Les oukases russes
Dans la nuit du mercredi à jeudi 24 février courant, le président russe Vladimir Poutine a exécuté ses menaces, maintes fois répétées, d’envahir l’Ukraine pour l’empêcher d’adhérer à l’Otan. L’Occident, victorieux hier, craignait voir un jour la Russie renaitre de ses cendres. Le voilà face à la réalité toute nue.
Comme beaucoup de responsables russes, on savait que Poutine n’a jamais admis la dislocation brutale de son pays au lendemain de la chute du mur de Berlin, et encore moins l’extension de l’Alliance Atlantique vers les anciens membres du Pacte de Varsovie. Pour arriver à ses fins, il lui fallait se maintenir au pouvoir pour reconstituer ses forces et réduire au silence ses opposants politiques.
Malgré l’accord tacite avec les Américains de ne pas étendre l’influence de l’Otan vers ses frontières, la Russie se sentait, à chaque adhésion, isolée et humiliée. C’était le cas en 1999, quand la République tchèque la Hongrie et la Pologne sont devenues membres, puis avec la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, et la Slovaquie, qui s’y joignent en 2004.
A plusieurs occasions, Poutine a répété comme un leitmotiv, que la dislocation de l’Union soviétique était la plus grande catastrophe du vingtième siècle. Quand il arrive au pouvoir en mars 2000, la Russie est en mauvaise forme, avec un appareil économique vétuste, un chômage endémique et une instabilité politique dangereuse. Ses priorités depuis, ont été de remettre de l’ordre chez lui d’abord, et renforcer l’influence internationale de son pays ensuite.
La demande de pays limitrophes de la Russie d’adhérer à l’Otan, a mis le feu aux poudres dans les relations de Moscou avec ses voisins comme avec l’Occident. Poutine n’a jamais accepté ces adhésions à l’Alliance Atlantique, et encore moins ceux des pays frontaliers qui s’apprêtaient à y adhérer comme l’Ukraine. Il y voit une atteinte aux intérêts suprêmes de la nation russe, quand les autres y voient un choix souverain.
Inverser les rapports de force
Après les menaces et des pourparlers diplomatiques sans fin, Poutine est passé donc à l’acte, en reconnaissant les républiques autoproclamées de Lougansk et de Donetsk, puis en envoyant ses troupes en Ukraine pour l’occuper, bafouant ainsi les règles les plus élémentaires du droit international. Son objectif est d’inverser les rapports de force, et procéder éventuellement au changement du régime politique en place par un autre pro-russe.
L’Ukraine est un pays de 44 millions d’habitants qui lui serait difficile à soumettre à son bon vouloir. Poutine doit se rappeler que l’ancien empire soviétique, est sorti vaincu de l’Afghanistan, ce qui a conduit par la suite à l’effondrement de l’URSS et du bloc de l’Est. L’interprétation des oligarques russes de la récente défaite des Américains dans ce pays, et leur sortie précipitée de Kaboul, serait certainement une grave erreur stratégique.
Dans cette volonté de conquête et de remise en selle de la Russie, Poutine s’y est préparé depuis son arrivée au pouvoir en 2000. Il a restructuré l’économie de son pays, créé une classe d’hommes d’affaires qui lui est proche, et éliminé ses adversaires politiques qui risquaient de lui faire de l’ombre. Au niveau international, il a su également renforcer les intérêts de son pays à travers la brèche de la lutte antiterroriste en Tchétchénie en Syrie et dans certains pays africains.
Ses deux bras, qui accompagnent son implantation dans le monde, sont le groupe militaire privé Wagner et l’Internet Research Agency (IRA), outil de désinformation et de propagande. Le premier est actif en menant des opérations militaires en Ukraine, en Syrie au Mali au Centre- Afrique et au Venezuela, quand l’autre est actif dans la guerre informationnelle et cybernétique.
Dans sa volonté de conquête, Poutine surfe aussi sur le discours anti-occidental, notamment anti-français, qui enfle sans cesse en Afrique francophone. Pour certains africains, comme les militaires maliens, la coopération avec les russes mettrait fin aux menaces jihadistes dont les troupes françaises n’ont pu venir à bout à travers l’opération serval au Mali, ou la force barkhane au Sahel. La France porte le péché original de l’ancien colonisateur qui continue à piller impunément les richesses africaines. Moscou sait en profiter.
Reconfigurer les relations internationales
En reconfigurant ses relations internationales, et en améliorant ses performances économiques pour amortir les effets des sanctions économiques qui s’annoncent, le maître du Kremlin pose désormais à l’Occident ses conditions, ou plutôt ses oukases : l’Ukraine ne doit pas rejoindre l’Otan, aucun autre pays n’y sera plus admis, l’Amérique doit retirer ses armes nucléaires d’Europe, et enfin le déploiement des forces de l’Otan doit revenir à son niveau de 1997.
Il est peu probable que les autres puissances occidentales acceptent de négocier ces exigences, maintenant que l’armée russe est déjà en Ukraine, bafouant ainsi les principes de la charte des Nations-Unies. Alors qui va céder le premier ? On imagine mal Poutine s’arrêter en si bon chemin et revenir sur ses acquis sans obtenir gain de cause. Tout abandon équivaudrait, pour lui, au renoncement de parachever la grandeur russe qu’il tente, depuis maintenant vingt ans, à restaurer. Quant aux dirigeants occidentaux, chacun est englué dans ses propres problèmes nationaux, propres aux pays démocratiques. Certains mènent des combats difficiles pour faire voter leurs réformes, quand d’autres cherchent à se faire réélire.
Un camp occidental désuni
Poutine apparaît conscient que le camp occidental en face de lui est désuni. Merkel est partie et l’équipe du chancelier Scholz est encore novice et ne cherche pas à s’aliéner la Russie qui constitue un grand marché pour son économie. Le président français, lui qui a déclaré que l’Otan est cliniquement morte, prépare sa campagne électorale pour obtenir un second mandat. Quant au président américain Biden l’ennemie du moment demeure la Chine.
Mais pour les américains le défi russe pose un réel problème de choix stratégique. Ils espéraient recentrer leurs efforts pour contenir Pékin, les voilà de nouveau impliqués dans un conflit inter-européen à travers la crise ukrainienne. Réduire maintenant leur puissance militaire en Europe serait un mauvais signal et reviendrait à dire à leurs alliés que la parole des États-Unis compte peu. Tout abandon de leur rôle serait un mauvais signal aux russes, qui sortiront de cette épreuve plus forts et encore plus exigeants que jamais.
Plusieurs chefs d’État européens se sont rendus dernièrement à Moscou pour faire ramener Poutine sur sa décision. Il les a reçus poliment sans plus, parfois sans égards à leurs rangs, conscient qu’il est que seul un face à face avec Washington pourra mener vers une issue qui sauvegarderait les intérêts russes. Dans ce bras de fer, les européens comptent peu pour lui. Quant aux populations européennes, subissant de plein fouet les conséquences de la pandémie covid, elles font comme si cette guerre se déroulait dans un autre continent, laissant à leurs dirigeants le soin de gérer les velléités expansionnistes de l’Ours russe.
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