la promotion, qui passera par la communication à travers les médias, les prix littéraires ou les salons du livre.
Au Maroc, la courte histoire de l’édition moderne, plus au moins professionnalisée, pourrait être datée de la première édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) qui en est à sa 29e édition. Cependant, une trentaine d’années plus tard, un bref bilan du secteur révèle une certaine évolution et quelques paradoxes. Curieusement, la genèse même de l’édition dans le pays n’a pas obéi à la chaîne traditionnelle de la production du livre connue un peu partout dans le monde et dans laquelle le salon vient consacrer et présenter la production de l’année. Le SIEL, lui, né au mitant des années 80, s’est tenu à une époque où le domaine éditorial était un désert. Seuls quelques éditeurs du livre scolaire -plus imprimeurs qu’éditeurs- et deux ou trois maisons d’éditions nouvellement crées ont pu participer à cette manifestation. Le premier commissaire du SIEL, un ancien libraire professionnel, le regretté Jaouad Bounouar, aidé par une équipe réduite du ministère des Affaires culturelles de l’époque, a pu inviter, grâce à son entregent et son carnet d’adresses, un certain nombre d’éditeurs de renom étrangers, notamment français. Ces derniers ont convié et pris en charge des auteurs connus, animé des rencontres et des conférences. Le diffuseur Sochpress et les grands libraires de la place ont également participé grandement et avec enthousiasme à la réussite de cette première édition du SIEL.
Aujourd’hui, trente ans après l’avènement de cette belle manifestation culturelle, le secteur éditorial en est encore à ses balbutiements. Certes, le SIEL, qui a changé de ville en passant de Casablanca à Rabat, contribue chaque année à mettre en avant éditeurs et auteurs et à attirer un public de plus en plus nombreux à chaque édition. De nouvelles maisons ont vu le jour et dans leur sillage des auteurs, hommes et de plus en plus de femmes, ont pu se faire publier. Mais si l’on se réfère aux études et rapports sur le secteur de l’édition au Maroc (dernier rapport sur l’édition de la Fondation du Roi Abdelaziz) beaucoup reste à faire afin de passer du stade de l’éditeur militant à celui de l’entrepreneur professionnel efficient.
On édite encore très peu chez nous, en petit nombre de copies et on lit encore moins. Et il n’est pas toujours certain que ceci explique cela, car c’est en donnant plus de visibilité aux livres que l’on attire les lecteurs. Cela permet aux auteurs de rencontrer ceux qui le lisent et permettre ainsi l’incarnation de "la figure de l’écrivain", sa reconnaissance par les visiteurs qui est aussi une forme de récompense pour son travail. Par ailleurs, l’espace est une opportunité pour les primo écrivains et aux jeunes auteurs de rencontrer leurs pairs et des éditeurs en quête d’auteurs. C’est ce que fait le SIEL parce que c’est son rôle mais quels sont les autres acteurs (professionnalisation des métiers du livre, diffusion, création de librairies et de bibliothèques, promotion etc.) qui devraient se mobiliser pour que la chaîne du livre soit cohérente et vertueuse ? C’est un débat qui a été souvent ouvert et à la suite duquel nombre de recommandations et préconisations ont été avancées mais en vain. Bien sûr, tout le monde se tourne vers le ministère présidant aux destinées de la culture, lequel fait ce qu’il peut avec ses moyens financiers et ses ressources limitées. Même si le mécanisme de soutien au livre et son exercice se révèlent peu efficaces, voire obsolètes. Le saupoudrage pour faire du chiffre n’est pas la solution et souvent les "fonds de soutien", dans le domaine de la culture et des arts notamment, attirent plus le "chasseur de prime" inculte que l’authentique créateur professionnel.
Enfin, si, comme affirme l’écrivain André Gide, "il fait beaucoup d’histoire pour faire un peu de littérature", il en faut autant pour faire beaucoup de livres édités par un plus grand nombre de bons et aussi d’honnêtes éditeurs féconds. On en compte aujourd’hui quelques-uns chez nous, compétents et persévérants. Ils se reconnaitront ici. Le SIEL reconnaîtra les siens et puisse-t-il les préserver !
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