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Les nuages du passé planent à nouveau sur l’Europe

S’il est un épisode historique qui fait encore trembler la plupart des Européens c’est bien l’explosion de la Première Guerre mondiale. Il se trouve qu’exactement 100 ans plus tard, après deux guerres mondiales et une guerre froide, les frissons du passé se font plus présents que jamais.  

Le 6 août 2014 à 10h30

BERLIN – À l’issue d’une histoire européenne sanglante, les États artisans de l’actuelle Union européenne ont opté pour la non-violence, l’immuabilité des frontières, la démocratie, et la primauté du droit. Ils ont choisi la coopération, voire l’intégration, en lieu et place de la confrontation militaire, et le développement économique plutôt que les politiques de puissance. Or, voici que l’ "Europe de l’UE" replonge désormais dans le passé, et se retrouve à nouveau défiée par le retour de politiques agressives à ses frontières ainsi que chez ses voisins immédiats.

Une Europe faible

À l’Est, le Kremlin du président Vladimir Poutine entend refaçonner les frontières nationales par la force, et ainsi promouvoir la renaissance de la Russie en tant que puissance mondiale impériale. Pendant ce temps, chaos et violences – notamment en Syrie, en Irak et à Gaza – menacent d’engloutir le Moyen-Orient tout entier, mettant à mal l’intégrité territoriale d’États principalement nés de l’accord de résolution de la Première Guerre mondiale.

L’Europe pacifique et postmoderne risque d’éprouver des difficultés à faire face aux défis qu’engendre la réapparition des politiques de puissance. L’UE a plus que doublé en taille depuis 1989, année d’effondrement du communisme en Europe centrale et orientale ; or, l’Europe de l’UE n’a toujours pas atteint sa forme ultime, censée être caractérisée par une pleine intégration politique. Plus important encore, cette entité n’a pas été conçue pour répondre aux problématiques des politiques de puissance, les vieux États-nations d’Europe se révélant trop faibles et de trop petite taille, la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE demeurant quant à elle insuffisamment développée.

Pour autant, de nombreux Européens considèrent que l’UE et l’Occident ne sauraient tout simplement laisser carte blanche aux agissements de Poutine. Les enjeux d’Ukraine de l’Est apparaissent en effet trop importants – paix et ordre sur l’ensemble du continent. Les passagers pour la plupart européens du vol MH17 de la Malaysia Airlines, abattu au-dessus d’un territoire contrôlé par les rebelles, ont payé de leur vie cet enseignement.

Le timing des événements les plus significatifs sur le plan historique échappe généralement à toute volonté ou choix. Ainsi la question fondamentale soulevée au lendemain de tels événements tourne toujours autour de la rapidité avec laquelle leurs conséquences sont identifiées. Beaucoup trop de temps a été nécessaire aux dirigeants d’Europe pour réaliser que toute la confiance qu’ils avaient placée en Poutine, et toute la tolérance dont ils avaient fait preuve à l’égard de ses politiques de violence et d’intimidation, n’aboutissait en fin de compte qu’à toujours plus d’escalade, et à l’expansion de la crise ukrainienne. En effet, ce n’est qu’après que quelque 300 civiles aient perdu la vie à bord du vol MH17 que l’UE s’est résolue à imposer des sanctions économiques d’une fermeté suffisante pour engendrer un réel impact sur l’économie russe.

Vers une "union énergétique" européenne

S’agissant du développement futur de la politique étrangère et de sécurité commune européenne, la signification de ces sanctions conjointes en provenance d’UE, prononcées la semaine dernière, ne doit pas être sous-estimée. Maintenant que l’UE a finalement maîtrisé la première étape (à savoir l’adoption de sanctions efficaces), la deuxième étape – en direction d’une "union énergétique" susceptible de mettre un terme à la dépendance de l’Europe à l’égard des approvisionnements énergétiques russes – devra s’opérer aussi rapidement que possible.

Sur la question du Moyen-Orient, il va devenir de plus en plus difficile pour l’Europe de surmonter les défis liés à une capacité d’action collective de sa part. Ceci s’explique par la présence en UE d’importantes forces pro-israéliennes et pro-palestiniennes, qui ont pour habitude de se faire mutuellement obstacle ; par ailleurs, les conflits qui se jouent actuellement au Moyen-Orient se révèlent beaucoup plus complexes que la situation d’Ukraine de l’Est.

La crise au Moyen-Orient

Les États actuellement les plus affectés par l’agitation de la région – Iraq, Syrie, Liban, Israël/Palestine, Égypte et Libye – seront probablement bientôt rejoints par la Jordanie, le Yémen et les États du Golfe. La crise se trouve également aggravée par le programme nucléaire iranien, ainsi que par une opposition – attisée par un conflit sectaire – entre un Iran shiite et une Arabie Saoudite sunnite, en direction d’une suprématie régionale. Nul part à l’horizon ne semble se dessiner une solution (ou des solutions) aux malheurs du Moyen-Orient.

À l’heure actuelle, un seul et unique scénario peut être avancé avec un certain degré de certitude : l’escalade future du conflit, vouée à menacer de plonger la région toute entière dans le chaos, générant encore davantage de violence, ainsi qu’un risque de contagion d’autant plus fort. Un risque réel existe, par exemple, de voir certaines composantes du conflit moyen-oriental s’exporter vers l’Europe voisine. N’en déplaise à l’UE, elle n’aura d’autre choix que de faire face à ces conflits, dans la mesure où les décisions relatives à sa sécurité intérieure et extérieure pourraient bientôt être prises aussi bien au Moyen-Orient qu’elles le sont à Bruxelles et dans les capitales nationales.

Les Européens habitent un continent de plus en plus incertain – une évolution qui nécessite un certain nombre de réponses stratégiques, du type de celles qu’aucun État européen ne peut à lui seul produire. Ainsi doivent figurer à l’ordre du jour l’approfondissement de l’intégration en UE, ainsi que la redynamisation du dialogue autour de la politique étrangère et de sécurité commune.

Malheureusement, un siècle après que des politiques de puissance dites modernes aient abouti à une guerre responsable de la mort de plus de dix millions de leurs ancêtres, beaucoup d’Européens de l’UE demeurent réticents à se préparer à la tempête qui menace. Espérons que cet état d’esprit évolue au plus vite : mieux vaut toujours anticiper que d’avoir à trembler.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

© Project Syndicate 1995–2014

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Le 6 août 2014 à 10h30

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