Les Marocains, ces criminels de l’accoutrement
Nous sommes un dimanche matin et ce constat est glaçant : les Marocains se baladent en pyjama. Criminels de l’accoutrement, mes compatriotes se fripent pour sortir. Les hommes déambulent en survêt Fila, le bide dégoulinant et la morve jouant à l’élastique sous les narines.
Nous sommes le dimanche matin et depuis la terrasse d'un café, je suis témoin de scènes étranges. Des bourges chevauchant bolides et berlines allemandes, abandonnent leurs joujoux à 1 million de DH, pour traîner des jambes enveloppées de pantacourts disgracieux vers l’intérieur du café. T-shirts miteux, délavés, froissés ; shorts trop courts, dévoilant une pilosité irrégulière, mollets rachitiques supportant des troncs de buffle. Ils s’asseyent, croisent les jambes, caressent leurs ventres protubérants avec une petite louche de fierté. Souvent, ils chaussent des blaghi jaunasses aux semelles fissurées par l’usure. Regardant autour d’eux, ils aperçoivent un ami, lui aussi en pyjama. « Bonjour camarade en culotte de nuit, quelle belle journée dis-donc ! » Moult hochements de têtes satisfaits s’ensuivent.
Le culte du pyjama a ses adeptes qui se font des signes
En voila un qui pousse l’outrecuidance jusqu’à débarquer en peignoir de bain. Démarche cro-magnonesque, mine patibulaire. Seul élément le rattachant à la civilisation, un iPad dont, à le voir palper l’écran de ses doigts adipeux, il semble complètement ignorer le fonctionnement. Il baille, commande un capuccino, un jus d’orange, un tajine œuf-khlîi, trois viennoiseries, du pain grillé et une mini-soucoupe de marmelade. Par moments, il ratisse la terrasse d’un regard oblique, s’assure qu’il n’est pas épié et s’essuie des mains maculées par la confiture sur sa robe de chambre.
Où l’on voit l’utilité du pyjama un dimanche matin
Pourquoi le phénomène est-il si prégnant chez nous ? Quels principes culturels expliquent l’anomalie ? Sommes-nous si familiers de la rue qu’elle nous paraisse un chez-soi moelleux, une douce maisonnée dont le bitume épouse volontiers les semelles de nos pantoufles ? Conneries ! Nul être doté de raison ne peut comparer la rue à un havre de confort. Elle n’est que saleté et exhalaisons pestilentielles ; benne géante suintant la crasse, festival d’incivilités, orgie d’onomatopées simiesques. Une horreur !
Mais alors, pourquoi s’y exposer dans l’habit du sommeil ? Pour une raison simple, je crois savoir : l’irrespect. S’habiller pour sortir, c’est d’abord observer une des règles les plus essentielles du vivre-ensemble : ménager le goût d’autrui, opposer au regard de l’autre une figure soignée, propre, convenable.
Le phénomène laisse pourtant accroire que le marocain se fiche de l’image qu’il projette. Etrange pour un pays supposément obsédé par les apparences. Au cœur d’une prétendue domination du tape-à-l’œil, il existerait donc une parenthèse pendant laquelle la frime cesse, le bling-bling est suspendu : l’âge du pyjama. Le dimanche matin.
L’étrange dimanche matin…
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